30.9.04
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Absinthe - fou 9
Chaque pont qui passait, chaque morceau de ciel qui cassait entre les têtes des immeubles et la mienne, ombre découpée au couteau, milliers de croisements chaque jour en silence sur des rambardes de ferraille, le même décor à peu de choses près, en tout cas les mêmes crispations, invisibles silencieuses - pression d’un bras, roues surchauffées, peut-être une larme ou un cri - comme d’une rencontre avec moi-même que j’aurais manquée, c’est dans l’ombre, dans les endroits à ciel ouvert, bien souvent, où le silence s’étendait par nappes, que je me terrais, court trajet sans but profond à direction démembrée. En chaque visage croisé, on perd un peu plus de sa vie. Fragments épars d’un monde écarquillé dans ma vision écornée,battait la vision d’hommes qui n’existaient pas.
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| estragon // 21:03 |
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Absinthe - fou 8
Je m’étais imbriqué là de tous mes sens, je faisais tourner les rouages, à ma façon, la conscience pulvérisée de tout un petit tas d'objets. Les choses coulaient doucement. J’écoutais tout cela avec lenteur et imprécision, comme un sale moment à passer, un sale moment dont on sait qu’on devra le passer toute sa vie et qu’on doit s’y habituer, même si on n’en croit pas un mot. Et je ne sais pas. Un jour, comme ça, un jour, ce ne fut plus le même monde, plus le même. Plus le même. Mais je ne sais pas quel jour, ni pourquoi. Je ne m’en souviens plus.
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| estragon // 21:02 |
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Larry Yet pot vide
Je l’ai tuée, je l’ai tuée. J’ai jailli d’elle, elle n’a pas supporté. Faut qu’tu sortes de ma vie, c’est ça qu’elle sentait le soir. Le désespoir. Je la regardais se tordre le ventre en suant le temps. C’est insupportable, je ne tiendrais pas comme ça, ce sera toi ou moi, je le sais.
Entendre ça. Entendre ses yeux vides comme un terrain vague, son désert aspiré et ses pas lymphatiques, l’entendre vomir son mutisme vacarme aux abords des passerelles somnambules, jurer des prières à chaque bouchée et sourire aux aguets, ça vous détruit un temple. Je l’ai tuée. Elle l’avait voulu.
Elle hurlait. Moi je ne voyais rien, à la fin elle ne parlait plus. Elle m’avait juste touché plusieurs fois en disant ne t’inquiète pas. Ce n’est pas juste. Elle n’aurait jamais dû partir, jamais. Elle m’a abandonné, comme un monstre que l’on pousse à la filature. Injuste. Pour moi elle était parfaite. Je voulais qu’on vive ensemble, je voulais la voir, pouvoir lui parler, tout est ma faute, tout est ma faute, je l’ai tuée. J’avais tant à apprendre, elle aurait pu me raconter, encore…
Je lui ai perforé le corps. Elle hurlait, hurlait si fort, crachait ses veines, son clos et s’arrachait les poings ; sa peau était presque bronze de force. Puis me laissant faire elle n’a plus résisté. J’allais être son plus bel orgasme, mais. Ça l’a tuée. C’était elle ou moi, on n’avait pas le choix.
Ils savent tous que je suis l’homicide, personne ne dit rien. On s’est quittés, elle inerte, mon âme saignée. Et depuis j’erre pupille rage qu’elle n’ait pas su que je l’aimais, sachant que de ma vie je ne pourrai jamais appeler « Maman » cette éphémère.
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| polly // 17:59 |
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29.9.04
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N'est-ce-pas
Le type, c’était une Généralité. Sa généralité mesurait 1m78. C’était une immense généralité. Il avait l’œil bovin, sans vie. Il s’appelait Nesspa. Sa façon de voir le monde était celle qui courait, désespérée, dans un nombre (incalculable) d’habitants de la Rance : caricaturer, découper, trancher, classer, casifier en fonction de genres sexuels/sociaux, et on en passe et des meilleures dans la catégorie du cynisme contemporain. Selon Nesspa, les genres déterminaient toute « production » humaine. Si tu étais né veau, il t’était impossible de baiser comme une girafe. Si tu étais né abeille, il t’était impossible de peindre comme un phoque. Nesspa avait adopté un système de pensée, qui, le croyait-il, lui permettait de cerner les autres. Soit de décrire autour d’eux un petit cercle à la craie, agrémenté d’un petit sous-titre, soit : « En fonction de tes caractéristiques apparentes a, b2, x, tu es intrinsèquement ab2x ». Puis il courait en rigolant autour de son petit cercle, relativement fier. Nesspa était tout ce pour quoi nous tenions à rester en vie, la rage au ventre, bien que le premier effet qui se coule d’un Nesspa soit l’envie de se tuer. En effet, aussi longtemps qu’il y aurait des Nesspa, il y aurait des œuvres d’art. L’Homme n’a pas de genre, Nesspa, c’est inhumain de le classer. La classification est une fixation sans espoir. And fuck off, Nesspa.
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| estragon // 21:01 |
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Post-tronçon
Ça avait commencé peu à peu, sournoisement. La première fois, j’ouvrai la porte de mon frigo. Et je ne sais pourquoi, à la vue de ce bout de fromage lové dans le creux d’un papier aluminium noyé d’eau, un rire subit, interminable, me fractionna la poitrine. Je restai à genoux, secoué de ce rire pendant quarante minutes. J’enserrai ma gorge de mes mains, rendu à l’évidente certitude que j’allais en crever, que j’allais sans l’ombre d’un foutre mourir de cette aiguille vorace, qui n’en finissait plus de se développer et de se développer depuis mes entrailles jusqu’au plafond. Puis la crise s’interrompit brutalement et le silence chuta sèchement entre mes pieds, le morceau de fromage racorni et mes entrailles.
Peu après, il me semble que je m’étais dirigé vers l’unique fenêtre de mon résidu rectangulaire, que la douleur s’estompa, au fur et à mesure que mon regard se perdait dans ma rue, piquetée de corps d’enfants et de réverbères étirés en tiges longues d’ombres. Le souvenir de ce rire qui m’avait crevé les joues, mourut tout à fait vers cinq heures de l’après-midi. Rien de bien significatif par la suite, durant le mois d’avril.
Le 11 mai, je me retrouvais à fixer une publicité dans le métro, de ces publicités suspendues au-dessus des têtes dans les wagons, le plus souvent des réclames pour des magazines, des couvertures de magazines. Je prenais conscience avec stupeur que cette « Mélanie B. », qui ornait de plein pied la couverture, et dont on disait que « Mélanie B. avait enfin retrouvé le sourire », je prenais soudain conscience que depuis quelques temps, et ce n’était pas la première fois, je n’avais absolument aucune espèce d’idée de qui étaient ces gens, ces milliers de gens qui couraient à la surface des magazines, et dont le stock était renouvelé imperturbablement tous les six mois. Je ne savais pas qui étaient ces gens, c’était une sensation effrayante, ces Mélanie B., Sandrine F. et autres Kevin Magma. Mais ce dont j’avais la certitude, c’est que ces gens allaient, à priori, BIEN, puisque « Kevin Magma en vacances à la Plagne », « Mélanie B. a retrouvé le sourire » et « le retour fracassant de Sandrine F. qui a spectaculairement maigri. » J’étais donc là, stupide, sur mon strapontin, plongé dans une réflexion assez perturbante : j’avais tout raté de ma planète, et somme toute, elle était assez étrange, du fait de sa perpétuelle préoccupation pour des gens tout à fait inconnus qui « mangeaient des tartines grillées le matin », « ne sortaient plus avec Kevin Magma mais avec Jason Flack », et « allaient régulièrement au cinéma tout en se brossant les dents et accouchant d’un enfant divorcé de Michael Moon et ses trois chiens qui s’appelaient Nuck, Fluck et Duc qui pensaient que l’amour n’est-ce-pas c’est très important n’est-ce-pas je pense que la crème Nivéa en est un élément important et » c’est à cet instant-là, brutalement, qu’un rire cisailla l’air, déchira ma case thoracique, monta depuis mon bas-ventre jusqu’au plafond, des têtes se retournèrent, et tandis que de ma bouche impuissante s’échappait cet affreux rire, mes yeux roulaient, affolés, sur les cinquante banquettes, cent têtes, dix-huit réclames, quatre portes coupantes, une chaussure. Et le rire résonnait, résonnait, résonnait, résonnait, stridulant, je me roulais au sol d’impuissance, m’étranglais la gorge, tirais sur mes lèvres, je tirais, tirais, tirais, ne réussissais à les tordre qu'en d’épouvantables grimaces, à la troisième, un enfant sursauta… à cet instant les portes s’ouvrirent, je roulai sur le sol, atterrissais sur le quai comme une ordure. Et le rire s’interrompit.
Dans les semaines qui suivirent, le fou-rire revint fréquemment, puis très souvent, puis totalement. Je devins une secousse ininterrompue, un long rire perçant et inhumain, j’étais voué au fou-rire de moi-même. Mon seul répit c’était la nuit. Et je ne sais pourquoi, au milieu d’une nuit, une phrase apparut, toute blanche, éclatante, venue de nulle part : « Pleus, pleus, me disait la voix, tu dois pleuvoir. » Ce fut tout. Aussi rapidement qu’elle était apparue dans mon chantier neurologique, elle s’envola. N’en restait qu’une impression floue, un peu lumineuse, un fantôme blanc de phrase. C’est ce jour-là que je quittais Alicia Marty.
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| estragon // 21:00 |
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minuscule horreur
« Nous, on était le Groupe des Amis Cornflakes !… ouais !… le Groupe des Amis Cornflakes !… hé ! Alors ça consistait à balancer nos gueules !… hé !… dans des bols de lait !… hé !… Flap flap flap, circuit aérien vertigineux, puis flop ! Nos gueules dans des bols dans des bols dans des bols de lait, hé !… Nous on était le Groupe des Amis Cornflakes !… Parfaitement !… le groupe des amis — TA GUEULE. »
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| estragon // 20:59 |
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Petite Horreur 3
« Moi je ne comprends pas pourquoi.
— Hum.
— Cette fille a de la culture, mais elle n’a que ça.
— Je me dis un peu que maintenant, elle le tient, guerrière.
— Une guerrière de fête foraine, oui !
— Avec un manège de sept centimètres !
— …
— …
— Pour faire briller le ménage.
— Pour faire vriller les méninges.
— Ouais. Il s’est fait serrer les boulons. »
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| polly // 17:58 |
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Lapsus de chut
Ce soir donc, suspendue à l’étagère, je fouillais en vain le derrière de mes bouquins tandis qu’Estragon agile composait, quand brusquement un livre trébucha par dessus la première ligne et frôla de poussière, vertical, l’oreille d’Estragon.
Le coupable et son Alleluiah gisaient à plat ventre sur le sol, curieux.
J’ai oublié ce dont nous parlions ( HA HA !) à ce moment précis. Oui, déjà.
L’amnésie de l’émotion… le champ de bataille dans nos assiettes. Ma foi, ce fut un beau repas.
Quoi !!! On n’allait tout de même pas mettre des bougies dans les patates !!!
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| polly // 17:57 |
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Déclaration personnelle
Ce jour-là, nous nous sommes regardées, allons-bon, fuck the crowd. Nous sommes parties fluides au cœur des enceintes. Et puis. Lentement. Je l’ai toujours su de toute façon, je l’ai senti dans sa main.
Vous voulez que j’vous dise ? et quand-même… je l’aime. Vous n’imaginerez que ce que vous savez ou avez pensé de l’Amour que vous avez en vous ou de celui dont vous rêvez. Mais cette fille… cette femme… cet Homme-là, je l’aime sans voix. Pas parce que c’est incroyable. Pas parce que ce que l’on se croise nous fait rire atrocement, pas parce que l’on vient ce soir d’arroser le jour vague de mon anniversaire insignifiant ni parce que se retrouver ensemble est toujours au-delà, ce n’est pas non plus parce que le raisin à les ardeurs que nos déraisons n’ont même plus, ce n’est pas parce qu’elle vient de me faire le plus somptueux des présents, un carnet à talons, vierge de tout sauf d’elle, que je me sorte, ce n’est pas parce que le temps…
Ce n’est que pour rien. Je n’ai pas choisi et ça n’a pas de nom. Je ne l’aime pas comment, je l’aime. Comme ça. C'est un cadeau.
JE VOUS PRIE DE NE PAS LA RAYER !!! déjà les nausées autour...
Il n’y a plus, pas de pantin, chez nous, que nos amendes distordues par les assises en coin d’un bec de verre à goutte de crin. Au bord des canaux, on trempe nos doigts dans les fissures du béton et ancre les billes des perchoirs écaillés. Parfois il pleut ; c’est là qu’on coule le mieux.
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| polly // 17:55 |
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humhumhum
... si je pleuvais, j'aurais le corps d'une ardoise et mes choix seraient de la craie.
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| polly // 17:55 |
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28.9.04
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Something - fou 7
Une substance pliera, agenouillera, dressera ou désertera, soutiendra ses pas, en silence, ce silence des rues, resteront les souvenirs, la colonne vertébrale qui s’échine. Un jour viendra, où les hommes n’auront pour moi plus d’âge ; et moi pour eux plus de visage. Arpenter les ruelles, les yeux liquides, et toujours le même écran sans sous-titres qui pourfend le crâne. Je ne me parlerai plus, sauf par des éclairs de ce qu’on ne m‘a pas vu être. Et toi, tu ne verras rien, tu ne seras plus depuis longtemps, qu’un souvenir dans mes yeux fatigués, et moi un souvenir épuisé dans ton âme d’enfant. Je sais qu’un jour viendra, où nous regretterons d’avoir mal respiré. Je sais qu’un jour viendra où chaque homme que nous étions, saura ce qu’il a mal aimé.
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| estragon // 20:53 |
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Petite horreur 18
Quelqu'un, au fond de nous, a dit:
« Baise-moi douze heures d'affilée.
Soudain, une deuxième voix dans la pièce, négligemment :
— Veux-tu que je te satisfasse ?
— Mais bien sûr, satisfessez-moi ! » répondit-on nous-mêmes.
Nous n’avions aucune idée de notre identité.
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| polly // 17:54 |
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Extrait de
Douze douzains de dialogues ou petites scènes amoureuses, Pierre Louÿs, 1927.
DIALOGUE DE GOULES
II
SAOULE DE FOUTRE
« Tiens ! Nestine !
— Tiens ! Blanchette !
— Ça va toujours bien !
— Comme tu vois.
— Qu’est-ce que tu fous-là !
— Ej’pisse.
— Même que t’en pisses long !
— J’pisse mon vin.
— Quoi qu’t’as donc bu ?
— Six verres.
— T’as bu que six verres et t’en pisses tant !
— Tu vois.
— Mince, alors ! qu’est-ce que j’vas pisser, moi !
— Quoi qu’tas donc bu ?
— T’es trop curieuse.
— Quoi ! je te l’ai dit, tu peux bien me le dire.
— C’est pas la même chose.
— Quoi ce que c’est !
— J’ai bu…
— Accouche donc, nom de Dieu !
— Dix-huit clients… trente-six couilles. »
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| polly // 17:52 |
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27.9.04
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petite horreur 44 - Camille Lamoureux

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| estragon // 20:44 |
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Petite Horreur 28
Tout d'un coup, je plonge dedans avec violence. Ça s'écrase. Je me dis : Encore un coup. Je jette encore une fois le tout dans la surface polie. Je me dis : Encore un coup. Des petites bulles viennent éclater à la surface du ciel. Je pense : Encore un coup. C'est un magnifique feu d'artifice ! Concentré, je regarde cet horizon parsemé de néons rouges en m'essuyant étourdiment le nez. Je contemple mon oeuvre en me disant : Ça ne suffit pas, encore un coup. J'actionne à nouveau le levier. Ça craque quand ça vient se heurter à la surface. Est-ce au dedans de moi ou bien le monde crépite ? Une nouvelle fois, de tout mon être, je lance avec force dans le ciel gris. Des lumières explosent. Mes pensées s'envolent. Des lumières jaunes dans mes yeux, des lumières rouges dans le blanc de cet oeil figé comme un oeuf... Ça ne suffit pas, me dis-je : Encore un coup. Je catapulte une nouvelle fois à la surface du monde. Cette fois-ci, mon nez produit un effroyable craquement. Dans la glace rouge, je ne me vois plus que par intermittences. Je viens de me baiser la glace. On a toujours été deux, il était temps de mettre fin à cette mascarade.
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| estragon // 20:43 |
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Silence sur le front.
Parce que finalement, il n'y a rien à dire, ni à prouver, que cela ne convient certainement pas, que ça fait pire, et puis que lire nous en place aussi plein dans l'espace, c'est trop, pour s'entendre, oui bien trop. Que les uns méprisent, éduquent prose, qu'ils se fassent lien langue et lapident, haut-parleur, et ne composent que sur les restes couvrant les dorures de leur assiette, que d'autres s'étranglent dans leurs ravissantes chaussettes... il n'y a que les distances qui s'antres tiennent, partout. Chaque cellule noie sa mitose et s'ampute.
Le monde s'en fout, l'immonde s'assure et dessous, dessous on se rassure. Le foutre. Ce n'est que ça. Le résultat. Et même celui d'un tas montré du doigt ; ça n'avance pas. C'est La Vie de Brian, des protections pour les genoux et des casques en renfort ; ça ne vaut pas mieux que les grandes guerres sous nos yeux scribes. Nous le savons bien, que nous en serons toujours des embryons, que nous bordons nos fausses couches les pieds à l'étrier, assiégeant les mains blanches qui n’existent pas jusqu’à ce que de l’orgueil de la race qui coule on puisse voir défiler nos vies et contempler la pugnacité d’une toile aux tracés exsangues.
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| polly // 17:52 |
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26.9.04
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petite horreur 43 - Dingo
En vérité, et c’était comme un parchemin, cent, deux-cent, quatre-cent, mille pages s’entassaient et se substituaient à sa vie, qu’elle vivait chichement, sans aucuns fondements. Elle préférait le geste de dire, le faire d’un dire, au délire d’un juste dit. En vérité, cette suite illogique lui glaçait le sang. Quoi fallait-il combattre. C’était ce quoi inhumain, qui la laissait déchiquetée chaque nuit la paupière battant de l’aile sur les carreaux froids d’un sol dur sur lequel elle finissait invariablement la joue collée l’existence ruinée. On n’avait pas pris soin de ces enfants-là, de cette dé-génération-là. On l’avait laissée seule, dans un entre-deux, entre colère néphrétique et machinerie tueuse à écran froid.Électrocardiogramme plat.Elle avait lu des milliers d’auteurs, depuis ses six ans. Obstinément, lentement, jour après jour, elle en avait détruit tout souvenir.Obstinément elle se tuait les souvenirs, qui étaient tuants.Puis elle se regardait dans la glace en hurlant.
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| estragon // 20:40 |
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petite horreur 42
Il s’appelait Justin Sétou. Il avait 18 ans, environ. De toute ma vie, je n'avais cotoyé Justin Sétou qu’une fois, dans un bus. Justin avait une voix blanche, froide, comme marquée d’un désintérêt abrupt pour toute forme de vie humaine. Justin décrivait à son voisin de strapontin tout le patrimoine immobilier de ses relations, qui circulait dans la grande baie vitrée du bus : « Ci-giclent les trois appartements de Sabine, ci-gît le 150 mètres carrez de Ben. » Quand il se retourna vers moi et me dit, d’une voix douce et sifflante, me fixant de deux petits yeux bleus, glacials : « Et quand je te parle comme ça, t’aimes ça ? »… je me dis que cet être était probablement déjà mort, mais d’une façon imperceptible à l'oeil nu et sournoise. Une mort hexagonale.
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| estragon // 20:39 |
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court extrait

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| estragon // 20:37 |
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Petite Horreur 39
« Le problème de cet homme, qui, fort justement, voulait briser la neurasthénie intellectuelle ambiante, était qu’un rictus de haine et de mépris épouvantable venait ponctuer chacune de ses paroles – paroles qui partaient pourtant d’un bon sentiment. Ce pourquoi personne ne l’écoutait, car l’attention des auditeurs en 2004 se portait naturellement vers des gens bronzés, minces, aux visages avenants et lissés, troués – au dessus du menton – d’ouvertures béantes qui ne laissaient échapper que quelques ah, euh, hi, et autres oh et hue, denrées remarquables de ce siècle abstinent, qui avait pourtant la courante. »
Lu dans le journal L'Hibernation du 25/09/04.
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« On voyait épisodiquement ressurgir de pâles copies durassiennes – parataxe et points bêlants – de mièvres copies beigbederiettes – citations et blagues potaches arrosées de sperme – au-delà de ces deux horizons (qui couraient comme de splendides nappes ocres et jaunes dans les cuvettes, avant que l’on n’en tire la chasse), une pupille stupidement fixe : celle de madame Pécuchet. »
Lu dans le journal L’Immonde du 24/09/04.
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« R. Enthoven, dans sa philosophie du désir, enfonçait les portes ouvertes, non content d’avoir déjà défoncé Carla Bruni. »
Lu dans le journal L'Hibernation du 24/09/04.
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« Quant au fourbi de l’horreur ambiante, nous ne nous prononcions pas, ou pis, nous nous emmêlions les fins sots. Nous ne pouvions plus émettre aucun son cohérent, la bouche embourbée d’hypocrise sociale. »
Ve Réputrique - président Riche-Frac.
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| estragon // 20:34 |
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25.9.04
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témoignage d'un Cabernet Sauvignon
En vérité je m’en foutais pas mal Je cherchais probablement à devenir bien que chaque jour qui passait me voyait un peu plus racornir toujours sans solution sans destination C’était bien le problème J’avais toujours préféré laisser se creuser des écarts Je levais la tête la plongeais au-dedans Peu à peu avec les années les larmes me montaient aux yeux chaque fois que je le croisais ce récipient qui nous toisait Un journaliste s’était intéressé à mon cas je n’aimais pas trop ces animaux-là J’en avais déjà reniflé un de près M’étais aperçu que la seule assise à ses vitupérations n’était que le résultat de son entreprise à sa propre perpétuité Beaucoup voulaient survivre avant même de vivre La seule colère que je respectais c’était cette colère pudique de ces hommes qui se déchaînaient bravement et qui étayaient leurs colères de fondements solides libérés de toute entrave intellectuelle Tout était là L’imagination se cassait les dents sur elle-même Ou alors ne dire que l’essentiel : Vivre vivre vivre vivre vivre sans aucun retour sur soi-même A. et A. Nous n’étions que des ânes. Je m’appelais -----, famille bretonne issue de Lorient j'avais un ----- plaqué sur le front ça rend aimable de s'appeler ----- A. et A. : Il y avait toujours entre les lignes de leurs mots d’innombrables fuites indécelables comme une fausse note quelque chose d’imperméable à toute signifiance Une mélodie Ils psalmodiaient J’avais cette sensation, quand ils parlaient, d’être entouré de pépiements, gazouillis
Au cas où, dit-il Je pensais qu’il n’y avait bien que la France pour se pâmer devant la misère et la souffrance Tout ce qui puait avait un succès inégalé en France Plus tu puais, plus on compatissait Fallait pas trop aimer la vie, c’était ennuyeux Fallait être un rebelle, un clochard Tout de suite, ça donnait à tes créations un goût d’interdit Tu pouvais être con stupide décérébré du moment que tu criais une phrase qui choquait les (sans) esprits (fixes) « Vive Ben Laden, vive les partouzes » on t’adulait En réalité tout transpirait la névrose en France Bref, Le fait que j’ai été pauvre souillon ruiné ça l’excitait Il me dit qu’il me suivait depuis longtemps – à la trace Qu’il ne comprenait pas « pourquoi » Je lui répondis que je devais surveiller l’eau des spaghettis C’était la seule réponse possible la seule qui me venait à l’esprit face à la question de ce têtard
J’avais donc totalement disparu Le ciel me fixait toujours de son œil rond Moi je le regardais toujours aussi stupidement Stupide de n’avoir trouvé aucune réponse mais surtout, au fond de n’en avoir jamais vraiment cherchée et d’avoir finalement vécu chaque jour qui se suivait sans importance, sans grandeur chaque jour qu’on ne sentait pas vraiment passer comme si la vie avait été une immense journée de neuf mois martelée de coupures d’électricité Je ne me voyais pas devenir je ne savais pas ce que je devenais j’avais juste cette immense parole à la place du cœur : « Comment avez-vous pu nous laisser livrés à nous-mêmes » Il fallait faire attention n’est-ce-pas une lutte permanente pour ne pas tomber au fond de soi Au même titre que d’autres je m’aimais d’une certaine façon c'est-à-dire qu’au même titre que d’autres : mon seul amour ne me suffisait pas quand la bêtise était insoutenable, je vomissais ombre – arpentais les rues dressais cou dans le ciel mon cou : œsophage du ciel sa continuité cou tremblant et blanc tige au vent il n’y avait rien à faire le ciel descendait en nous les visages s’y imbriquaient comme des clous milliers de petits clous noirs appuyés dans le ciel Un splendide tableau Grâce à nos cerveaux la toile était tendue les suiveurs les dispenseurs de cours qui donnaient des leçons sur « la perte de Morale ! » n’ayant déterré qu’un thème éventré mâché et remâché voire enculé de part et d’autre depuis des années Ils ne nous apprenaient rien Personne ne nous apprenait rien. It was a good day. It wasn’t. Nous sommes ce que nous choisissons d’être Nous l’avons choisi, notre assassinat.
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| estragon // 19:57 |
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23.9.04
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étude pour un gisant
Year 2098
« D’un certain côté, d’un certain côté on aurait dû s’en douter. Elles crevaient par milliers sur les plages. Y’avait plus d’enfants. Fallait être bronzé. La norme européenne, c’était 38 kilos. La Morale, c’était d’avoir les dents blanches. »
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| estragon // 20:05 |
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None
J’avais gardé toutes ses fleurs. C’était au cas où il meurt. J’avais la peur en courbature, fléchissant mes épaules, le dos rond sous le monde. Après, après, j’avais lavé le couteau. Il restait un peu de terre. Je sortis un fromage du frigo. Coupai, tentant de ne pas le maculer de terre. Tentant qu’il ne déborde pas sur le bureau de bois, maculé de cendres, pourritures, saletés. T’entends ? T’entends ces bruits ? Moi j’entends ça sans cesse. Tout. Et c’était comme ça pour tout. Se faufiler dans les débris de ce que l’on ne voulait pas ramasser. Ça s’accumulait. On laissait s’accumuler, on naviguait entre des montagnes de nous-mêmes. On n’avait pas élagué. Ç’aurait été plus rapide, de se trouver un chemin, si on avait pris la peine de trier, de tuer. Still D. R. E. Il se mouchait dans des serviettes éponges. Moi, j’étais au sol, à bâtir des êtres. C'est pour ça qu'on pisse sur des toiles. Et si on le dessine tordu, ce n'est pas, comme le disent les gens, le simple fait d'une vision de fou, soit-disant propre à l'artist(-fist)-artifice, c'est parce qu'il l'est, tordu. Décrire ce que ce que l'on voit : il n'y a pas bien grand mystère là-dedans, aucune opération du Saint-Esprit. L’homme, chien couché au soleil. L’homme, chien coupé au soleil. L’homme, chien courbé au soleil. L’homme, chien, couinait au soleil. L’homme, chienne croupe au soleil. L’homme, rien cramé, 1 2 3 soleil.
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| estragon // 19:55 |
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aparté, à l'estragon
Je me cogne aux pilotis, des croûtes jusqu’à la tempe pour retenir l’écroulement. Tout s’appuie. Tout s’appuie sur. Et je fais des rondes. Juste la peau qui pèle, un peu, sous les nuages, le poil comme un pieu. Nudité, ma camisole. Je suis tous mes pions morts, l’assassin, mon anticorps. L’insecticide. C‘est de l’assainissement. Je suis en mode sous-cutané.
Tu le sais, que je suis du toucher. Que tu es ma voix pour que le corps ne s’emporte pas aux terrasses, que je suis cette indulgence, face.
Trop de traverses, beaucoup trop, que du surplus de traces sur le bitume et moi sous. Je voudrais faire court, juste, jusqu’au mutisme, éclater de cette apnée, ma seule pudeur, de m’aimer tant désordre et si lambeaux, à foutre ma vie en l’air, pleuvoir et fuir des saisons, sans flambeau, que tout efface.
Qui s’aime… on s’épars pille comme des germes…
Chaque heure, je m’ôte le bâillon d’entre les cuisses, pour taire ce qui m’accuse.
Et avec toi, j’expire.
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| polly // 17:51 |
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21.9.04
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Camille Lamoureux
Clac, le temps mort de cette porte béante qui m’ouvre au poulailler ivre d’un appartement vitrifié.
« LA VOLAILLE ! LA VOLAILLE ! LA VOLAILLE ! Scandent les bouches élargies d’un amas de bouchers en furie. Leurs gorges en cadence, leurs têtes en tronçons tambourinent l’atmosphère et pilonnent les airs de leurs braillements : — LA VOLAILLE ! LA VOLAILLE ! LA VOLAILLE ! Et au milieu des collines dévastées de leurs chevelures hérissées, au milieu des cailloux chauves des gendres à cigare, des accumulations de chairs en sueur, de tape-à-l’œil et de tocs trompeurs, au milieu d’un ramassis de poitrines en meules et de cous tendus comme vits, au milieu des pieds qui martèlent et des langues qui mêlent, au milieu de ce féroce fatras qui tape des pieds et rote Versace : un accident de terrain.
Une poule. Une poule affublée d’un string.
Et elle valse la poule !... Son cou épouvanté torpille le vide !... Elle valse !... Ne distinguant plus la gauche de sa droite !... Tandis que les chairs se raidissent jusqu’au paroxysme de leurs tendons en feu ! Les têtes se redressent comme crêtes impatientes, tic, tac ! À gauche puis à droite !… Les visages livides se colorent des jovials lampions cramoisis qui s’articulent au plafond… Et la foule se monte dessus !… À ma droite des affaissements de jambes sur canapés, des évanouissements de femmes affolées… Et parmi les décombres des humains en colère, des bouches glapissent, tu as vu, tu as vu comme cette poule est tordante… L’attroupement tortionnaire forme un agrégat compact et serré duquel seuls quelques bras jaillissent, comme soudainement échappés de la tombe… Des yeux roulent sur la masse grouillante, tac un bras, tac une paupière s’ouvre, puis la foule se grimpe dessus, en joie de cette poule débauchée… La foule en mouvements, ressac de va et vient accélérés, je ne la vois plus, je ne la vois plus, la foule piétine, elle tangue en arrière, oh elle est là, quelle grosse bête que cette poule !
Et vlan, je m’arrache vivement à ce décor impatient, agité, je sectionne la foule en cuir blanc, l’amas des cadavres décolorés aux corps explosés, les volailles à champagne qui rient en faïence comme on jouit en comédie, les ficelles à strings et les strass en chemises, mais poussez-vous bordel ! J’en déglutis un de mes avant-bras, avance, avance ! Devant mon impatience à me frayer un chemin, un gros rougeaud serre fort contre lui son combustible mousseux et retient sa respiration. Sa cage thoracique comme baudruche percée se ratatine et creuse dans la foule un interstice mesquin. Je m’engouffre. Entre les jambes, les bourrelets et les femelles, je me contorsionne sur mon socle ahuri, je m’insinue comme phalange dans le cul du troupeau… Mes pieds révulsés tracent un lilliputien sillon entre les chips et les talons. Je fends, je sens la foule, je hume son sexe, je glisse sournoisement ma main lubrique contre les culs assoiffés qui ne protestent pas, bien sûr ; cette soirée est luxe en fourrure, stupre en fureur, luxe tueur, luxure. Cette soirée est ce que j’aime, une de ces raisons pour lesquelles je continue à exister, exister depuis la pointe de mes crins jusqu’à la douille de ma bouche, parce que moi, les culs qui sautent et les cerveaux qui n’ont compris au sexe que la masturbation, j’adore ça.
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| estragon // 19:53 |
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Surprise
Ces petits flous de farces entre nous.
Un soir de Juillet, il est environ 23 heures, la veille de notre fête:
Estragon dit :
http://lelombrik.free.fr/LoMBriK/Sublimimal/ Estragon dit :
http://adddp.free.fr/sommaire.htm
(Polly clique sur le premier lien. Un cri.)
Polly dit :
ça va pas!
Polly dit :
t'es malade!
Polly dit :
ne refais jamais ça.
Polly dit :
tu entends!
Polly dit :
jamais ça!
Polly dit :
putain!
Polly dit :
t'abuses!
je suis toute seule ce soir moi
Polly dit :
non
Polly dit :
sérieux.
Polly dit :
jamais.
Estragon dit :
moi aussi j'ai hurlé, enfin à peu près
Estragon dit :
disons fait un grand bond
Polly dit :
Jamais jamais jamais
Estragon dit :
promis
Polly dit :
non, mais là, tu n'aurais pas dû.
Estragon dit :
plus jamais
Estragon dit :
pardon
Polly dit :
je flippe maintenant.
(Un temps.)
Polly dit :
tu sais, je ne pourrai pas dormir seule à la galerie.
Estragon dit : je dormirai avec toi si t'es seule.
on dormira à plusieurs.
bon vas voir le deuxième site.
Polly dit :
tu fais chier.
Polly dit :
je tremble maintenant,
Polly dit :
P. est parti y'a 15 minutes.
Polly dit :
non, mais sérieusement.
Estragon dit :
dis-lui de revenir
Polly dit :
t'es pas cool.
Estragon dit :
pardon
Polly dit :
il est au boulot.
Polly dit :
je voulais peindre sur mon balcon.
Polly dit :
c'est raté maintenant.
Polly dit :
chienne.
Estragon dit :
bon plus jamais
Polly dit :
tu vas voir...
Estragon dit :
désolée
Polly dit :
je disparaîtrai sans te le dire, dans la galerie, sans que tu sois prévenue.
Estragon dit :
QUOI ?
Estragon dit :
c'est hors de question, ne mélangeons pas avenir et site internet pouilleux
Polly dit :
je vais pas voir ton deuxième lien.
Polly dit :
j'ai trop peur.
Polly dit :
tu m'as foutu la gerbe de la trouille!
Polly dit :
merde alors!
Polly dit :
tu ne sais pas à quel point les trucs d'horreur sont traumatisants pour moi si je les vois seule!
Polly dit :
c'est terrible !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Estragon dit :
bon
Estragon dit :
OK
Polly dit :
je vais fermer les fenêtres.
Estragon dit :
ce site a été fait par A. et son pote. il est désolé. il te dit bonjour
Estragon dit :
appelle si t'as peur
Estragon dit :
merde !
Estragon dit :
allô ?
(Silence de Polly.)
Estragon dit :
je suis désolée
Polly dit :
mouais.
Estragon dit :
je savais pas que t'étais sensible comme ça (moi aussi remarque, mais je m'en suis remise), je suis vraiment désolée
Estragon dit :
pardon pardon ma Tit'
Estragon dit :
tu fais la gueule ?
Polly sans rancune est encore traumatisée, rien qu'à l'idée.
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| polly // 17:50 |
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Petite Horreur 16
Soudain, dans la conversation, m'échappe:
Cet homme-là ne pense pas, il n'a pas de sexe...
Au même titre, puisque chacun son vice, il m'ajoute riant son café:
Cette femme-là médite, elle n'a pas d'argent.
(à noter la ponctuation...)
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| polly // 17:49 |
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Petite Horreur 36
Ça devenait une crampe. Un complément abject circonstanciel constant. Ils avaient la bouche peine sans articulation, c’était la nostalgie de la fièvre, un attentat scolaire et des genoux rafistolés par des bandes d’arrêt d’urgence. C’était la peluche sur l’étagère et le cache-cœur d’une petite main sans urticaire ; il se pendait à son cou comme une potence, la jambe encore au chaud. Il ne voulait pas sortir.
- Non écoute, là tu m’étrangles…
Ils allaient comme ça. Bourse en bandoulière, par-dessus l’épaule, il tirait la langue aux passants.
- Chéri, tes gonades appuient sur ma vessie. Tu ne veux pas descendre une minute ?
- NAN !
- Mais je…
- NAN ! NAN, NAN, NAN !
- Il faudrait que…
- J’AI FAIM !
- Hé !!!
- Oh ! Crie pas ! Mon oreille !
- Quoi ?
- Ça résonne dans mon oreille !
- Dis-donc…
- NAN !
Ils se posent un instant sous un abri-bus. Le nez écrasé sur les horaires, il demande :
- On va où ?
- Au travail.
- NAN !
- Si.
- NAN ! Je veux mon canapé !
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| polly // 17:48 |
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20.9.04
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rien
Si je ne me retiens pas un peu je saigne cornage comme on submerge l’écarlate saillie.
Et l'on s'empourpre dans les noeuds.
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| polly // 17:47 |
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moi Jane, toi tardant.
Se pourrait-il que nous soyons des Pénélope modernes, des Antigone tues, des escalopes en berne de Gorgone nue.
???
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| polly // 17:46 |
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19.9.04
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Courte dyalise
C’était un gazouillis impénétrable. Leurs deux êtres étaient remplis d’un millier de mots. Elle, c’était : « Effet Kelvin, diffluence de trois rues à la tête d’une avenue, delta propice à l’échange d’un millier de pas, diaphorèse d’êtres à l’haleine permissive, étrangloir de vœux égratignant la boule noire du soleil, probabilités, pas un homme juste, juste un homme, bloc asymétrique que cet entre-nous, bloc de devenir et non conjugalité, devenir présent et non devenir à partir d’un quelconque passé, présent présent présent, en chacun de nous il y a comme une topologie dirigée en partie contre nous-mêmes »… Lui, c’était : (…)[on ne sait pas] [nous ne nous prononçons pas].Pourtant. Ils prenaient de l’élan, gonflaient leurs joues en force, s’élançaient s’élançaient mais ne se percutaient que de deux ou trois sales mots. À vrai dire, ces deux, trois sales mots, Estragon en était tout de même. Heureux. Ceux-là ne l’éreintaient pas. Vladimir avait demandé : « Et moi, tu supportes ?…— Ils sont ma vie. Tu. »
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| estragon // 01:17 |
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S'en tire
Un sommeil d’une soixantaine d’années… carcasse désaxée au milieu des boîtes de sardines, j’atteignis un volume concentrationnaire d’idées fixes à coins carrés paroxysmique. Finalement j’me r’pointai là avec toute l’énergie d’un sot. Je criai, bien évidemment (tout cet air, tout cet air). Puis je recommencai à zéro. Puis recommençai à tourner en rond sous ma sale peau. Ce que peut un corps, ce que peut un être, c’était le gravier qui couinait dans cet engrenage. On décida de me mettre sous perfusion. Ça marcha, j’eus les idées plus nettes. On décida de m’offrir un compagnon. Ça marcha, je perdis la raison.
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| estragon // 00:58 |
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Méditation sous les ponts - à Angelo
Méditation sous les ponts - 1.

« Le garçon qu'a pris l'eau dans mes yeux, vendr'di soir, sous mes pieds les cloutés, un vélo m'attentait, je risquais mes quatr'sens, le garçon qui marchait en tambour dans le noir en suivant mes talons rigolards. Le garçon et moi qui écartons pattes dans le raz d'chemin du chez moi. Le garçon, la vodka, la vodka, le garçon, le chichon, la vodka et les pattes s'en mêlent. Le garçon, la moquette, le matelas et l'aurore, le fouillis des cheveux qui s'éveillent. Ma main aux Tuileries, les rois du monde sur deux chaises à clous, l'ouverture des paupières comme boîtes aux lettres floues dans l'béton qui sent l'âcre. Les nuées des oiseaux qui couraient dans ses yeux, picoraient mes joues blanches comme aiguilles qui s'enlacent. Le soleil qui couchait, puis couchait, pluie couchait, retors comme un singe aux joues lasses. Les Tuileries, rois d'un monde fier aux chais'vertes qui grésillent, réfugiés sous un arbre, possédés comme des cieux, et les doigts en trompe-l'oeil sous les lèvres vernies. L'eau de la vie qui trempait ses doigts courts, ruisselait comme une voûte dans l'œil muet d'un arbr'sourd. Ses doigts pinçaient gouttes, dans sa pince la pluie écrasée comme la chair d'un fruit. Il disait : « Oh ! Il pleure ! », je disais : « Oh ! Il pleut », il disait : « …dans mon unique œil cyclone », je disais : « ...dans ton unique oeil cyclope », et quand je disais : « Je retiens la rue » il disait : « de tes deux petits bras », le garçon qui écrivait gras de ciel au lieu de gratte-ciel, quand j'lui f'sais la dictée, qui disait chevals au lieu de chevaux, qui disait : « Où tu es Anne-Claire ? », qui disait : « Si jamais tu n'sais pas, je te l'apprendrai » et moi qui répondais : « Il y a un ne sais pas, dont personne ne connaît la réponse, ce ça qui pousse l'homme », le garçon qui disait, qui disait et qui avait fait de ses bras l'oeil fou d'un monde torve. »
Méditation sous les ponts - 2 
Méditation sous les ponts - 3 
Méditation sous les ponts - 4 
(Fin de la citation de l'Espèce Humaine).
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| estragon // 00:47 |
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18.9.04
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Sans pitre.
C’était trop tard.
Maintenant qu’ils voyaient tous la même chose, ce blême flou, juste clause et non pouls, que conviction leurs yeux sourds sertissaient, ils fouettaient le tiers fantôme, fustigé d'être à bout d'écorce.
Il faut parfois rester fidèle au mensonge plaisant que le monde enferme. Il ne pardonne aucune dissonnance, et ses hurlements sont aussi meutriers que toute sincérité.
Ce n'est qu'une histoire de foie, quand d'autres nous vivent en greffe.
Polly aphone en proie de disparition, que son autre puisse crever en taie.
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| polly // 17:46 |
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sans tête
Préambule :
On n’avait jamais vu quelqu’un autant passer. Il passait tellement qu’il s’effaçait. C’est normal, il voulait tellement dépasser les autres. Alain Quipass, c’est quelqu’un qui passe comme les autres, qui se déplace sur des informations fausses, un rebelle sans batailles, un fils à papa, qui s’habille en racaille. Alain Quipass veut qu’sa vie ait mal, il s’défonce les parois nasales. La réalité, quand elle est trop belle, faut lui refaire le nez, sinon t’es foutu, t’as l’air heureux.
Alain Quipass est faux.
Alain Quipass il faut.
Alain Quipass, quand il donne, il prend l’air.
Il prend plus l’air de donner qu’il ne donne.
(E. & P.)
D’un témoignage anonyme :
« Ce qu’il faisait, quand il arrivait dans un lieu, il regardait autour de lui puis il criait fort, pour qu’on le regarde, lui et pas un autre, il voulait être l’unique acteur, il savait pas où il foutait les pieds, mais il voulait être le seul hors du commun, il criait : "Bande de cons ! Regardez ! Moi, je ne suis pas comme vous ! Regardez !" À la fin, c’était devenu un réflexe : il avait à peine regardé autour de lui, que sa bouche s’était déjà ouverte en une gigantesque crispation masturbatoire, cri de son existence, ainsi que de celle de ses petites chaussures. Là où les choses se gâtèrent, c’est quand il hurla son existence à la caissière de son Monop’ : « Regardez, moi au moins je dépote la baraque ! Je suis hors du commun ! » Il se contrôlait plus le mec. Ghislaine, caissière, donc, sursauta un petit coup, puis, le nez en trompette, dit très calmement : merci monsieur bonjour au revoir on se revoit plus tard. Elle avait l’habitude des cons foireux.
Nous, on avait un peu honte.
Le mec, toute sa vie, il avait passé son temps à dire qu’il était pas comme les autres. À soixante ans, il s’aperçut que toute sa vie, il n’avait fait qu’hurler une tempête de mots. »
D’une suite improbable et impromptue (de ceux qui restent) :
« Ils me laissent là, un peu étonné. Il n’y a plus rien. Je renifle sur le dessus du plaintif halogène, planté au milieu de la pièce, je renifle un cimetière d’animaux morts. C’est la pénurie des papillons. Il m’aurait fallu l’amour de Dieu, ou d’un homme qui n’était plus un homme. "Åme, baisse, cesse, dé, eux, elfe, j’ai, hachis, gît, cas, elle aime haine eau PQ érès thé eu vais, double-vais… On n’a jamais rien compris à l’alphabet. »
(les 28,47).
D’une suite sans aucun rapport :
VLADIMIR : Tu aimes ça.
ESTRAGON : Non.
VLADIMIR : Si, tu aimes ça.
ESTRAGON : Non.
VLADIMIR : Si, tu aimes ça, je veux te l’entendre dire.
ESTRAGON : Non.
VLADIMIR : Regarde-moi.
ESTRAGON : Non.
De la description d’ah l’un qui reste :
C’était l’homme transparent, le corps mince, léger, aérien. On pouvait sentir sous les doigts chaque os de la colonne vertébrale, et puis imbriqués sous la peau, les tissus sanguins. Chacun des osselets jouait sous mes pouces. Je posais mon œil sur sa cage pulmonaire, je ne voyais rien, sauf les battements, forts, interminables, accélérés. Même moi je faisais saillie sous sa peau.
De la description d’ah celui qui ne restera pas :
« L’agence immobilière Sergic à ma gauche, le garage BMW à ma droite, juste en dessous, les places de stationnement GIG, vides, les fenêtres noires du monde d’en face, la petite ouverture entre deux immeubles laissant entrapercevoir la longue avenue, sa rumeur automobile, les lumières alignées gouttes de feu, et puis encore les lumières en bas, points névralgiques. Là ce réverbère, et puis là encore cet autre. 04h00 du matin. Je suis au sein d’un gigantesque insecte de ferraille, qui bruisse l’œil en gouttière. Il pleut dans la ville comme il pleut dans mes yeux. Posé sur la table du balcon, mon verre de whisky. Je bois du Whisky-Pluie. Je contemple cette rue, l’attentat de mon enfance. 04h00 : la fatigue me blanchit les jointures. Je manque de vomir à chaque gorgée ; l’addition sous-cutanée de l’alcool sec et du manque de nourriture. Les pieds plantés dans la pluie de ce balcon planqué dans le ciel, mes ampoules braquées sur la rue sombre, je me demande si un jour, si au moins un jour, je me suis dit : "Tout ceci est à moi !" Ou bien si je me suis toujours tu, ou bien si par hasard, je ne me se serais pas dit : "C’est trop tard". La ville chante, les immeubles suintent, une femme en bas gémit. Des foutaises. Des craquements de portes, des traînées sonores, carlingues sourdes étouffées lentes et tenaces, rythmant l’heure. Je suis au monde, ce monde que j’ai eu si souvent l’impression de porter, quand bien souvent c’était moi qui m’appuyais fragile sur son épaule. Dans les vapeurs, j’ai claqué. Je suis une braise, un fer rougi. J’ai tout perdu, alors je ne peux maintenant que gagner. »
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| estragon // 01:21 |
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17.9.04
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Passé. Rebond haineux.
Au sein d’une même famille, deux humains, le sourcil relevé, la fourchette à la main, l’œil stupidement rond, peuvent fort bien regarder un troisième humain sauter d’un balcon, sans autre mouvement que celui de leurs serviettes poliment appuyées sur leurs bouches. Il va sans dire, en effet, nous ne pouvons le nier, que cette cavalcade inouïe et bruyante, jusqu’au balcon, rompt le bon ordre du repas familial d’une façon tout à fait inconvenante. (L’horizon, flaque étourdie du ciel, immensité pure). Ces gens-là, je ne les vois plus. Passent dans ma vision, comme des ombres, ombres qu’ils sont d’eux-mêmes. Cet homme-là, stupide et creux, l’homme infâme, que l’on retrouve dans tous les recoins de la littérature et du monde, cet homme-là : l’Homme, dans toute sa splendeur, l’anonyme, le lâche, le collaborateur, le contempteur, plongé dans un vouloir dominer, plutôt que dans un vouloir aimer. Depuis l’origine des temps, on a pris des notes, analysé, noté scrupuleusement, afin de donner naissance à ces rats, vous savez ces rats, là : ces Fouan, Buteau, Méchain, Busch et autres Rougon, ces gens-là, obscurs, rampants, la face polie, le masque qui se craquelle sous la pression de leur vulgarité interne. Adaptent leur représentation d’eux-mêmes à chaque monde qu’ils veulent séduire, changeants costumes vides d’humanité. Veulent être figure paternelle pavoisante et dominante à la pensée qui tranche, mais ne sont rien. Ils sont fascinants, ils sont inhumains. Ce courage qu’ils ont à tuer les plus faibles qu'eux, nous ne pourrions jamais l’avoir, car nous sommes trop lâches. Peut-être qu'au fond, nous sommes des humains.
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| estragon // 00:24 |
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It's time to break down.
Cette chanson me calmait / m’irritait aussi. La surfréquence des respirations en majeur, un peu criardes, un peu trop gaies, qui venaient rompre le rythme de départ, ces quelques notes, oui celles-là précisément, juste après le « breakdown », ces quelques notes de piano, incisives. Il n’y avait bien que ça, qui parlait : les notes après le Say yeah. Mais après le « I never » : c’était insupportable. Et certainement ce qui m’acharnait à cette chanson, c’était cette alternance d’insupportable à l’américaine et d’une mélodie plus juste, cachée au dessous. Quand je relevai la tête hors de l’évier, je me dis (un vieux relent rance de sale éducation), que non, il m’était impossible de continuer à plonger ainsi, en apnée parmi des assiettes sales et des spaghettis flottants. Certains se collaient à mes cheveux. Quand je contemplai ma tête ruisselante dans l’œil crevé de mon existence, je me découvrai des cheveux blancs, mous et visqueux. Je la repassai en boucle. C’était pour au moins quelques secondes, saisir la mélodie de départ au sein du maussade. Les trompettes et les notes en majeur. Je saisissais la serviette au sol, trempée du marécage croupi de la douche, m’essuyais avec. Je me cognais le front contre la glace, avec violence : rien – un coup – ne – un deuxième coup –m’impressionnait – un troisième coup – plus. Je tombais sonné, l’arcade sourcilière défoncée. Afin de dissoudre la traînée du sang sur mon front, je basculai à nouveau dans l’évier. Sous la nappe sale et graisseuse de l’eau, j’appuyai ma tête fatiguée contre une casserole, tout au fond près du siphon. Les véritables fuites ne sont pas celles, inconditionnelles. On n’abandonne jamais tout. Elles gardent un corps, deux corps, trois corps, un résidu d’actions sociales, de celles qui vous préservent suffisamment de la ruine, elles gardent un pain, un froment, une racine, un paysage, un vain. Une musique. Je cliquais et recliquais abondamment sur la mélodie. Avec ma propre respiration je m’amusais.
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| estragon // 00:22 |
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Out of. Fou 6.
Nous autres, n’étions que les lésions cavitaires où se réfugiait son nom, la contagiosité de ce temps vacuolisé, le tuant, alcoolisés. Il nous séparait à nous-mêmes, mourait et naissait ainsi des milliards de fois par jour, inspirant à l’instant même où il expirait. Un jour, le fil se rompit, le temps sauta.On devint ligne pure hors de nous-mêmes. Nous scrutions à l’intérieur, et nous n’étions plus là. Mais au dehors, quelque part. Nous étions devenus une extériorité, un vertige, le temps de la ville. Le Nous, je, avaient subitement disparu, claqués dans l’atmosphère comme des vieux rêves, vastes champs de mines à l’aube qui s’effrite. Regardions en arrière et puis rien : pas de sujet. Nos coordonnées personnologiques et objectales avaient sauté sur une bombe, étaient devenues ordinales. Il n’y avait plus de points fixes.
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| estragon // 00:12 |
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15.9.04
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Correction d'une trajectoire - 4 Angelo DC
Ils marchaient dans la même direction. Ils ne devaient vraisemblablement pas se trouver à ce point précis de la ville ce soir-là. Elle manquait une correspondance, décidait de marcher des kilomètres. Il ne devait pas sortir de chez lui, il se décidait, sans savoir. Il disait plus tard : « Je ne savais pourquoi, mais je savais que je devais sortir. » À l’endroit où un deuxième humain faisait écran, à la droite ou à la gauche du bras, entre soi et les murs de la ville, entre soi et le flot des voitures, des passants poubelles réverbères, ils n’avaient que l’incomplète, invisible présence d’un corps creusé en boule dans l’espace, vilaine rouille d’un passé usager dans l’immensité perçante. Ils étaient deux verticales solitaires, avec pour seul compagnon le vide qui glaçait l’échine. Il comptait marcher ainsi depuis Opéra jusqu’à la porte de Champerret. Elle comptait marcher ainsi depuis Saint-Paul jusqu’à Concorde. Ils marchaient, marchaient, depuis des kilomètres. Leurs trajectoires se croisaient à Châtelet, au fond de la nuit. Ils devenaient soudain deux verticales, cahin caha, l’une à côté de l’autre. Il n’y avait plus de vide. Bien entendu, dans de telles conditions, ils se faisaient l’effet de paquets, tombés du ciel. Un mois avant, il priait Dieu. Il était seul, dans le noir, il n’avait plus d’électricité. Il lui restait quinze jours à tenir sans un rond, rien, même pas un centime. Il n’avait qu’un seul ami dans cette ville / refusait de demander de l’aide. Alors. Quinze jours dans le noir, dans un vide intersidéral. Il s’accrochait pour ne pas devenir fou de faim de noir de solitude. Il priait Dieu « pour rencontrer quelqu’un qui le comprenne », disait-il. Elle, n’avait jamais prié Dieu. Elle écrivait juste une dernière lettre, à la seule personne qui restait. À partir du moment où leurs trajectoires se télescopaient, ils continuaient à marcher, marcher ensemble, des kilomètres, ils marchaient, ils s’assirent à deux, se levaient à deux, sans discontinuer, le creux et l’absence qui les efflanquaient depuis toujours se trouvaient remplis d’une chair, soudain, d’un deuxième regard soudain soudain. Pendant trois jours ils marchaient, ils ne s’arrêtaient plus, sauf pour dormir, ils arpentaient les parcs, les fêtes foraines, ils se connaissaient depuis toujours, c’était un sentiment inaliénable, inexpugnable, rien ne leur enlèverait cette certitude.
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| estragon // 23:58 |
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Un sirop, s'il vous plaît.
Larry s'approcha, soutenant ses morceaux et colla son menton sur l'estomac du charcutier Corbeau.
- Vous ! Vous... vous, vous êtes qui!?
- Certainement que vous voudriez une réponse, moi je m'en fous de savoir qui, la croûte du fromage je l'éclate pour son jus. Je suis un assoiffé.
Larry brandit son doigt colère. L'autre ravi aspire à cet acte la menace sur sa longueur, dedans la pousse de la langue, ricane rote et crache.
Larry paille l'os à l'air, pour la première fois se sent tout nu. De riposte il érige son majeur.
- Oh l'ami... tu t'acharnes?
- Jusqu'à ce que tu prennes mon pied dans la gueule.
- Oh oui! Donne-moi ton cor, j'aime quand ça croque.
Larry Yet ne s'étale pas devant son adversaire, que son squelette y passe, il sera mort comme une indigestion. Chouette, se dit le charcutier, pas né celui qui m'empaillera.
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| polly // 17:45 |
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Nous sommes indignés !
Ce n'est pas moi qu'il vise. Mais son incapacité à s'exprimer de telle
sorte qu'il ne me vise pas est, malgré tout, une attaque contre moi.
Karl KRAUS
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Soyons plus forts que ça, ne nous y abandonnons pas.
Il ne faut pas, il ne faux pas, les laisser faire de nos émotions des paillassons sans poils sur lesquels la terre de leur enfer sèche et tire la peau comme un mauvais soleil. Ils volent notre jeunesse, grattent chirurgiens nos destins et crachent dans nos intestins les rides de leur combat au nom du vain. Ça ne se passera pas comme ça !
(d'un instant d'Aurèle)
Après maintes réflexions, je me décide à enfoncer mon doigt prémonition sur la sonnette, chapons et cigares m'ouvrent la porte dans un vent de discours présomptueux rafistolant d'interminables sornettes tandis que mon imperméable s'enfuit dans l'escalier, me plantant là, Oreillus Nauséalus fleuri, dans l'entrée. J'ai déjà les épaules bleues et les pétales cramoisis.
Une voix submerge la pièce.
Putain. Justin est là. Justin l’ego qui se propage, j’existe, oui j’existe, je fais de moi un je, j’existe, je fais l’écho et tous ces cons m’entendent, ces yeux alençon s’effilochent. L’homme est si facile à falsifier, comme j’aime ça, les sentiments, je fais sur les champignons, laids tout ronds joufflus, qui s’évanouissent de poussière quand on leur marche dessus. Ouais, je les rends verts. Et je m’en frotte les pieds. Justin termite décime les poutres parce qu’il s’ennuie, parce qu’il a peur de son rien. Justin prototype, l’abréviation d’un homme, juste la rébellion d’un type, à son prénom, parce qu’il ne s’estime pas à sa hauteur. Justin castré sa bite entre les dents tu vois comme elle est raide, comme elle hait juste, elle, et comme elle bave salive îvre du jeu de mes malpropres dents. J’ai les muqueuses fières et furieuses de vous piquer de moi, de faire de vous un toit, de vous faire taire force d’abois. Justin cabot justiciard cherche son maître et ne trouve que des lâches, des gens bons, si beaux à mordre. Justin justifiant récidive. Justin jutage pour nous conserver, Justin juvénile comme l’adolescence d’un mégot furtif, fanatique de sa popularité fictive. Justin Néron, Justin faussaire trop solitaire crie. Justin teste pour être sûr qu’on l’accepte insupportable, le console, pour qu’on dépouille le porte encore, fidèle. Justin voudrait être un cadeau, si vous ne m’aimez pas, vous me craindrez. Justin ring sur ses moignons, à flots rixe sans complexe. Avec ma gueule de poudrière, j’attise les défaites, je me juxtapose. Ces cons m’aiment bien, parce que je suis mauvais, je les aide à se plaindre, se vexer et se confondre dans la culpabilité d’avoir été. Ce qui me fait encore plus. Je les bute avec leur sensibilité. Hé. C’est extraordinairement jouissif. Tous ces gens, comme des étoiles filantes, crevant une à une, disparaissant de mes nuits jusqu’à la parfaite matité de mon existence, que terne enfin je sois vraiment, vraiment seul et malheureux. Ils meurent pour moi ! Ce sont des amis ! Ils se sacrifient ! Je ne me fais pas de soucis, il y en a tant, tellement… je continuerai, pour sombrer le dernier. Et toc !
Justin fœtus aura de moi le pire. Plus que la compassion, la pitié que j’ai pour lui le maintiendra en vie ; nous savons tous que tu n’es jamais né.
( putain Justin ! Avec tes conneries, moi je dors quand ???)
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| polly // 17:44 |
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Ce que les hormones relèvent...
Plus je m’amande en stationnement auprès de certains hommes, plus je deviens con, ailé, à l’heur tenté de la migration, de leur inadvertance permanente ; plus je m’amende, et moins je tolère domesticité, mœurs infantiles et niches crasses avachies. J’vais t’en foutre par tonneaux, moi, des antithèses, aux douces compréhensions prises pour habitudes. C’était cadeau, salopiaud ! Va, merci, je dresse ma générosité.
Il est possible que le dernier homme de ma vie ne soit qu'un amant.
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| polly // 17:43 |
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14.9.04
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Petite Horreur 39
Jean-Louis Raton était tout énamouré. On avait un peu peur pour lui. Il gesticulait si fort dans les airs que nous redoutions qu’il y perde un bras. On ne sait jamais avec l’atmosphère. Ou bien qu’il s’enfonce dans le sol, car il piétinait fort. Il faisait même du sur place, Jean-Louis Raton. Il commença par nous dire : « Ah ! Moi, je ne m’entoure que de gens biens ! Au milieu de la littérature des porcs, j’ai réussi à me constituer un petit cercle d’amis, qui, eux au moins, semblent avoir quelques valeurs. D’ailleurs, nous nous congratulons tous les jours à ce sujet. Quant aux petites vermines attardées, je les méprise. — Si vous les méprisez, pourquoi vous leurs répondez quand elles vous attaquent ? demanda Jean-Taule. — Je… — Il me semble que vous vous êtes enferré dans une querelle de trois jours, avec l’une de ces petites vermines… au sujet d’un mot. D’UN SEUL MOT, qui, semble-t-il, blessa votre orgueil ? (La tête de Jean-Taule semble boursouflée tout d’un coup, rouge comme un tampax). Un peu inquiet, Jean-Louis Raton poursuit : — Hum… Pour revenir aux gens de valeur dont je me suis entouré, figurez-vous, c’est drôle, tous on lit le Monde, et pas le Figaro ! — Et donc ? — Vous ne comprenez pas : TOUS ON LIT LE MONDE ET PAS LE FIGARO ! (Il nous reluque en insistant bien fort, plein d’un énorme sous-entendu abscons) (sa poitrine se gonfle, nous croyons même y voir se développer deux abominables seins). — Votre quotidien est fantastique ! Le but de votre existence est si plein d’un profond sens ! dis-je, afin de détendre l’atmosphère. — C’est normal ! Moi je suis auteur, moi ! Moi je suis auteur ! Soudain, un grand type arrive, le crâne rasé, les yeux comme des torpilles en feu. — Hey putain mec ! Faut t’reposer ! Ton crâne va exploser ! dit Majid Taillebite à l’attention du Crâne aux Torpilles. — Ta gueule. Toi, j’te parle pas. J’parle qu’à Jean-Louis Raton ! — Ouais, nous on s’parle qu’entre nous ! Tac ! (Jean-Louis Raton nous tire la langue, en se haussant sur ses petits talons). — Jean-Louis, c’était pour vous dire que… Vous êtes décidément digne des espoirs que j’avais placés en vous. Ce texte, hier, ce fantastique texte, hier, qui m’a prouvé une fois de plus que nous avions les mêmes opinions, au sujet de cette grosse merde d’écrivain, là, oui… Frédéric Bègue de Bière… dit le Crâne. — Oui, c’est si fantastique d’avoir les mêmes opinions sur les mêmes grosses merdes ! — Oh oui ! C’est si bon d’avoir les mêmes opinions ! — Oh oui ! C’est si bon si bon si bon si bon ! (Jean-Louis étouffe de bonheur, il pousse un petit cri). Et tous on lit le Monde ! (Sur cette dernière phrase, Jean-Louis effectue un petit entrechat en rigolant comme une petite crêpe). — Nous excellons dans notre partie mon cher, nous atteignons le firmament des cieux de l’écripure ! — Ah non! Cher collègue ! Ma colère écrite n’atteint pas encore le même degré de crispation que la vôtre ! — Dites-moi, que pensez-vous du petit… comment s’appelle-t-il déjà… — Roland Nuche. — Oui, Roland Nuche. Pensez-vous que nous devions l’intégrer à notre cercle ? — Mmmh… (Jean-Louis réfléchit, hébété, un doigt posé sur sa bouche). — Hey ! Le Crâne Rasé soulève un bras et l’agite dans les airs en direction d’un jeune garçon, posté un peu plus loin. Hey ! Roland Nuche ! Roland Nuche fend la foule puis se plante près de nous comme un chewing-gum effrayé. — Cher Roland Nuche, je t’informe qu’à partir de maintenant, tu devras être à la hauteur des espoirs que nous plaçons en toi. Car nous te faisons l’incroyable privilège d’intégrer notre cercle d’auteurs…
Jean-Taule tremble. Je le prends par le bras, je le regarde fort, pour qu'il s'arrime à la vie. Je le connais Jean-Taule : un ange déchu. Ses yeux, rougis, rougis de larmes. Il murmure : —MAIS ENFIN QUELLES SONT CES CHOSES ? DES HUMAINS ? CE SONT DES HOMMES ? CE SONT BIEN DES HOMMES ? Il m’agrippe le bras, je crois saigner, j’ai mal.
Je lui dis : — Viens, il y a de l’espoir. Viens.
Jean-Louis Walon avait une dent techniquement nuisible. Une dent techniquement... Une dent techniqu... Une dent techn... dent teck… Nique art. (Mais où est donc l’or).
" On était trop durs, on exigeait trop, on n'allait nulle part parce qu'on voulait trop. Parce qu'on exigeait un pardon. Ça n'existait pas, ça n'existait pas, sauf un coup de poing dans notre émail. On avait les yeux au beurre noir, de tout ce que l'on entendatt, chaque soir. On courait comme des rats, bientôt, on propagerait la lèpre. On avait la rage, on était le fruit de notre siècle, dont le berceau n'était qu'une immense critique diagonale. On songeait à changer d'adresse, changer de pays, cette sale France, qui avait fait de son art l'interface d'un Jugement, " écrivit Jean-Taule, peu après, quelques heures après ce cocktail, dont je ne rends compte qu'un extrait. Je le contemplais, inquiet, au loin dans le brouillard de la pièce, songeur blafard, aux piètres mots, car sans voix, planté sur ma chaise à roulettes. Un fantôme, Jean-Taule. Cette nuit sans fin, qui avait encore une fois brisé un peu plus de ses articulations, de sa faculté à se plier dans le monde, à se ramasser en roseau, les coudes sous le menton. Il ne pouvait plus se plier. Je ne savais combien de temps il durerait. On nous tuait, on nous tuait.
Suite.
…Nous écartons les cuisses de la foule, loin derrière nous des éclats de voix et des rires, je me retourne une dernière fois et vois, en un flou, Jean-Louis Raton, le Crâne Rasé et Roland Nuche qui sortent leurs grands membres et se les masturbent, mutuellement, haut et fort, gazouillant comme des mômes à l’aube de leur adolescence.
On s’approche d’une grande forme rouge, solitaire au milieu de la foule. Je répète à Jean-Taule : il y a de l’espoir.
— Bonjour, dit l’homme rouge. — Bonjour. Votre dernier livre était… — …L’accomplissement d’un force centrifuge au sein de l’espace temps voyez-vous si l’on décime les bêtes qu’on ajoute aux personnages quelques caractéristiques détaillées de leurs accession à la plénitude métaphysicienne platitude éraillée du monde ai ajouté au dispositif spatial quelques preuves de bon sens oui bon sens oui bon sens moi au moins je sais (Soudain un brouhaha, au fond de la salle) écrire pas comme ces loufoques de Bègue de Bière et autres condiments falsifiés d’une littérature broyée du vide donc c’est surtout la scène du bureau dont je suis le plus fier ai réussi à décrire la fenêtre d’une façon particulière, surprenante on y sent comme une désincarnation des choses et des êtres voulais faire ressortir l’étrange carnation d’un teint dépouillé d’angoisse et ma description des mouvements du corps – me suis inspiré pour cela de mes grands maîtres Fayot, Bouvard Pécuchet Miséro Fendard – ai réussi à développer une harmonieuse dynamique au sein de cette pièce spongiforme et pluridisciplinaire constituée de particules en mouvement tout en gardant la suspension d’un certain mystère (le brouhaha s’amplifie, des cris dans la salle) c’est à dire qu’on ne sait pas très bien ce qui est ou ce qui n’est pas mais entre nous j’atteins dans ce dernier livre l’essence de mon art, vais passer à autre chose la prochaine fois de plus ardu, moins évident la pataco-mathématique cellulaire dans les champs de blé source d’inspiration infernale quand on sait que les paysans meurent et que le degré de leurs sourcils nous échappe, que faire, (Vacarme de chaises, effondrement de silhouettes) entrelacer les mots, entrelacement qui rendrait compte de leurs sourcils imbriqués, pour ceci utiliser le principe littéraire de la métempsychose psychanalytique à débordement urinaire asyntaxique dans ce cas-là évider le mot et le remplir d’une substance homogène paradoxale qui le rendrait soudainement brillant, saisir à la volée dans le monde contemporain quelques syllabes et les incorporer à des enveloppes contradictoires ce qui m’aiderait sûrement à approfondir mon art, à approfondir ma v... (un grand bruit nous fait sursauter). — Mais enfin qu’est-ce ? Demande Jean-Taule, tremblant. — C’est la bande à Bègue de Bière et Millfion, dit la forme rouge pleine de mépris, ils s’autocongratulent. — Eux-aussi s’autocongratulent ? — C’est l’instinct grégaire, ajoute Jean-Taule, afin de bien se conforter dans l’illusion de la pérennité de sa cause, il faut la râbacher, il faut s’autocongratuler tous les jours. À la fin, vous y croyez fort à votre cause. Même si elle est vide de sens. Bien souvent d’ailleurs la cause a fini par se confondre avec l’orgueil d’un seul homme. Et le Succès de l’Homme est devenu la Cause. — Ils s’autocongratulent sans cesse. Ils ont même créé un prix, juste pour eux : le Prix du Cul. C’est à celui qui parlera le mieux de cul. Je les méprise, dit l’homme rouge. — Vous les avez lus au moins ? — Non, pas besoin, dit-il, dédaigneux. — Alors vous êtes méprisable, vous-aussi. Vous êtes méprisable, parce que vous ne savez rien d’eux et que vous croyez tout savoir de vous, à un tel point, que vous vous croyez vérité, si fort, qu’il n’y a plus besoin de les lire. — Et pourquoi ils valorisent le cul ? demande Jean-Taule, éméché. — Au début, ils ont fait passer ça pour une révolution des mœurs, une sorte de trouée libertaire dans la littérature. Au fond, on sait tous qu’ils n’ont rien inventé de neuf. Depuis les années 70, tout a été fait. Au fond, je crois que c’est parce qu’ils s’emmerdent. Ou qu’ils veulent gagner du fric. Ou bien peut-être qu’au fond ils sont tout simplement stupides. Bêtes.
Jean Taule s’écroule soudain au sol. — Jean Taule ? (Jean-Taule, hagard). — Jean Taule ? Jean-Taule pleure comme un enfant, son front muet déposé comme une plume sur le sol. — Jean-Taule, je t’en prie ! Il redresse la tête, si faible. J’ai peur pour Jean-Taule, chaque jour, je ne lui ai jamais dit, mais je sais qu’à chaque fois qu’il frôle la destruction, il a envie de se jeter sous ses roues. Il ne s’agit même plus du désir de mort, il s’agit de l’assassinat de son désir, chaque jour, par des gens qui se contemplent. Sa bouche s’entrouvre, péniblement il articule : — Le principe du trou intervient généralement par le surajout d’un groupement dans une cause. Une cause peut habiter un homme, et survivre, voire grandir, sans trop de dommages, tant que celui-ci ne rencontre ni disciples, ni succès. L’admiration des tiers est le danger principal qui risque de disqualifier une cause / une œuvre. Le trou, c’est cet instant t, où l’homme, ayant goûté au succès, va reproduire à l’infini la mécanique qui lui a permis de rencontrer ce succès. L’homme / sa cause / son œuvre, cessent d’évoluer et font du surplace dans un somptueux marécage. Le succès : soit un groupe d’individus confondant l’Idée / la Cause / l’œuvre, avec l’Homme qui les dynamise. À ce moment-là, il devient difficile pour l’homme de se détacher de l’enveloppe coriace qu’on lui a mis sur le dos, c'est-à-dire qu’il se confond alors avec sa propre œuvre. Comment, simple humain, comment voulez-vous qu’il résiste à cette idée qu’il est devenu une œuvre. Afin de conserver intacte l’œuvre qu’il est devenu, le succès qu’il a connu, il ne changera plus les variables de sa créativité, il cessera d’évoluer. Ainsi, nombre d’auteurs / artistes accouchant invariablement des mêmes thèmes, ressassent les mêmes histoires, font de leur style une industrie. Le trou est donc cet instant où le créateur / penseur / révolutionnaire tombe au fond de lui-même, où il devient création inerte car machine répétitive avec pour seule cause, celle de la continuité de son succès. Il ne s’agit pas d’argent mais toujours du même thème : l’amour des autres. L’amour des autres vous pourrit jusqu’à la moëlle parfois, c’est cet instant, où juste une seconde, on croit à l’immortalité, alors on devient pire que Dieu. Un homme qui se croit dieu, est bien pire que Dieu, sachez-le, parce qu’il est empreint d’une mémoire. Bien souvent, le trou s’accompagne de changements perceptibles : l’homme change le ton de sa voix, prend la pose, ne se voit plus, estimant que le regard de ses contemporains lui a assez prouvé qu’il n’avait plus besoin de se regarder. Ces personnes deviennent intéressantes, quand elles prennent des pseudonymes. Nous pouvons ainsi mesurer, observer, quantifier, analyser l’ampleur des dégats. C’est la problématique du trou. Une attitude très française. Il n’y a véritablement qu’en France, que l’on voit graviter autour de la littérature ou autres disciplines "artistiques" : narcissisme, ressentiment et jugements hystériques, querelles interminables, analyses et interprétations fallacieuses. Comment voulez-vous que les auteurs restent sains. Ou que les auteurs sains restent en France. Nous n’avons plus que le choix entre des trous ignorants ou de vaniteux trous savants. Le monde est ailleurs, pas dans notre patrie, qui nous a abandonnés. »
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| estragon // 23:54 |
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Fou 0.5
Décidais soudain que je ne naissais que maintenant.Je choisis de faire un pas. C’était plus fort que moi. Il y en eut un deuxième, puis un troisième. Au quatrième je me sentis essoufflé, au cinquième je commençais à pleurer, je ne savais pourquoi. Je finis par atteindre une ouverture. J’appris bien plus tard, dans les journaux, qu’il s’agissait d’une porte ouverte, enfoncée. J’avais réussi à actionner la poignée. Je crois que j’étais resté six, sept heures, devant cette poignée, perdu, piétinant de rage. J’avais fini par risquer mes deux fois cinq choses sur cette branche aux lourds rebords arrondis, appuyer, il fallut tirer en arrière, là-encore ce fut complexe. Et je crois qu’au bout de dix heures, j’arrivais à enfoncer cette porte et à sortir au dehors. Quand je sortais, je hurlais d’effroi. Il était à supposer, maintenant, qu’au fur et à mesure, où j’avançais, j’avais des milliers de parents, les dialogues étaient confus, je ne savais toujours pas qui j’étais, quoi choisir, où m’arrêter. Pour exprimer ma joie, j’ouvrais la bouche – des hurlements rauques. Et j’additionnais des pas, je ne m’arrêtais jamais, je buvais tout, je mangeais tout, j’étais un ventre, mais au onzième, et c’était étrange, je pleurais un peu plus, au douzième pas, je trébuchais, au treizième, d’impossibilité, je m’effondrais, au quatorzième, je me sentais mourir. Alors je revins en arrière, j’avais peur, j’additionnais soudain cinquante pas, à une vive et folle allure, pour retrouver le rectangle blanc. On voulait hêtre, on n’était que des seuls pleureurs.
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| estragon // 23:51 |
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coup de mou vernis
J'ai le grand regret de penser qu'il n'y a très sincèrement que ceux dont le corps s'est abandonné pour savoir le bonheur de se lever tous les matins. Les autres trouveront toujours à redire. Le moteur des derniers devrait remplacer tous ceux des premiers. Puissent les âmes fortes continuer à se battre de joie pour les plus fatigués et nous instruire de l'ampleur merveilleuse de leurs gestes. Que l'on apprenne à ne pas attendre la perte pour faire et prendre, pour avoir du désir et dépasser celui de son propre Interdit.
Ne soyons plus si ridicules, n'oublions pas de respirer.
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| polly // 17:39 |
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...
C’est comme un corps perdu qui, Satan aux lois du temps, l’enfer à rides des trajectoires aléatoires, s’incère sous un sourcil figé, l’expression ensevelie. L’on n’a d’esses clamant que la cornée de nos éternités, incorruptible. De toutes les couches que l’on cèle, c’est la plutonique, éprouvée, que l’on torpille, préférant ce qui ment songes : une étendue sans faille, le ressentiment que l’on dit si mule distrait par un lit sage.
Et cet autre, distant épars, face à soi tous les matins, l’écrin fuyant nous sidère consternant tant ses mensonges sont opulents. L’on se narre si ce n’est qu’au regard on ne se reconnaît que l’haleine poussiéreuse d’un sommeil sans fin qui nous pousse si lancés, des rails ripostant, sur un sentier de terre au vert assiégé par un sable hiérarchisé, laid. Des sillons de son visage ne s’infléchissent que les plis de l’étonnement d’un simulacre dont l’inflexion dérobe face à la mémoire, et sans aucune prétention, nos justifications d’imputation. Nos soupirs tirent les traits d’un commissaire dont on louait le sourire connivent ; l’œuvre présurée ampute la pensée de ses vapeurs informelles, condensant infidèle le sang outrance dans ses bulles vaines congestionnées. On s’affronte, fièvre pastiche, plèvre factice, impassibles, le souffle épicène à l’étroit dans une carcasse sous-comptoir insubmersible.
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| polly // 17:38 |
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12.9.04
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Fou 0.4 - extension de la panoplie
J’ai encore laissé courir mes pieds, petits pas sans queue ni tête, suspensions actives, qui voulaient contourner certains blocs d’immeubles.Ils ont couru, moi je suis resté derrière, muet, empli de stupeur. Je ne comprenais pas bien pourquoi je restais en arrière de ma vie, si fréquemment, pourquoi je n’arrivais pas à suivre le mouvement. Une pierre ? Voilà la solution : qu’on me coupe l’envie et la sueur. Mais toujours je continuais, à me courir après. En retard, en suspens, relent usager d’un souffle qui n’allait nulle part. Et puis quand bien même je me croisais : je ne me voyais pas. (Dans ce monde, je ne me reconnaissais en rien, sauf dans les visages que je croisais à la laverie automatique).
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| estragon // 23:48 |
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Alter ego phobie
Toucher une femme, ça me gonfle. Pas besoin d’émotion, il suffit d’un peu d’attention. Si vous êtes juste, elle se déshabille alors que la seconde précédente elle tripotait ses ongles les poings fermés, que ses jambes se croisaient des cuisses aux chevilles, que son dos, droit, basculait en arrière du dossier de la chaise et que son menton tranchait la parallèle de la table . Un stère dans son étau.
Doris me toise entre le pichet et la fumée de ma cigarette caressant de sa braise le pourtour du cendrier. Je réponds à ses craintes par un calme bouillonnant. Moins vous pressez, plus elles s'arc-boutent. Nous sommes plus ou moins dépendants de la même mécanique. Nous réagissons au mystère. Il n’y a que nos propensions ou non à nous accoutumer pour nous différencier. J’aime bien huiler tous les vinaigres. Sauf que si savamment vous dosez, avec intensité et réussite, chacun finit par vous exiger.
Je ne la sonde pas encore. Ma cigarette est terminée, son pouce lisse l’anse de sa tasse, elle s’humecte les dents. Nous avons épuisé nos condiments décoratifs, il est temps de goûter. Je sors mon portefeuille, règle la note.
— Merci, à charge de… commence t-elle.
— Tu n’es pas obligée.
Je ne tiens qu’à décharger, mes réserves inépuisables, mes impulsions n’ont pas à se soucier de démarches administratives. Je ne suis pas entrain de prendre un abonnement.
— Prétentieux… lance t-elle en souriant.
Elle m’agace. Elle m’agace, elle me glace, elle m’enlace compatissante. En marchant elle me dit :
— T’aimes ça, hein, déséquilibrer.
— Pardon ?
— Déesses calibrer, feignant l’esse, qu’elles se plient dévoilant leur adresse.
— Et donc ?
— La contemplation devant celle qui défait ses tresses.
— Tu me stresses.
— Ce que tu cherches un peu, non ? Que cela ne soit ni trop facile, ni ennuyeux.
— Certes.
— Tu puises, sournoisement.
— Avant que l’on m’épuise.
— Fatalement. Cela ne peut que tacher.
— L’instant. L’instant suffit. Je ne cherche pas à panser.
— Je ne pense pas que tu ne prévoies rien.
— …me convient tout à fait.
— Alors posons-le, je vais te le présenter.
Elles ne sont plus ce qu’elles étaient. Elles ont trouvé le moyen de sauter par-dessus la clôture, le fond de mieux en mieux. Les barbelés les attirent. Elles narguent, passent d’un côté à l’autre sans une égratignure puis se pavanent, généreuses. C’est une bonne chose. On a moins besoin de se justifier. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, ce qui n’a pas changé, c’est qu’elles sont nombreuses à s’attacher et que leur estime a tendance à implorer reconnaissance voire compliment. Et si tout le monde est content, elles appellent le pluriel. Doris, sportive, sans soute séduite va se laisser assiéger. Tu me plais, je ne sais pas pourquoi, m’a t-elle dit avant même que je n’aie retroussé mes manches. Je m’inquiète déjà… et si elle ne me rendait pas mon pantalon ? Toucher une femme, ça me dépasse.
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| polly // 17:37 |
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Madame C.
Le reflet du cuivre battant son cou accompagnait ce regard qu’elle avait, des yeux d’enchère, cette façon gravée au fond du visage de savoir les milliers de faims d’une histoire. Ses poignets soufflaient les poussières convoitant les rides autour de son sourire. C’était une femme à qui l’on ne disait pas, rien, jamais, parce qu’elle en aurait ri. Et la bienveillance de cet éclat, c’était comme un assassinat. C'était notre lucidité à tous, celle qu’on ne voulait pas voir parce qu’on ne voulait pas lui ressembler ; elle était si belle pourtant. Elle était vieille.
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| polly // 17:36 |
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Dimanche,
Et je te fume sidérant
Salive indigente essaim rébellion
À l’assaut de ta gorge soupirant
Que je décimerai jusqu’à l’extrême onction
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| polly // 17:35 |
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Humeur de chien.
Et dire que l’on préfère détester aimer être seul avec espoir plutôt qu’être aimé, que cela soit pour deux et s’insupporter, gardant l’espoir qu’apprendre à détester tout ce que l’on peut ne pas s’aimer pourra répondre à ceux qui savent ainsi, sans nous, nous aimer sans nous détester.
C’est vous dire si c’est compliqué de s’accorder le droit de ne plus aimer et renoncer à l’amour de celui que vous commencez à détester, parce que vous ne l’avez pas assez aimé.
La politesse ne doit jamais insulter.
L’amour, c’est une humeur. C’est un caractère canin d’accrocs, de bave et de câlins qui peut feindre son maître jusqu’à teindre de poils les murs de sa niche. Quand l’enceinte prend feu, les rideaux brûlent et se consument comme des cheveux secs et fourchus, foudroyant l’air d’une odeur obstinée et croupissante.
L’amour est une humeur, ses contours une torpeur, son dédain une tumeur.
Il a disparu. Il a disparu comme on perd la mémoire d’un instant, nu au beau milieu d’une pièce, immobile, à la recherche d’un oubli ou de l’éventuel. Il a disparu sans même laisser de trou à l’espace, en emportant tous les coins. Il n’y avait rien à voir. Rien à voir à tout ça, à peu près la même chose que d’habitude ; il a disparu comme s’il n’avait jamais été là. Et parfois, c'est tous les jours comme ça.
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| polly // 17:34 |
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hum.
C’est comme un champ de pierres lames autour de mon cou, l’échelle barreau dans le dos. Moi j’ai le corps discipline, le caillot exosphère encerclé, un collier comme enclos ; les facettes arquent au ciel la rectitude des lignes de rien sur un virage sans frein.
Le cri concave et le cœur convexe
Je suis une marionnette triste
Qu’ils univers salissent.
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| polly // 17:33 |
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11.9.04
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Fou 0.3
J’mélange mes cauchemars à l’orée du soir. La nuit tombe comme une rupture, sectionnant mes yeux. On m’impose d’être aveugle chaque nuit. Alors j’allume des jours factices. J’écrivais des choses, parfois, ces choses-là, quelques temps, j’étais pas bien haute, pas bien reluisante, un jour, j’enfilais de vieilles chaussures laides, aux lacets dépareillés, vêtements puants, je n’avais plus rien, on m’avait laissé un sommier, je n’avais plus rien et j’habitais rue Saint-Honoré. Ce jour-là, plus grande honte vous n’auriez ressentie, alors moi, je n’avais plus que ça, plus que ma capacité à dire, et voyez-vous je n’avais même pas la force de dire par la bouche, alors je construisais de mes doigts, je criais bas sur un papier blanc, taché de vodka, je criais cet instant où l’on n’a plus que soi. Quand on n’a plus que soi, voyez-vous, on s’escalade dans tous les sens, cherchant un sens. Voyez-vous, nous n’avons qu’un sens : horizontal. On se couche depuis la naissance. On s’est couchés, on n’a rien dit. On s’est tus. Nous sommes des misérables. Et nous n’hésitons pas à en faire la publicité. Et quand bien même on glapit, nous n’en avons l’air que plus misérables. Ah ! Et puis ah ! Il faut le dire aussi ! Il faut lui dire que ce n'était rien ! Il faut le dire que la réalité n'avait pas de nom ! Il faut le dire ! On se fracassait le crâne comme des mélodrames ! On se cassait la gueule dans la glace à coups de reins, on s'assommait l'ampoule jusqu'au fond de la nuit ! Le soleil ne nous quittait plus ! On avait beau le décoller de nos globes oculaires comme une sale mouche ; c'était à croire que dans notre vie le jour vrillerait toujours ! Certains cherchaient la lumière, moi j'enrageais que la nuit m'échappe ! J'étais affalé dans mon lit comme une métastase ! À ma gauche, sur la moquette, deux cadavres de bières souriant comme des rats défoncés ! J'avais la manche vide, les yeux qui piquaient, mon pied au loin craquait ! J'étais coupé du monde et de surcroît désactivé, en station horizontale prolongée ! Je ne croyais plus en personne, je ne croyais pas en l'amour des autres, si ce n'est en celui qu'ils avaient pour eux-mêmes ! J'avais tout quitté, je n'avais plus le téléphone, plus de plan de Paris, plus Internet, juste des bouquins dont les auteurs me faisaient jouir, mais malheureusement ces crétins n'étaient plus de ce monde ! Tout ceci n'était pas désastreux, tout ceci était juste un peu piteux ! J'étais juste furieux de dépendre des plans de quartier ! Mon compte en banque suintait comme une plaie mal soignée, j'avais beau me débattre avec le répondeur de la Société Générale, le Rat Pondeur de la Société Infernale... J'avais beau appuyer sur la touche étoile, appuyer et appuyer encore sur la touche étoile, aucune galaxie ne se déployait ! C'était la guerre des touches dièzes ! Cette Société était une gêne générale, mon Général ! Je poursuivais les cabines téléphoniques dans tout Paris afin d'informer de ma situation le maigre tas d'amis qui me restait, tout ça pour m'apercevoir que le maigre tas s'était dissipé, certainement parce que je n'étais moi-aussi qu'un maigre tas et que les maigres tas n'attirent que les mouches ! J'avais le fond des dents tout noir, bien qu'en leur surface elles aient été barrées du limon rouge de l'alcool ! Tous les soirs je me baisais la glace, je me cassais l'espoir à coups de nez, je me cassais le nez sans espoir ! Tous les matins sur mes joues salivaient les cernes ! Pas besoin de pleurer, j'étais déjà une peau de chagrin ! À chaque fois que je m'assommais, l'éclat de mon teint fulminait ! Seul le jour continuait à briller et plaquer sur ma gueule son impitoyable écran blême ! J'étais un néon cru ! Tous les matins, le soleil me passait au scanner ! Ma peau hurlait sous ce masque qui craquait ! Mes orbites tambourinaient ! Mes yeux se recroquevillaient comme des huitres craintives, ma bouche était le palais d'un joyeux goût rance ! Je me fracassais le crâne comme un mélodrame, je le suspendais aux lumières closes, je le jetais, je le jetais, je le jetais ! Encore un coup qui fendait ! Contre le mur ! Avec l'espoir de le voir s'écraser comme une mouche ! Avec l'espoir qu'il se taise enfin ! J'aurais voulu qu'on l'arrose d'un peu d'amour, ainsi qu'une plante ! Au lieu de ça, c'est moi qui l'arrosais tous les soirs avec ce qui traînait sous mes mains ! Bien souvent ça finissait en coma ! De l'amour qu'on se porte, n'espérons pas autre chose que le coma de toute façon ! Mais le pire, le pire, est que le jour me rattrapait, malgré mon coma ! Exténué, liquéfié, paralysé, éreinté, le corps fendu de mille douleurs, je m'éveillais pourtant en sursaut à 5h00 ! Et le jour recommençait, le jour était toujours là, le jour me rattrapait ! Chez moi, quand la nuit tombait, il fallait la soigner. Chez moi, quand le jour se levait, il fallait le cogner.On y met des virgules, des contresens, des exclamations, mais au fond que reste-t-il si ce n’est un immense corps déjeté en point final sur le pourpoint d’un lit, les jambes écartées, et puis un beau jour, un beau jour, il accouche dans une tombe, directement dans une tombe. Ils n’ont pas le temps de vivre. Moi je mâche vite, j’engouffre, ça a toujours été ainsi et peut-être de ma vie je fais un carnage une orgie. Et c’est tout ce que vous imprime le monde dans la gueule : des yeux asyntaxiques et la mémoire morte.
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| estragon // 23:45 |
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Crash.
Se battre, les muqueuses en sang, autour du maigre os décharné de la littérature ; curée que ces journalistes, curée d’ânes savants, tribunaux narcissiques, persuadés du bien-fondé de leurs jugements, jugements de jugements d’opinions, coups de matraques de petites pensées disjonctives, code, contenu, énoncé, verdict, conjonctivite généralisée de cet Oeil Aveugle, Tribunal de l’Interprétose fermement enfermé dans trois ou quatre uniques visions/idoles/combats. Et de tout cela, de leurs combats contre la médiocrité, ne ressort que leurs propres médiocrités à s’être salis dans le mépris de tout ce qui n’était pas eux, leur incapacité à pardonner, soupeser, nuancer, ils font des blocs, blocs, massues, sangsues décharnées issues de la catégorisation du monde. Depuis bien longtemps, de ces combats d’opinions contre opinions ne ressort qu’une immense nausée à l’endroit de son ventre. Que faire contre la médiocrité de ceux qui combattent la médiocrité, et ce faisant, critiquent la vie plutôt qu’ils ne la créent.
La morale du Salut, bien haut sur leurs fronts, et les territoires abandonnés de leur altruisme. Il n’y a de médiocre, que ceux qui se sont crus d’exception.
Cessez de faire de votre bouche un crime, cessez de faire de votre langue la guerre de votre apparence. Cessez de faire de vos paroles notre assassinat. Cessez de faire de vos mots des chars sans pudeur, qui défoncent nos frontières, saccagent le silence et la paix de nos terres, et font de nos oreilles un trône de douleur pendant d'interminables heures. Abandonnez un instant le déguisement dont vous parez votre ego. Personne ne vous a demandé de tenir un rôle, personne ne vous en voudra si vous le laissez choir. De toute façon, nous sommes au courant depuis longtemps que vous êtes aussi fragile, insignifiant et minable que nous, puisque vous n'êtes qu'un homme. Acceptez d'être petit, vous n'en serez que plus grand.
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| estragon // 23:43 |
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9.9.04
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Suite
Ce soir-là, j’étais comme astiqué par la pluie, asticoté même. Mal à l’aise, je me grattais les coudes. Je m’étais décidé à bifurquer dans les avenues étroites, le ventre à l’air. Seul dans mes mains depuis de longues nuits, prothèses fantastiques de longues journées dramatiques, longs leurres tranquilles, le crâne en plastique, ampoule léthargique qui vacillait entre mes pensées et le goulot, je m’étais dit : « Et que sais-tu du monde, toi qui n’y as pas trempé un pied, depuis que tu t’es supprimé ? » J’ai balancé mes jambes aussi sec sous la lune, ombre à crans salissant mon passé. Dans le métro, je crois bien que je me tournais le dos. J’aurais pu rester des heures dans ce métro, jusqu’au bout de la ligne. Et arrivé au bout de la ligne, traverser les rails puis recommencer le même trajet en sens inverse, et ainsi de suite jusqu’à ce que je m’épuise ou que deux portes m’écrasent. Je ne sais ce qui me retenait tant, dans ce wagon. Je pense, cette idée qu’aucune direction n’avait d’importance, ou peut-être cette idée d’être secoué immobile avec l’intérieur des yeux rempli de milliers de têtes, tronquées par les barres de fer – on ne voyait que les têtes, c’était le carrefour des troncs – ou bien, ou bien peut-être la relative satisfaction d’emprunter la même direction que tous. C’est une fois qu’ils débarquaient, que j’en voyais certains marcher à l’envers. Je quittais le métro à Saint-Paul. Il faisait nuit, l’air était gonflé, épais, rapeux sur la langue. Basculant mon crâne en arrière, j'agrandissais ma mâchoire, faisant de ma gorge un précipice à pluie et de mes yeux la pisse des cieux. Je marchais longtemps. La faim comme un coup de poing me frappait les talons. Je me refaisais le parcours à l’endroit, à l’envers, et toujours cette même hébétude : j’étais la ville absente, et je me cherchais du regard, je creusais de mes doigts l’ourlet de ma peau, je ne voyais rien, je ne me voyais plus, je crois bien que je n’existais plus. Puis la pluie se fit plus lourde. Je tremblai de l’épaule sur l’Île Saint-Louis, immense ombre hérissée de pics, lucarnes jaunes, île hébétée au fond du naufrage. Les caniveaux débordaient de stupeur. Les seuls que je croisais s’en allaient vite, leurs paupières plissées comme des poings. Je cherchais un bistrot, un troquet, un endroit chaud, où peut-être la brûlure d’un liquide sur ma langue me rendrait à la vie. Je me cherchais ainsi depuis toujours. Mais il me semblait que de toutes ces fuites, je n’avais réussi à faire de moi que la caisse de résonance d’une terrible absence. Le monde ne parlait plus. Je criais comme un muet. Trouvais un bar.
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| estragon // 23:35 |
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Des impressions du dimanche.
Dans un caillou (sur lequel je m’aplatissais fortuitement) la forme de ton nez (on peut de ce fait ajouter qu’ainsi, tu me reniflais). J’ai étendu la main comme j’ai pu, j’ai tiré, tiré sur mon bras, ma main ne put atteindre qu’un point situé à exactement 62 centimètres de mon épaule. Puis elle trifouilla dans le limon. (Soudain une forme exsanguë apparut). J’ai redressé un peu la tête en coupole vers l’horizon : quelques petits bateaux – très joueurs – des mouettes, des enfants à moitié nus, j’ai tiré sur mon bout de mégot. Tiré, tiré, tiré. Au milieu de ce grand bordel ensoleillé marqué de mouettes et de cris d’enfants rayés, je me fis l’effet d’une coquille d’œuf écrasée : le cerveau à l’air, et planté au-dedans en mouillette : l’atmosphère. C’était inexplicable ce froid persistant qui me glaçait le cerveau. Dans ma poitrine cependant : une percussion (à l’évidence, je vivais toujours).
*** On a déjà bien assez de se débattre avec notre propre nom, collé sur notre front dès le berceau, nous étiquetant sans qu’on n’en ait jamais rien décidé. Ce qui explique parfois les morts subites. Donc, sur cette plage, en plongeant la main dans le sable, j’imaginai que c’était ta cuisse. Nous savons combien l’imagination est un court-circuit, je veux dire, un psychotrope pas assez puissant - encore. Je me suis donc égaré en toi. Sur cette étendue piquetée d’humains dressés, j’eus la certitude soudain que ce serait dur, mais que ce serait nous. Va savoir pourquoi, pourtant je ne suis pas bien doué pour l’espoir. C’est à dire que, moi, pauvre chose écrasée sur une immense étendue de sable, peut-être, pensai-je, du fait de ces percussions, peut-être que j’étais ton cœur, après tout. Après tout, allons-y pour les pensées qui claquent les joues. Mais oui ! Et si je n’avais été mis au monde que pour te faire battre ! Les coups du sort ! Les crous du… Suite à ces fugitives pensées, je m’égarai par ailleurs sur la plage. Un enfant, bien aimable, me ramassa, puis me laissa retomber, lamentablement. Je criai tout bas ton nom, le front planté dans le sable et laissai les mouettes me picorer les mains. Cet après-midi là, je ne vous avais plus, sauf des traces colorées, lumineuses de vos visages, tremblants et fugaces dans le berceau de mes yeux pourpres. Tout se mélangeait avec insistance. Je ne savais plus quoi de mes yeux, ni quoi du soleil, ni encore quoi de vos gueules. C’était insuffisant. Je battais faiblement.
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| estragon // 23:20 |
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8.9.04
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Extrait de.
Avant tout cela, j’avais cru. Longtemps de cela. Avant les clous. Alicia Marty avait certainement été le choix le plus judicieux de ma vie. Toute sa personne avait l’entière précision d’une équation différentielle. Son corps était un placard, rien ne dépassait, pas même une pensée. Dément, je scrutais le haut de son crâne lisse, mais non, de ses pensées, pas l’ombre d’une turgescence. Alicia était un être merveilleux, issu d’une famille merveilleuse avec un chien merveilleux. Je vivais à travers les tailleurs stricts d’Alicia ce que j’avais toujours été incapable d’être, soit par différence et en posant Y = y - yo, on obtient : a(x).Y' + b(x).Y = 0 (h)
Une telle équation est dite sans second membre ou encore homogène : le second membre est nul. Nul, j’étais nul. Tout à fait inexistant au sein de l’équation Alicia. Alicia avait des fesses d’une mobilité redoutable, comme réceptacles de tout l’espace qui gravitait autour d’elles, elles tournaient sur leur socle. Son physique était quantique, pas de doute. Pour oublier chacune des taches, chacun des trous qui perforaient mes vêtements sales, je me shootais à la jupe d’Alicia. J’enviais ses pensées, rangées par piles entières au fond de ses hémisphères, repassées puis pliées à la perfection, agrémentées même d’un petit sachet de morale odorante. Dans ce placard mental, pas l’ombre d’une poussière, pas l’ombre d’un doute, pas l’ombre d’une ombre. Ce qui expliqua sûrement la phrase Pampers dont sa bouche accoucha un beau matin de mars : — Tu veux avoir un enfant avec moi ? Fort poliment, je déployai à mon tour une jolie phrase dans les airs : — Oui, mais pas maintenant. — Pourquoi pas maintenant ? — Je te l’ai déjà dit. — J’ai besoin de le réentendre… Que tu me le réexpliques. Je vivais donc avec un placard, entre les portes duquel, malencontreusement, mon organe se coinçait parfois. J’habitais avec une structure extrêmement bien organisée, aux yeux brillants comme des start-up. Le mimétisme comportemental que nous avions développé par rapport au Couple Élu Produit de l'Année par notre société contemporaine, avait provoqué une modification morphologique plus ou moins importante de nos deux êtres : notre couple était devenu un crabe, dont la carapace nous protégeait de certains dangers environnants ; solitude, dépression, sentiment féroce d'inutilité le dimanche. Nous pratiquions le socio-mimétisme aussi férocement qu'un phoque ardent aurait cherché l'océan. Tous les deux, étions devenus un seul et unique être rampant, enchevêtré outrageusement, qui, ainsi qu'un crustacé pataud sous perfusion de piles Duracell, se tortillait péniblement jusqu'à la salle de bains afin de se propulser dans l'eau du rien, y cherchant le sel de la vie, n'y trouvant que du bain moussant Bodyshop aux huiles essentielles. Bref, tous les deux ressemblions à un crabe, marchant à l'envers dans toutes les pièces de son habitat IKEA. Éhontément, notre couple avait développé des crochets – en réalité des poils recourbés – sur ses rostres. Ces crochets étaient très fonctionnels, nous les utilisions comme des pieux afin de planter dans le sable de notre désert affectif, les débris ramassés tout au long de nos fouilleries dans de nombreux bidonvilles ; Auchan, FNAC, Foirfouille, Deauville et autres Pink et VIP Room. De nos crochets, nous enfouissions dans les replis de notre moquette grisâtre quelques vieilleries à goût de plastique fade : Game-Cube, X-Box, Sony DCR-TRV33E mini-DV handycam, Home video Harman/Kardon 32 enceintes Cabasse, Sony DSC-P71 Cybershot, Sony Trinitron 4/3... C'était tout un pataquès pour retrouver après, qui avait planqué quoi et où et sur quoi et pourquoi t'as fait ça dans le désert improductif de notre moquette beige. Bien souvent, la plupart de ces objets rances appartenaient à Alicia. Moi, la plupart du temps, je n'y retrouvais que du vent dans la moquette. Ainsi que des acariens. Moi, je n'avais rien. Pour revenir à notre couple décapode, donc, tout cela était fort gênant. Être un crabe est gênant : vous comprenez un beau jour que, si vos amis fixaient votre front aussi impudemment, c'est parce qu'en réalité, votre front était légèrement incliné, à bord convexe, à peine émarginé par l'ombre d'une pensée féconde, et finement granuleux comme une névrose, limité extérieurement par la dent aiguë de la frustration sexuelle. Que le bord latéral de votre couple – peu arqué – raclait le plancher de ses trois épines acérées (réussite professionnelle-réussite professionnelle-réussite professionnelle) dont les postérieures (réussites professionnelles) étaient plus fortes que l'antérieure (réussite professionnelle). Que les granulations acérées entre les épines de notre méfiance creusaient de leur déplacement crissant, des stries profondes dans le plancher, soulevant de ce fait une bordée d'injures chez ceux qui acceptaient encore de nous recevoir. La grande pince de notre néant spirituel était lisse et comprimée latéralement, son bord supérieur avait la crête un peu rugueuse d'une carte Gold, ses doigts étaient nettement plus longs que la portion palmaire des pieds guccisés d'Alicia, en contact seulement à leur extrémité avec les deux premières dents coniques et à hiatus peu important de notre amour pour l'espèce humaine. Notre première paire de pattes – celles d'Alicia – était plus courte que la seconde – ma paire de Vuitton – les suivantes, de longueur décroissante étaient le résultat de mon apathie physique latente. Est-il nécessaire d'ajouter que nous baisions à reculons ? Vous n'imaginez pas les trous, les crevasses qu'avait produit le déplacement acéré de notre carapace décapode sur la moquette. On aurait pu y planquer des mines anti-personnalité en plus de la X-Box. Pour tout vous dire, voilà exactement ce qu'était devenu notre quotidien : nous nous déplacions beaucoup trop vite pour que notre vision périphérique embrasse pleinement notre environnement. Nos huit pattes grouillaient frénétiquement de l'écran plat Sony jusqu'à l'évier jusqu'à la chambre, jusqu'à la salle de bain, jusqu'aux toilettes, de chaque côté de nos antennes, un brouillard flou qui glissait à une vitesse inouïe, faisant ressembler les meubles Fagelbo, Magiter, Bankesta et autres Trofast, Lillabo, Faktum, Vättern, Lettern, Kolia à des traînées rouges, bleues, ocres et beiges d'une centaine de kilomètres/heure, tout à fait inénarrables, puisqu'en plus elles défilaient à l'envers. Ce qu'il faut dire, c'est qu'on avait l'air très cons, oui, on était une sorte d'amas jaune-vert tacheté de brun rougeâtre violacé, coincés à faible profondeur dans notre résidu capitaliste suédois, n'en captant que des bribes, puisque notre carapace sur pattes, à cette époque je portais des Nike Air, dépassait la vitesse de la lumière, et que non seulement nous franchissions le mur du son mais qu'on ne s'écoutait plus. Plongés depuis plus de quatre ans dans la plus somptueuse des contemplations du quotidien – décoration, télévision, révélations, colorations, ininiations, invitations – nous avions donc construit un hâvre de paix en plein milieu des ruines du nulle part. Nous n’étions que des Hommes, nos faibles doigts ne nous avaient pas permis de construire très haut, ni très fort. Tout juste esquissions-nous nos envies à l'intérieur de nos yeux, quand il nous arrivait de les croiser. De tout cela, du fragile mouvement de nos bras, nous avions bâti des temples aériens, des objets écarlates, des voluptés aux mille couleurs, dont il ne restait rien, surtout rien, que nos souffles. C'était ce qui nous importait, le souffle, un courant d'air chaud qui soulevait des bosses dans les paysages et creusait des gouffres dans les déserts. On cherchait à puiser de l'eau, je crois, c'est ce qu'elle m'avait dit. On suivait nos haleines qui couraient devant nous comme des chiens perdus, suivant à la trace leur propre odeur, tournant en rond, autour du monde, mordant la queue de l'horizon. La course de nos haleines ne nous laissait aucun répit, nous étions des tic-tac et des balancements, de minuscules explosions au creux des chemins, qui s'abaissaient, s'accroupissaient sur la route noire d'encre, les poings crispés dans les graviers, le thorax perforé de secousses violentes, puis le rebondissement des muscles, cette fièvre qui nous saccageait toujours le ventre, un insecte rongeur, l'implacable certitude que c'était tout au bout, là-bas. Là-bas, c'était l'horizon. Il y avait des nappes de rose entremêlées à des traces blanches, un tourbillon d'atmosphère dramatique qui avait une bien autre couleur que celle de nos vies. On était des écorces, des muscles en battements continus, nos pieds saignaient de courir aussi vite après notre haleine. On galopait après notre propre souffle, on haletait de l'horizon, on suppliait nos vies. On avait fait de nos fronts des paratonnerres, de nos yeux des museaux, de nos oreilles des roseaux. On courait après l'horizon. On courait après l'herbe. Rhizome. Et puis un jour on s'arrêta, chancelants, trapèzes soudain abandonnés par les jambes du désir, on chancela, un peu secoués. On se regarda dans les yeux. On comprit que l'horizon, il était là. Que les traces blanches n’étaient que des croûtes de larmes désséchées sur le pourpoint de nos joues, que les nappes de rose, c'était la vie qui battait en dessous. Les veines. On était bien plus que des hommes. On était la Vie. On n’y avait jamais rien compris.
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| estragon // 23:41 |
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Picture
Chacun cherche son rat, crache tout bas, rame de froid. Et dans les tunnels, le long des venelles, des ahuris aux doigts crevés, qui transpirent, se crament la droiture. La laisse, vide en épingle au bout des doigts. Perdu leurs rats, perdu leurs rats, et ils crachent tout bas dans les oreilles des murs, vipères intestines. De longues files élastiques, remous dansants, d’humains blessés aux bras froids, sur les pentes souillées de la ville. Ils arpentent les clous du pavé, leurs bustes encollés de leurs bras confondus, fossilisés en bouée autour du thorax. Ils sont des piquets, ils sont immenses, ils sont sans doute. Au début, tous ils cherchaient deux bras. Maintenant, chacun cherche son rat.
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| estragon // 23:36 |
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quelques cris de nos flous.
Polly brindille vacillante remuait le temps à coup de lambeaux de souffles, de lymphe rutilante
« Allez-y mordez, perfusez-moi et branchez-vous mon bras ! Viens ! Viens, embrochez-moi ! Pliez, agrafez donc ces doigts que j’ai, tendus, au bout de l’âme ! Agrippez-moi l’armure et nouez-la, je vous en supplie, à tout couvert, nappez-moi ce port insalubre qui se noie ! Attablez-vous ma proie ! Vous voyez comme je sue, comme le pus, mon corps jaune atrophié ! Je dégouline la sécheresse de mon sang parlé et pour une fois ! Pour une foi tranchez-moi la viande crue, le mensonge assoiffé, faites-moi suinter d’infécondité ! … Regardez, je suis immangeable. »
Le cuir hurlait comme une sourdine en charpie. Elle saoulait sa main dans un seau de verre, mendiant la salive de ceux qui crachaient fiers leur urine dans ses yeux. Elle disait :
« C’est comme ça, seulement, que je pleure, que je trempe comme un linge dégoûté par le vent les duels de mes dents dans la boue du pourtant, que je fuis l’effritement de mes os dissolvant aux passants ma chair aux accrocs, que je meurs, que le dard arraché, que le fard délavé, je ne puisse pas même détromper ma lâcheté. Ainsi croix comme un pieu mon histoire n’encrera que les miettes de ma peau aux carrefours de vos bouches croque-mort soupirant, et je crame et je lave, en traînée de caillots blancs de proue près des pieds encore debout de ma tombe offerte comme un banc. Asseyez-vous ! »
Polly saga se fâche contre Constant la bouche pleine de tourments.
« Et ce qu’il reste de bois pour mon sorcier, je t’en ferai une chaise pour prier, que tu t’échardes les rotules à me frotter le teint d’un torchon sain au nom du bien, de son infant, aux bonds des siens, que je te crève les cieux des limbes jusqu’à ce qu’il pleuve de la sève comme du bitûme, épilatoire, que tu voies, comme nues tes phalanges sans plumes ne filtrent plus, n’écrivent plus que l’érosion des fossiles dans l’écume. »
Mouche bée. Bernard Dermite était comme ça. À l’étouffée. On n'y voyait pas. Pas qu’on n’y voyait rien, mais on ne savait pas, comment, il ne disait jamais, jamais rien, que des je ne sais pas, quoi, dire ou penser. Que voulait-il, s’il voulait, il n’y pouvait rien, vouloir était encore un bien trop grand reflet de tout pouvoir, comme un secret à taire, les mots rampaient au ras du ventre, tout ce qu’il était c’était muet, inerte, un survivant à ses avis, revendiquant le droit d’être plante et las, supportant ses pinces menottées de peur, de justice.
Polly lacet de pompe explosive n'hésite pas à le remuer.
- Chut ! Nébuleuse, tu vas remuer le sable, ça brouille mes antennes, c’est petit comme endroit ici ! Laisse-moi tranquille.
- Vous ne comprenez pas, tu n’entends pas, tu ne veux pas…
- Parce que c’est tout ce que tu attends de moi, mon désir ?
- Je n’attends rien, qu’au moins tu t’acharnes, de juste un peu de vie, dedans, d’envie, d’aider le vide qui t’édente toute entente, toute attente propre, tu nies, ton nid pénitent, même les mors te saignant la langue que tu n’oses laisser dire ; tu mens.
- Mais j’aime !
- De théorèmes absents qui s’inscrivent sans présent, préservant simplement le soin de tes pensées en détention pour prévenir la moindre déception ! Vas-y, mords-moi vraiment. N’y a t-il pas un peu de monde en toi ? Mais qui es-tu enfin !? … Je ne te vois même pas respirer…
Les cris perçants de son agonie silencieuse avaient l’écho d’une piscine municipale aux heures des groupes scolaires en missiles. Bernard venait de faire un nuage. Creuser, creuser un trou et trouver un caillou, pour la sécurité de l’arme.
Pour l’autre, ce qui était rassurant, c’était de le voir pleurer. L’eau trouble était preuve qu’il y avait quelqu’un chez Bernard.
Nous vous dirons plus tard les liens du traquenard.
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| polly // 17:32 |
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Nombrilistes tics
Au sortir du cri, des frais émois et des soulagements, La Blouse fier du bon déroulement de l’affaire poursuivait sa besogne et s’interposa afin de proposer le dénouement.
XY : — Allez-y monsieur.
X : — Moi ? Vous êtes sûr ?
XY : — Oui, allez-y, coupez, n’ayez pas peur.
Sa frayeur était telle que le sourire qu’il avait gardé jusqu’ici émerveillé par cet incroyable événement, ce déploiement, cette seconde chance extraordinaire, se liquéfiait. Il n’avait pour répondre à l’embouchure de ses paroles qu’une vague sinusoïdale aux variations sismiques. La terre tremblait sous ses plantes, il allait déverser son écume asséchée jusqu’aux larmes. Une révélation bavait contre ses dents.
X : — Comment dois-je procéder ?
XY : — Coupez. Juste coupez.
X : — Oui mais voyez-vous, je ne lui en veux pas !
XY : — Vous dites ? tiqua La Blouse. À cette innocence, comment pourrait-on ? Laissez-vous le temps de lui indiquer les bons escaliers.
X : — Mais non, je…
XY : — Ne vous en faites pas, tout ira bien. Soyez confiant !
X : — Mais justement non ! trépigna t-il sans retenue. Je suis vivant, depuis longtemps ! Et c’est savoir, savoir que ça n’ira pas, que ça ne peut pas aller, ça ne voudra jamais s’en aller quand ça aura été. Depuis l’origine du monde, on a tout essayé pour tant sacrifier et ça non ! hurlait-il. Non je ne veux pas. C’est mon miracle. Ne discutez pas, je ne lui en veux pas.
Un tsunami frénétique…de quoi provoquer l’effervescence de son plus bel émail. Ce n’était pas injustifié, seulement excité. Juste à sa gauche, La Momie madrilène marmonnait son foin pensant que ses simagrées alerteraient la bonne volonté de l’artiste un peu trop émoustillé.
XY : — Allez-y monsieur, juste un coup, ça ne prendra qu’une fraction de seconde, un tout petit coup ! reprit La Blouse, encourageant.
X : — Oui…décisif ! Alors vous allez m’aider et on capitonnera le sablier. Bon alors, comment faire pour qu’il n’y en ait pas ?
XY : — Qu’il n’y ait pas quoi. Quoi quoi quoi, enfin traduisez-vous ! s’agitait violacé l’autre emmitouflé, les orteils atrophiés de nervosité dans ses sabots archivés.
X : — Pas de souvenir, pas de ruine, pas de plaie, de cicatrice. Vous savez faire ça de nos jours ?
Il avait réussi à tapisser la pièce de silence, voire d’inquiétude… un décalage… une erreur sans doute, sucre et sel confondu, le café dégueulasse. Ça arrive parfois. Percevant les démangeaisons de ses interlocuteurs aux lunettes écarquillées, il prit une grande inspiration, paré à conter ses aspirations.
X : — Entendez-moi monsieur, j’aimerais que ce petit ventre rose et rond, imberbement pur et folichon que vous voyez là n’ait pas de nombril. J’ai trop souffert, je vous en prie, pas de nombril.
XY : — Enfin ! Le cordon c’est un nombril ! Sans nombril, il n’y a pas d’humain ! Sans nombril, il n’y a pas de création ! Sans nombril, il n’y a pas de vie ! Vous, vous êtes là parce que vous avez un nombril ! La Blouse étirait son haleine formolée en explications exclamatives, ses sécrétions sévères et suintantes embuant ses vitraux éberlués.
X : — Ah ! Ne me tendez pas vos polycopiés de premier relâché j’ai fait mon deuil tant mieux si j’ai hérité d’une boule saillante pro éminente ! Sans nombril, il n’y a pas sa souffrance ! Moi je vis mal parce que j’ai un nombril ! Je vais crever mou et fripé parce que j’aurais eu un nombril !
On voyait dans les poches sous ses yeux la douleur de son châssis qui se brisait, sa toile flasque et chargée qui s’alourdissait, comme du goudron effervescent versé sur un sentier apoplectique dont on tente d’encombrer les portes défoncées par les taupes, comme si ce n’était pas assez. Il fallait se supporter jusqu’à la désintégration. Dans ces yeux miroitaient des petits reniflements bien apprivoisés.
La Blouse se grattait la barque, perdu dans ses pagaies. Devait-il grimacer une compassion de grenier ou lui proposer de circuler dans la chambre d’à côté, afin de lui passer l’aspirateur dans le siphon ? Pourtant, le fantaisiste semblait d’une sincère sobriété. L’émotion, sans doute.
C’est alors, qu’ayant ses connaissances à partager, La Momie déroula des pansements sans mentir à ses pensées, annonçant d’un raclement de gorge accentué ses attentions sérieuses et sensées. Les voici donc encerclés.
XX : — Lé nombril, c’est l’alimentationne ! dodelina-t-elle les sourcils persuasifs, déterminés. Si si, c’est ce qui lié à la vie, oun po commé oun prisé dé courant, oun souceure del énergie…ouné bouche…
XY : — Maria !
XX : — Carla senior, Carla.
XY : — Oui, même ! On ne quémande pas vos expertises, c’est un conciliabule d’homme à homme, laissez-moi composer, on ne plaisante pas avec la logique ! obligea avec fermeté La Blouse qui éprouvait dessous sa toge guindé son flagelle enhardi.
X : — Ah mais ! secourut le hérisson harcelé par tant d’injustice de métier en s’adressant au sois-disant maïeuticien. Vous n’êtes pas dépressif d’autant de rigidité, de sournoiseries scientifiques ? Le carré sur votre camisole d’organdi ne vous pacifie-t-il pas aimablement ? Il faut s’étendre c’est ça, rayonner, éblouir les théories ! Vous lui tronçonnez la tirade à cette noble accoucheuse. C’est obscène, sachez-le ! Allez-y chère compatriote, permettez-vous vos ardeurs méridionales, élancez-vous, je vous oreille.
XX : — Alors moi jé crois…
XY : — On s’égare, on s’égare, se disculpe La Blouse borne blasée autoritaire. Je considère mon dictionnaire ! Je m’autorise. Je les ai suées mes quenottes. Alors perforez-vous les rébellions et aérez votre cave ! Un cordon, c’est fait pour tomber une fois dehors. Vous êtes père désormais, il faudra bien vous y faire.
X : — Non…dit-il presque insensiblement, oublié parmi ses éparses inéquations éloignées.
Il aurait fallu y penser pendant la conception. Trop concentré sur sa créativité, il avait omis le fil de communication. Tant pis, il recommencerait et cette fois, il prendrait le temps pour construire son devoir, ses chimères à convertir. On avait bien inventé les piles…
Les épaules retombées et l’autruche mimée, il soupira une esquisse de sourire à peine renonçant.
X : — Bon…
XY : — Oui, bon. Décidez-vous, vous n’avez que le choix de le faire ou non.
X : — Qui tranche ? barbota-t-il comme un écho, chatouillant La Blouse impatient. Faites-le, vous taillerez selon ma voix puisque vous vous dévoilez virtuose…je vous ai convoité pour vos aptitudes vectorielles. Je veux qu’on ne puisse le deviner que si on s’en colle le nez…s’il vous plaît.
XY : — Voyons, un nombril c’est un nombril, il y a entité à l’extrémité ! Il y a des limites à morceler l’identité tout de même. Vous en avez déjà vu beaucoup des nombrils je présume ?
X : — Mais…
XX : — Honnêtement senior, jé préfére oun noumbril qui sé pronounce oun po quand-même ploutôt qu’oun noumbril éffacé…non, oun ventré sans noumbril cé sérait inesthétique. C’est sexy oun nombril, non ?
X : — Merci Galla, vous êtes gracieuse de me consolider. C’est un plaisir d’avoir au sein de son atelier une sage-femme si inspirée, n’est ce pas ? Cependant je demeure suffisamment soucieux pour me laisser consoler les cils. Je suis un peu déçu…
XY : — Allons vous savez, sermonna le médecin, un nourrisson dépossédé de son nombril serait isolé, sans ressource, seul dans l’impossibilité de savoir à quel sein se confesser.
X : — Il n’aurait guère nécessité d’un en particuliers…
XY : — Dites-le aux orphelins.
X : — Pupilles du monde, de la création, généreux, altruistes !
XX : — Et pas tristés, vous croyez ?
X : — Mélancoliques, attisés, clairvoyants, intelligibles et confiants !
XY : — Vous découlez bien d’un tube…et vous conjecturez qu’en posséder la souche vous alourdirait les pinceaux ? La Blouse fourbissait son casque avec difficulté et, les paluches enveloppées, fardait de sang ses crins affectés.
X : — J’aime beaucoup votre tonalité, vraiment. Néanmoins pour vous répliquer, je soupçonne les vestiges d’estomper la charité.
XY : — Vous projetez de vous éterniser en accusations pour chaque cicatrice ?
X : — Non, mais j’épargnerai volontiers à mon extension cette futile exagération.
XY : — Sommes-nous toujours connectés ?
XX : — C’est oun débat coultourel ?
X : — Éviter ce premier dégât, c’est repousser les ruines. J'abhorre la poussière ! fulmina-t-il
XX : — Hé ! Qui n’aimé pas la propreté, senior ? Vous êtés ici en lieu sein, on astique ! Né vous inquiétez pas, détendez-vous.
X : — À bas l’érosion !
Il s’affirmait, bandé, survolté par un regain d’énergie hâtif entraîné par ses déboires allégoriques.
La Blouse surmené, presque perdu, n’excusait pas de telles illuminations. Une œuvre, une œuvre, certes ! Mais l’implorer de transcender les folies d’un comédien dont l’impudeur est aussi authentique qu’un lacet ombilical s’impose à être concis était une insolence encombrante à ses frontières. Il s’évaporait. Ses viscères dégorgeaient des gargouillis d’acides amertumes, Dieu gazouillait au zénith, mais tout homme de science qu’il était, son aplomb récompensé de tant d’échelons surmontés ne se laisserait pas ébranler par la faim gloutonne de cet utopiste jardinier. On ne peut pas tout cultiver.
XY : — Monsieur, vous n’irez jamais contre les saisons, je vous en prie reprenez vos raisons, et que vous le vouliez ou non, il restera un blason. Alors, vous le défaites ce cordon ?
X : — À bien y réfléchir non. Je ne serai pas la cause d’un tel dommage et…
Il fut interrompu.
Une ravissante jeune femme en robe laiteuse venait de pousser la porte.
La Blouse plongé dans son intrigue, furieux, déraciné, réajustant toutefois sa perruque, brandit son bâton de chef d’orchestre austère :
XY : — Dolorès, que venez-vous faire ici ? exigea t-il, l’intonation dictatoriale.
Z : — Et bien le tableau s’est allumé, on m’a demandée…
XY : — Qui ?
Une petite voix soudaine et un gazouillis étouffé ripostèrent sèchement :
O2 : - Les patients encordés qui ont froid.
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| polly // 17:30 |
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Sans non.
Sous la petite chemise de lin comme on disait, sous la petite. Il y avait foule. Il y avait houle de cous tous rendus fous, de tant de finesse, de légèreté. C’était un bout de grâce, une peau piquée de grains de beauté, des meurtrières de petite garce. Elle était arrivée à l’aube, à l’heure où la brume tapisse les horizons, les oraisons de fumée. Elle était sortie de la gare avec encore sur les traits les plis laissés par les draps. On a jamais bien su quel âge lui donner. Je savais tout de ce qu’il y avait à savoir d’elle. Je l’ai faite, jusqu’au bout, je l’ai mise en forme, façonnée comme on cuisine un prisonnier.
Six heures, il doit bien être six heures, j’ai faim.
Un parterre de pigeons sur le parvis de la gare s’étirait jusqu’ à la chaussée. Ils goûtaient n’importe quoi, des chewings-gums abandonnés aux prospectus décomposés. C’est toujours comme ça. Des indices, à même le sol, sous vos pieds, pas plus loin ; de quoi reconsidérer son existence, à chaque instant.
Commencer. Commencer sur un parking. Sans valise, sans balise, une enveloppe pleine de billets, le ventre creux. Par quoi commencer. J’ai tout oublié.
Elle devait se trouver un nom. Pas un nom d’emprunt, non, elle avait décidé qu’elle ne naissait que maintenant.
Je plonge, éponge mes envies comme des sentences à l’appui.
Des gens, des gens complètement fous, comptant les faux sous leurs manteaux, ces mêmes qu’ils ouvrent souriant, la bouche diserte, en vous disant viens, viens, n’aie pas peur je prendrai soin de toi. Oui, je prendrai service de toi. Et les sévices ne se voient pas. Elle les aurait gommés. Ces gens qui vous consument et jettent tout, des racines jusqu’aux poutres soutenant encore l’ardeur de votre affection, pour vous juger, pour voir jusqu’où, jusqu’où ils peuvent se brûler. Les masochistes sont d’incommensurables sadiques.
Elle laissait passer la lumière, elle était devenue presque transparente ; elle disait : comme une passoire, je fais le filtre, pas besoin d’appât pour qu’une proie vienne s’asseoir au bord du gouffre. Elle puisait ainsi, sans se fatiguer, et plongeait les mains dans l’étang, avait des caillots de souffle entre les doigts et juste comme une brise, perçait doucement leur membrane en regardant pleurer entre les rigoles les pavés.
Je me suivais à la race, oui je me fuyais à la trace. Il n’y avait plus que la nuit pour me laisser un peu de place en éteignant cette foutue ombre, en supprimant tous ces reflets, assurément partout et constamment, de n’importe quelle fenêtre, flaque ou crue et même jusqu’au fond de mon verre, sans compter tous ces miroirs qui traînent, qui s’enchaînent dans les rues ; c’était déjà bien assez de se croiser chez les yeux et dans les jeux des autres, je ne voulais plus me voir, jamais. Je m’évitais. Je m’évidais les traits. J’aurais aimé qu’on puisse me parler comme à sa solitude, sans compter les syllabes débordantes et les intonations maladroites. J’aurais voulu qu’on puisse rire d’une phrase dont la chute aurait été un silence infini, une imagination sans faille en sans arrêt. Ne donnez pas, je n’aurai pas le change, ne donnez pas. Elles sont si sales, mes mains. Et ne me touchez pas, vous m’atteignez déjà tellement. Vous m’arrachez, même de rien, vous dégagez. Si je retiens mon souffle, par d’autres orifices vous pénétrez. Ne donnez pas. Vous ne m’êtes qu’une effraction.
Il lui fallait bien ça, au moins ce respect-là, celui de lui laisser un peu de voix, la laisser respirer. Elle avait si peur, parce qu’elle pouvait être effrontée. Une insolente polie et bien lustrée dont on niait le caractère. Qu’elle dise non, on s’en moquait pas mal. Ça n’était pas possible, une fille si gentille, ça ne pouvait pas sincèrement dire non, ça ne refusait pas. De la timidité. Tout affirmation, à son éclosion même, passait pour de l’anxiété débordante. Elle les avait habitués, elle leur volait le temps. Elle les empêchait, anticipait les questions en déversant des réponses, des actes. Puis elle disparaissait. Elle ne voulait pas savoir.
On la disait sage. Elle ne l’était que pour ne pas sombrer dans la folie, elle souriait pour ne pas montrer la cascade aux embouchures de ses yeux. Elle ne laissait que des chutes silencieuses couler de ses lèvres. Les gens pensaient qu’elle était insensible, bonne, mais insensible. Le prix sans doute de sa générosité. Elle n’a jamais bien su si au fond elle ne se servait pas des autres pour avoir de l’émotion. Si finalement ce qu’elle pensait ressentir violemment n’était pas que le chuchotement d’une imagination maladroite. Qui pourrait dire qui sait mieux que l’autre ce qu’il faut ressentir. C’était peut-être là ce qu’il ne fallait pas penser. Toujours remettre en cause ce qu’elle faisait, pouvait, sentait, voyait. Parce qu’elle doutait, jusqu’à ses yeux. Elle accusait les formes de la tromper, les bruits de l’assommer, elle dénonçait ses perceptions jusqu’à les condamner. Les gens ne sont pas si mauvais, se frappait-elle du poing sur la cuisse, les gens ne sont pas si mauvais.
C’était une idiote. Petite on lui avait dit qu’elle était égoïste. Elle n’avait pas pensé à diviser son goûter en quatre, un croissant, son petit-déjeuner. Ses camarades s’étaient plaintes auprès de l’institutrice en rapportant qu’elle les avait narguées. Elle avait compris plus tard, l’anagramme. La mascarade. Mais elle n’avait retenu que sa faute, à elle. Ce n’était pas très original, faire de cet événement un traumatisme déterminant pour le reste de toute une vie. Pas très judicieux à cet âge-là qui n’en était qu’à ces premières années.
Elle avait eu honte en découvrant la signification de ce mot : égoïste. Ça s’était mis sur elle comme un uniforme, une blouse souillée. Tout rapporter à soi. Ne penser qu’à soi. C’était insupportable.
La bonté dont elle ferait désormais acte avait déjà, avant même qu’elle ne s’abandonne, le goût de la vengeance. Elle serait l’irremplaçable.
Je lui avais dit : C’est la prétention d’être vivant. On croit avoir le droit du devoir être quelqu’un parce qu’on est là, et pas tout seul, et qu’être a besoin d’auxiliaires car il ne va pas sans avoir un besoin. Posséder la vie. Etre vivant c’est détenir l’avis des autres en retenant en soi l’état d’un corps vivant.
Il y a ceux qui meurent pour vivre et ceux qui ne naissent jamais pour ne pas mourir. Des enfants morts nés, c’est ce que nous sommes, nous nous enfantons, mettons au monde des enfants de remplacement, d’autres nous qui vivront la mort pour que nous ne souffrions pas. Nous nous cachons, nous essayons. Nous nous répétons. On a cloné la stérilité ! On l’engendre… On s’est appris la culpabilité et le mensonge de sa réalité pour trop de vies, avant même une seule. Le premier cri déjà, chut, ne dérange pas, pardon, le premier mot, enfin on l’attendait impatiemment, les premiers pas, courir après sa vie, celle que l’on croit, que l’on nous a appris à penser. On nous délaisse, on nous dit pas qu’on est en laisse, mais on dit va. Va. Avec des armes pleins les bras, pour riposter avant l’attaque. Pour se défendre. On a confondu vivre avec la politique. La vie n’est pas un pouvoir, c’est déjà là.
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| polly // 17:28 |
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7.9.04
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Où.
C’était une seule et même journée, que rien ne venait cogner, sauf des crampes noires qui tordaient brutalement le ciel. On y avait dressé des formes en mouvement, sous-tendues de chaleur, piquets dans le désert dont on ne pouvait rien prévoir. Ils n’étaient pas bien dérangeants, et bien souvent on ne savait rien d’eux. On y avait même planté un mot, histoire de la remplir, cette journée. Ce n’était qu’un colifichet qui l’agrémentait d’un peu d’espoir, une utopie qu’on buvait insouciants. L’amour, petit objet binaire, grand sujet bizarre, grand comme les hommes, c'est-à-dire petit comme rien du tout, petit comme le brutal caprice d’une épaule qui se détourne et s’enfuit progressivement dans les souvenirs, à cause d'un simple manque de désir. Bien sûr, il existait cette sorte d’amour absolu, détaché de la chair, entier comme une fièvre, sans concessions, pur, absolu, bon comme la paume d’une main dans laquelle on aurait déjeté notre être en entier, sans peur de l’humain ni de l'horizon. L'unique endroit où une herbe puisse subsister, cancrelat perdition au sein des bâtiments et des petites cases : la paume d'une main, dans laquelle on confond notre avenir et où l'on ne rechigne pas au sang. Mais cette sorte d’amour-là, au fil des siècles, on avait préféré la chuchoter tout bas, la taire, de honte, et de la terre on avait honte. Cet amour-là avait fini par se taire d’épuisement. Moi, dans cette longue journée, ce temps flottant et sans repères, moi je me cramponnais au radiateur, le vieux radiateur de la cuisine, quand le jour suffoquait sans prévenir. C’était de brutales coupures de courant au sein de mon plafond, qui ternissaient tout. Ce noir soudain et la joyeuse tragédie des enfants. En ces moments-là, j’étais un monde d’ignorants qui me perçait les joues d’un sourire forcé – comme un couteau entre mes dents.
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| estragon // 23:32 |
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Fou.
Liberté comme un singe trouant de ses pas les trottoirs démembrés, vagues floues opaques, flaques de boue où pour seule lumière le rond pâle croupissant des réverbères. Moi en moi seul, univers en suspens – on se couche toujours trop tard, les mains en aveugle le front sur les murs. Paris sombre, Paris goutte, ville moribonde qui me crache ses grenades liquides, crache-moi tes frontières, j’les assommerai de ma gueule, collection de gredins, connection de vingt-huit virgule quarante-sept mains, correction, saleté de correction que tu m’as infligée, Ville des Lumières sans un chat. « Pourquoi tu cours sous la pluie, sans savoir même tes pas ? » Je réponds, le ventre tripoté de misère : les plus dangereuses des fuites sont celles effectuées immobile, car elles n’ont pour seul territoire que la plus grande des questions sans réponse. Le rond tranchant de ce monde m’a sectionné les articulations – pour seules ailes : un bruit de cafards qui perce les oreilles. Cassez-moi la vie dans vos yeux, rendez-moi la mort. Tant que vous me donnerez un nom, je n’aurai pour seule identité que la haine que vous me prononciez.
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| estragon // 23:25 |
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...
— Nous avouons certaines pratiques dangereuses avec notre pommeau de douche. — Et donc ? — Nous touchons le siphon.
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| estragon // 22:13 |
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6.9.04
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Du passé de Larry Yet
Le mec, il s’appelait Bordeau, comme ça, sans X. On le connaissait peu mais il était comme intégré aux murs de notre quartier. Du coup on avait l’impression de le connaître. Même s’il était sans voix et la couleur des murs. Il avait le regard gris sale, une mèche tordue sinuait sur son front (sorte de droite métaphysique). Sa vie changea quand il eut 8 ans, le jour où nous apprîmes que ses parents s’appelaient Chesnel. À partir de cet instant, on ne l’avait plus lâché : « Hey Bordeau ! Nous n’avons pas les mêmes rillettes ! » Du fait de son visage vert, de ses joues rouges, et de son sourire jaune, il se fondait un peu moins dans les murs, il s’en détachait même, prenant la fuite. Nous apprîmes plus tard qu’il avait changé de nom, vers ses ving-trois ans. Une transformation radicale de son cursus nominal : il avait changé le nom de Chesnel pour Yet, le prénom Bordeau pour celui de Larry. Bref, il s’appelait maintenant Larry Yet. Malgré ce changement, une petite odeur persistait entre les voyelles, surtout à l’endroit du ry et du yet.
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| estragon // 23:22 |
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1.9.04
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Fou 0.0.
C’était un verbe d’environ dix-sept centimètres, qui n’aimait pas la lumière. Pour se faire entendre, il émettait des pépiements, des sifflements et des cris aigus. Sans pavillons auditifs, le corps cylindrique et sans cou, les yeux à peine visibles, de grosses mains aux longues griffes, larges, trapues, comme des pelles, il vivait surtout dans les sols meubles. Et moi je n’étais pas bien solide. Solitaire, existence souterraine, à percer des tranchées dans mes veines, ce mot creusait de ses pattes antérieures des systèmes de galeries, bouffant la vermine qui me saccageait le ventre. Ça avait commencé ce jour-là, comme une famine, comme une épidémie, comme une maladie. Pas beaucoup de lettres, mais beaucoup de substance. C’est c’qu’on en disait de ce verbe : beaucoup de substance. Mais quand il me remplit en entier, et moi je vous le dis il me remplit d’effroi, quand il me remplit en entier, devins fou et commençai à me grimper dessus. Être. On lui rajoutait un peut, devant, des fois, pour ne pas le voir venir, pour supposer qu’il puisse, pour l’affirmer, ou bien le cacher, pour le confondre, pour ne pas le dire en entier. Ce jour-là, je pleurais comme seul un Homme pleure, c'est-à-dire que dans ses larmes, il pisse sa vie, l'éternité de son incapacité à pouvoir remplir ce verbe d’une raison, la raison d’être.
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| estragon // 21:42 |
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