31.12.04
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Happy new peur – notes du 31
00. De loin au loin étrangement nées d’un fusoir à cheveux… des volutes d’air m’accompagnaient. Des myriades gravissaient les armoires d’albâtre, elle était là, même inexistante, on va y arriver, me dit-elle. J’avais tellement de mal, vous savez, à articuler. Je gravissais le rez de chaussée , les fenêtres ouvertes, je croyais foi en l’avenir et j’humais le ciel ouvert, gris, mat, sectionné de voiles sèches.
On m’attendait dans un immeuble – incorrigible.
Happy new fear.
01. J’aurais tellement voulu qu’on crie un peu ce que je ne savais pas. Ma foi, ils sont étriqués comme ces chandelles que l’on allume, hypocrites, dans la maille des vitraux froids. 1 euro et tu seras si beau, disait l'église. Moi, je te savais si laid, disait l'hérétique.
02. J’avais traversé rudement le boulevard Raspail, frais émoulu, alerte triste. Les voitures grondaient, piétons fiévreux restaient sur la chaussée ampoulés de peur qu’on ne démarre sur leurs pieds. Moi je fonçais. À l’angle entre le boulevard Raspail et l’avenue Denfert Rochereau, il y avait un fleuriste. Je n’y prêtai pas attention les premiers soirs. Puis un beau jour, me rendant toujours univoquément vers l’hôpital Saint-Vincent de Paul, je me trouvais ahuri, figé, gelé, figelé devant arbre, petit arbre à la crête finement ciselée. J’avais rendez-vous dans cet hôpital, mais je m’oubliais devant ce marchand d’arbres, je m’oubliais dix minutes. On me demandait ce que je voulais, « rien » dis-je. Mais, en cet instant, j’avais besoin d’une plante verte, ou bien d’un lapin. C’est ce que je me disais : ou bien d’un lapin. Tout, pourvu que rentrer chez moi sans être, au fond c’était ça. Je trouvais subterfuge. Car j’allais me balancer les tripes dans un aspirateur à fœtus. Tout, pourvu que rentrer chez moi sans mon enfant.
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| estragon // 22:53 |
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Bouchées tripes
Bien. Je vous souhaite une soirée. Pour ceux qui laisseront l'intime à leur retour, je vous prie de vous amuser, parce que hein, bon, n'oubliez pas qu'il y a des gens qui travaillent pour que vous puissiez faire la fête.
enfin... puisqu'il faut payer tout plus cher, le parisien habituel s'est majoritairement transformé en étranger je vous l'accorde. Ne tenez pas compte de ce message, ouvrez l'usage de vos langues.
À Février peut-être.
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| polly // 15:56 |
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30.12.04
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bis repetita
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| estragon // 22:30 |
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Humpf, c'est lent bordel, c'est lent...
J’avais rendu ma caisse à quatre heures quarante, le métro n’était pas encore ouvert, alors j’ai marché jusqu’à Arts et Métiers en prenant soin de ne pas repasser par l’église. J'aurais mal supporté une nouvelle agression, mais à cette époque de l’année, considérer les chauffeurs de taxi comme des Père-Noël m’aurait fait mal aux courses. En marchant je me disais tant pis, j’suis prête, j’ai pile vingt euros en poche à picorer jusqu’au 2 Janvier, un bordel pas possible (contrairement à tous ces sacs que je vois défiler toute la nuit, mon cabas fait presque un tiers de moi et ne brille absolument pas) tu me prendras juste la vie, pour c’que t’y gagneras, pauvre con d’analphabête… tu m’voleras certainement ma trouille et quelques embarras. Bref. Il est cinq heures seize dans la galerie, il fait neuf degrés, c’est pas mal, et une des ampoules majeures vient de rendre l’âme. Je bois un café lyophilisé sans sucre. Ouais, c’est pas le meilleur en soi, mais c’est le luxe des premières minutes sur le chantier. J’enfile mon costume de tâches, mon double pull bousillé et mes baskets farinées. Le plus chiant avec les travaux, c’est de se changer tout le temps, de rentrer chez soi vêtu comme à l’aller mais les doigts et la tête dégueulasses. Le point d’eau, en ce moment c’est un robinet qui pend dans un seau rempli de pinceaux et un micro lavabo pour les mains. Donc. Je disais. Je suis en place semble-t-il. Je m’affaire. P. a dit qu’il me rejoindrait après le boulot, il fallait juste qu’il se change ; qu’il serait là vers six heures trente.
Il est sept heures trente. Je m’inquiète. Que voulez-vous, on ne s’inquiète jamais (bon d’accord, ça dépend) par flicage, on s’inquiète, point. Il m’appelle soudain, me dit qu’il a fêté un peu la nouvelle année en avance avec l’équipe, parce qu’après les fêtes tout le monde est crevé. Je lui dis bon, laisse tomber tu as un peu bu je te connais dors, c’est quand on est fatigué qu’on se blesse, il crie presque non, dit qu’il en a pour quoi, quarante-cinq minutes, qu’il arrive, je lui dis que j’ai faim, que je pensais qu’on petit déjeunerait ensemble, que je ne sais pas vraiment si je dois l’attendre (je me méfie depuis…) je lui dis qu’il n’est pas obligé, qu’être raccord a toujours été compliqué mais que maintenant que la situation était autre… qu’après tout, ça n’avait pas d’importance. Il dit qu’il sait, qu’il vient. Ok. Je m’allonge deux minutes sur mon vieux paillasson de plage déroulé sur le béton. Et ça surgit sans prévenir. Une marée de larmes hoquetant, riant presque, des secousses nerveuses, saccadées, brûlantes, furtives. Je me roule sur les fissures de la dalle, me calme, reprends de plus frêle. Alors un oiseau, comme ça, dans cette rue sans arbres, cette rue étroite, se met à parler – bien sûr que j’interprète oh, et alors – quand je pleure il parle, jusqu’à ce que je cesse pour l’écouter encore un peu, plusieurs fois, puis il s’est arrêté. Je me suis relevée ; les larmes était passées derrière mes oreilles. Un parfum qui colle, tire, sèche la peau du cou une fois debout. Je n’ai plus faim. Je prends mon rouleau, retrousse mes manches et passe la deuxième couche de peinture sous la mezzanine. Elle boit, elle boit encore. Je suis trop petite, ou trop grande ; j’ai mal au cou. Ça me postillonne à la figure, quand je grimace, dans les dents, quand je me surapplique, sur les yeux.
Il est huit heures quarante. J’ai re-faim. J’en ai partout… un croissant hum… le pinceau là-bas me rappelle qu’il reste de la peinture à l’air dans le bol pour peindre là-haut le plafond entre les poutres. Un croissant… Je ne vais pas me racler le visage maintenant pour un croissant ; les soupirs m’assurent presque l’enchaînement des salissures. Tant pis je monte. Et tant mieux, je ne me rate pas les cheveux, ni quelques frôlements de poutres. Putain c’que j’ai mal au cou.
Neuf heures cinquante. Pas de P. Sir Pater arrive de la gare hyper motivé, essaie d’entrer ; j’ai mis la sécurité. Je flippe dans ce grand local vide tout noir. Je flippe à cause des caves. Je flippe, mais je flippe par moments c’est dingue… J’ouvre. Oh t’es tombée du lit, qu’il me dit. Conne de moi, non je ne me suis pas couchée. Quoi ! Tu as travaillé cette nuit ? … j’aime la mémoire sélective. J’adore. Tu sais A-K, ce n’est pas bien ! ton métabolisme ! Mon métabolisme ? … quel métabolisme ?
On enchaîne. Chacun de son côté. Je m’entrecoupe de sanglots, comme des tics, cervicales rompues. C’est pénible. Je repasse à l’enduit. Ce qu’on est studieux, c’est fou… ce que j’aime quand on ne parle pas, quand il ne me surveille pas ; on ne se dispute pas. Au fait, demande t-il justement, ça y est ? T’as les dates pour le stage de gestion ? Et les statuts, tu les as écrits ? Je peux les lire ?
Il est treize heures quinze, papa a faim. On mange et après tu vas dormir, fait-il dignement. Je ne bosse pas ce soir. Même ! De toute façon c’est vrai, la sieste sous perceuse c’est vexant.
Après dix minutes de ponçage épidermique, nous plongeons dans une soupe chinoise, quatre euros, que du bonheur. Et voilà P. qui arrive, bon acteur. Il souffle déjà. Mon Dieu c’est terrible quelle fatigue, je me suis endormi sur le canapé. Le divan, hé, mon garde-bourses. Mouaif. M’étonne pas. Mon croissant…
Retour au chantier, il est presque quinze heures. Je remballe mes affaires et retourne à mon fidèle bazar. J’arrive à quinze heures trente-cinq. À peine déshabillée, le téléphone sonne. C’est môman qui papote entre deux patients. Bonne année maman, soigne papa, il arrête pas de dire qu'il est vieux. Douche. Séchage de cheveux (ah, on n'y pense pas à ce détail, hein ?) Je réajuste ma couette, re-sonne. C’est F. guilleret : – J’te dérange ? – Ça va. – T’as une petite voix… – Je m’endormais. – Je croyais que tu bossais les après-midi. – Parfois c’est à l’envers, j’ai enchaîné direct. Mais dis-moi, je t’écoute. – Euh… X est malade, tu peux venir à 19h00 pour faire l’accueil au resto ? ça va être un peu dur, mais on n’a personne d’autre qui peut, qui sait ; tu travailles après ? – Nan, pas de caisse ce soir… … … (X… X,X,X, chochotte cumul à dinde, pour un ganglion bille quand j’ai des calots dans la gorge. Tu fais chier X. Putain tu fais chier) (pardon, X est… fragile. Souvent. Pas de constitution, mais d’implication)
… … …
(personne d’autre qui peut, qui SAIT, non mais l’autre, comme il t’endort, et quand ça beugle, ça te dit que personne n’est irremplaçable…)
– Allez, j’te fais un prix spécial ce soir ! rit-il. – Rrr non, s’il te plaît. Ok. 19h00. – A tout à l’heure.
Il est seize heure. 18h30 je pars de chez moi... bon. Ne pas siester dans le lit, sinon je ne me lève pas. Deux réveils, ce sale canapé, allez.
…Le voisin du dessus joue aux clous. Bof. La vaisselle ?
Hum... quelques euros de plus pour acheter un stock de vitamine C. Je hais le mois de Décembre. Non mais je sais, une journée comme ça, enfin ce genre de connerie tout le monde s’en fout. Et franchement, en ce moment, de tout ça, pour le mieux d’après, je m’en fous de pire en pire... et ce con qui me dit cette nuit – Oh, j'ai pas le courage... – T'es chiante, t'es pas disponible.
Et bien non. Je suis une ligne occupée, dixit e. Merci e. Yep. Merci...
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| polly // 21:38 |
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............
On sonne à la porte. C’est elle, enfin. Elle est belle, ça valait le temps. J’ouvre. Elle me dit : – Bonjour, entre. J’avance timidement dans le couloir : – Comment vas-tu ? Elle me répond : – Viens. Alors je dis : – Par terre ? Elle rit. – Non, là, le petit tabouret près de l’ascenseur. Je te sers quelque chose ? Je m’installe, réfléchis. – Merci, je n’ai pas de reins. C’est joli chez toi. Elle s’approche. – Ne te gêne surtout pas, fouille. Regarde, c’est marrant ça, non ? Tandis que mes mains rencontrent les bibelots de ses napperons, elle s’accroupit, extirpe de mon caleçon un superbe automatique chargé, puis, au lieu de… oui, prend une profonde bouffée et se tire dans le crâne. La balle reste coincée dans la cervelle.Une telle franchise… pas une éclaboussure ! – Tu vois ?! qu’elle me dit. Je me désintègre dans le siège.… il tousse. Ok. Quatre heures. Quatre heures que je l’attends. Quatre heure que j’ai la bite qui fume dans le cendrier.
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| polly // 21:37 |
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Nada.
Pouvait-on seulement une fois accepter que cela puisse ne pas être que de notre faute ? Là… j'aimerais tant que tu sois là, que l'on se pose chacune dans un coin de pièce. Tu te souviens, comme on s'abandonnait dès la première mesure, comme on était ensemble avec si peu de mots, pétrissant le papier et égarant entre les crayons et les livres, les bouchons des tubes de peinture ? On rampait de rire sur le sol constellé de miettes, de gomme de pain de colle et de tabac, se trémoussant contre les basses. On disait merde, la musique à fond ; on traçait des routes entre nos chimères et l’incontinent. Qu’ils ne comprennent rien malgré l’absurde dément contextuel de nos divulgations ? On avait toujours eu tort, on en vivait. On gardait la naïveté de croire que la lucidité de l’innocence ne s’ouvrirait jamais à ces concours de dissection. On était en haut des murs d’un labyrinthe à entendre la vie déformer dans les fosses les parois ; on n’avait pas d’issue, perchés on ne s’en sortirait que s’écrasant ou sans volants.
A-K en a gros sur la santé de tous les amalgames, de ces dialogues de sourds, de la poussière et des caillots, marre des avances insensées qui seules vous imaginent garantie d’un matériel détail aléatoire, qui vous harcèlent grossièrement et redondant, assez des exigences des intérêts et ras le cœur des infections. Polly sourit, c’est tout ce qui reste. Sinon les balles de ping-pong, comme dit A-C, nous auraient déjà couchées à regarder le pire : lorsqu’on vous opère à côté.
Je n’ai pas assez d’humeur, moi non plus, pour ne pas être enterrée de boue. On t’f’ra la peau ! disait le temps.
Estragon… mens-moi. Dis-moi que tu y crois plus que pas. Je me disais hier, plongeant les mains dans le Placol pour une énième couche, que personne n’avait le droit de juger autant d’Amour ou d'en profiter.
En aparté : Le pressant demanda une caution avant d’ouvrir son cadeau.
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| polly // 21:36 |
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Dzzzzzzzzzzzzzzzzz
À poils, c'était tellement mieux ; on pouvait en faire des tresses.
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| polly // 21:35 |
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Lend me a coach...
B,
« …jusqu’à l’envers tu resteras. » n’était qu’une pensée, qui j’imagine* se rapportait à ce « Cher Toi » dessinant l’hallucination d’une mansarde au feutre sablier dont ma girouette ceinturait le ventre, une manière plaisanterie de saluer l’entonnoir burlesque, le mémorial cul levé, qu’alors ainsi je rendais doublure de ton couvre-chef, cela même avant que tu ne me taquines l’apprentissage de l’écriture et la découverte de la parole. Je balbutiais donc d’anticipation, finalement… Ta délicatesse n’a guère au fil gré du temps délaissé son dentier ; mon débris n’a pas le fumet d’une paille sacrée, je ne me coince plus néant, l’idéal ne supposant que des indigestions. Je suis imparfaite, comme avant, comme demain, et aujourd’hui j’admets qu’il est fort peu probable qu’un jour quelqu’un vienne – ou plus justement puisse – me dire pourquoi le décret de la fainéantise, de l’inattention ou de la prétention, fait d’une âme timide un corps sexe à front malhabile quand il est un corps d’œuvre dont l’entier s’exerce à ses observations, ce pourquoi malgré notre parenthèse je ne tiens pas compte de tes railleries. Le ton se tente peut-être à l’entourloupe en guise de coquinerie ; toi qui jadis voulais te sustenter, qui derechef projettes de te rassasier et qui conspires, de messages inquisiteurs en appels successifs abusant de mystère comme d’intentions, ta séduction n’a plus d’emprise depuis ton mépris et mon décharnement. Je ne regrette rien, non, vraiment, mais ne fais pas comme si. Comme si j’étais une femme réparée, une réjouissance rapportée d’un service après-vente. Je vais bien ; si tu es content de me savoir désormais capable d’aligner plus de trois mots, je le suis de découvrir que tu écoutes davantage. Cependant si ta surprise pouvait renoncer à ausculter la moindre de mes syllabes, si ta désinvolture pouvait ne pas me réclamer innocemment de te chanter des vers électroniques afin d’alimenter, et ce mot pour mot, ton roman ; si tu pouvais moins convoiter, demander poliment, montrer un peu plus de modestie et de SILENCE… je serais peut-être plus disposée à bavarder productions autour d’un sobre canon. Mon cobaye n’est pas plus rentable qu’autrefois… je préférais lorsque tu ne calculais que mon cul, monologuait opiniâtrement et essuyais l’encre de nos actes avec mes lettres ; je crachais déjà dedans ce que tu lis comme une découverte maintenant. J’avais oublié qu’un fier style et son vocabulaire surexcitaient son moine. Ce serait vachement bien aussi, de parler normalement, sans bouffissure à chaque phrase… sinon restons-en à tes jugements préconçus et traditions ; depuis ces quelques années c’est vrai, j’y vois plus clair ; je suis bien meilleure en apnée. J’étais jeune, impressionnée… et jeune, je le suis encore. Tu avais déjà l’étoffe d’un sale con ; ton art grandissant, tu gagnes en mites ton vieux fanion. À bientôt, travaille bien et prends soin de toi.
Je t’embrasse, A-K.
(si tu pouvais m’appeler correctement aussi, laisser tomber ce surnom débile, romantique et sournois… et puis range-moi donc ces yeux, j’t’assure, t’es trop baroque, c’est fatiguant) (*oui tiens, sûrement que je devais peut-être penser à ça en écrivant, je crois...)
et dire qu’ailleurs dans des petites galaxies, il y a des Hommes, des voix de grands.
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| polly // 21:34 |
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29.12.04
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Petite horreur 60
— OooOooh mais dites-donc !!!... — ?... — A-t-on déjà vu une aussi jolie fille !!!.... — ?... — Ça devrait être interdit, une belle fille pareille !... — … — T'AS DÉJÀ SONGÉ À T'CREVER L'OEIL ?
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| estragon // 22:53 |
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28.12.04
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Tendinite
Quand on était gnôme, on était roi. Tout de même, est-ce si ridicule de le dire : qu’autrefois l’avenir se soulevait roi sous mes semelles, que les contradictions n’avaient cure, parce que des lendemains elles suçaient l’extrême jonction. Autrefois j’étais géant au pays des manants, ceux qui pensaient fort qui pensaient fiers. On m’aimait. Il me suffisait de glousser pour qu’on m’érige stationnaire sur le trône d’un prêt – pour toute une vie. J’étais l’enfant roi et l’on m’aimait, et jamais je ne pensai que l’amour se détériorerait, se diminuerait ; jamais je n’aurais pensé que je crèverai de faim en silence, sans rien dire, un beau jour de lumière parmi ces inconnus qu’était ma famille. En vérité, on est plein d’amour, puis au fil des ans se désagrègent la guerre et l’armure, et reste un corps nu. Jamais, quand je passe de ces images chaudes de mon lit d’enfant bercé de la langue de ma mère jusqu’au quotidien glacé des aurores calfeutrées entre quatre murs humides agonisants... Enfin tout de même, ce fut mon choix de gonfler mes ailes, puis de les atrophier, de n'avoir rien trouvé dans mon siècle.
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| estragon // 22:52 |
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L'étrange Noël de monsieur Flaque
13h30.
Je mangeais avec elle dans ce petit bistrot de coin de rue.
Je lui dis : — Tu m’as manqué.
À cette aimable attention, elle répondit sèchement : — Tu déprimes en ce moment, non ? Il faut te ressaisir mon garçon...
Mon garçon. Je n’ajoutais aucun commentaire, lançais un morceau de mon garçon pain dans ma soupe, mélangeais rêveusement mon garçon la mixture, songeant qu’à ce rythme, ma déprime allait probablement s’accentuer. En cette seconde précisément, je décidais de ne plus aimer qui que ce soit, si il faut te ressaisir en était le résultat.
14h30
Par hasard, je tombais sur cet article de Christine Angot, dans Epok, 2000. À la suite, un deuxième article de Christine Angot m’était proposé.
Les phrases de poids se suffisent à elles-mêmes, normalement : point besoin de les mettre en abîme par le procédé lit-terreux de la répétition. Christine Angot balbutiait. Une même phrase était répétée cinq fois en 3 lignes répétée, en trois lignes, cinq fois, répétée répétée répétée, une même phrase, une même, répétée.
14h40
Rousseau dans ses plus mauvais moments de paranoïa, le contenu en moins. Je me roulais une clope.
21h48
Elle s’endormait mais voulait, alors on jouait. Puis elle s’endormit. Mollement détendit ses doigts. Je dis : « Je vais te laisser dormir ». Elle souleva son épaisse paupière puis gicla : C’EST TOI QU’IL FAUT LAISSER DORMIR.
Je pris mon corps, mes clics et mes doigts puis partis sans demander mon reste.
17h43
Je suis là, à fixer un plafond depuis le début de la journée, méditant sur ce papier à rendre, que je ne peux contourner. Il me faut rendre ce texte. Donc je fixe le plafond. En l’occurrence, pour ce genre de choses, je préfère la peinture. C’eut été plus simple. Mais une pénurie maligne me serre les bourses depuis des mois. J’ai donc abandonné les grands formats et vomis mes couleurs sur d’insignifiants petits bouts de papiers. Plusieurs fois dans la journée elle me rappelle que je ne suis bon à rien, me demandant : « À quoi tu penses ? » La pensée est parfois le domaine des abrutis quand elle n’a pour pivot qu’un plafond. Je réponds donc que je pense, ce qui m’auréole de tout un tas de petites lumières dans l’atmosphère, mais évidemment elle me soupçonne de méditer des soucis et inquiétudes. Car un homme, décemment, ne peut penser ainsi des heures. C’est inhabituel. Tout de suite, on pense que fort probablement vous êtes atteint du cancer. Je surveille l’aiguille. Je ne fais que manger des œufs à la coque en ce moment. 6 par jour. C’est inquiétant. Je suis perplexe. Méfiant, je me surveille du coin de l’œil quand je passe devant la glace, dans l’entrée. U complot qui m’échappe se trame au fond de moi. Par ailleurs, j’ai le blanc de l’œil gélatineux. À force de méditer sur ce papier, j’ai baisé trois fois aujourd’hui. Des brusques montées de tension, des pirouettes sauvages contre le mur, sur le fauteuil, puis dans le lit, par ailleurs, pas de découvertes significatives ni d’explorations subversives. J’ai baisé, point. Ça m’a fait passer l’temps. Je ne pensais plus à ce foutu papier. Elle était toute tremblante. Ses jambes. Je ne rentrerai pas dans les détails. Ce post m’est suffisamment pénible comme ça. Cependant, je tiens à signaler que j’ouvrais de grands yeux, quand j’aperçus une trace de mouillure – car elle était assise sur moi – sur mon pantalon. Elle l’effaça vite de trois doigts puis me décapsula puis me suça. L’amour est si naturel pour elle, que tous les à-côtés pornographiques – salive, sécrétions déplacées, mauvaises surprises – n’ont aucune incidence sur son panache. Je songeais – sans aucune animosité - qu’au moins, dans ces moments-là, elle fermait sa gueule. Et que je pouvais penser, sans qu’on n'me le signale avec force insistance, de peur que je n’ai pas bien saisi le danger imminent d’un tel acte. Bref, je mange des œufs à la coque, l’œil fixé obstinément sur mon plafond, je baise, et je ne trouve pas de solution à ce texte. Cependant, me dis-je soudain : je baise au moins.
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| estragon // 22:51 |
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27.12.04
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Zen, zen, zen.
Politique. Arrêt du système. Arrêt du système. Arrêt du système. Arrêt du système. Arrêt du système. Arrêt du système. Enregistrez vos travaux en cours. Vous allez redémarrer. Et toc.... comment tu veux avancer ? Lentement. Très lentement.
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| polly // 21:33 |
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Même
et quelque part au fond, de jeux en choix, Grodur lui gardait une de ses presqu'îles.
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| polly // 21:32 |
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Lecture de fin d'année
nul. archi nul.
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| polly // 21:32 |
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Oh !
NON MAIS OH ! Pourquoi tu pisses pas contre la vitrine pendant qu't'y es, hein? ... qu'on fasse une mise à prix.
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| polly // 21:31 |
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?...
Toi aussi tu sais comment t'es ? et t'es d'accord ?
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| polly // 21:30 |
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Simplement
Je t'aime fort...
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| polly // 21:29 |
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C'est comme ça
Hormone avait décidé de foutre le bordel malgré les connaissances. La tension était à son comble durant toute la discussion. Nous étions deux femmes en pleine expression ; je lui accordait le pire de sa position. Ce mari n’avait fait que lui reprocher ce qu’il n’avait jamais accepté en lui, ce qu’il avait toujours dégagé avec violence. Je lui avouai ma peur, encore aujourd’hui, ma peine à entendre, mes insuffisances perfections attendues, ma nausée de condition, le poids d’une si grande affection, la crainte que l’incertitude de la vie nous frappe et nous laisse cons au bord d’une carcasse inondée. C’était assez, ce conflit, ce complexe de Dieu et ces lamentations quant à la découverte des premiers paquets de rouille entre les articulations. Cette râlerie devait se terminer, que chacun gère ses angoisses sans déporter. J’ajoutai que trop cachait, et que c’était usant de voir, d’admettre continuellement qu’il y avait tellement de vie derrière les étouffements. Qu’on ne faisait que rater. Je lui dis que je les aimais, que j’avais envie de les voir plus, mais que c’était toujours tellement blessant chaque fois qu’ils me bouffaient l’envie, que ça me faisait mal de penser ainsi. C’était bien beau, le tacite, sa logique, mais poser de vrai c’était rendre un peu plus à l’existence. Elle répondis je sais. Tout le monde sait. Lui aussi le sait bien. Combien de fois bordel peut-on dire je sais de son vivant, pour ce que ça rebondit… ? On n’a jamais au fond voulu être comblé. L’insistance percutante d’autrui engendre peut-être l’élargissement du vide énigmatique. Filtrer. À l’ère de la lutte contre les passoires…La performance du déni exploitait les plus fortes attentions et l’oreille, pavillon de luxe exhibé, battait de l’aile insultant son ordonnance parce que la poussière retombait systématiquement sur l’invalidité des tympans hygiéniques et l’entêtement des caillots qui nous ralentissaient. Noël pataugeait dans les crèches, même à distance. On avait encore déceptionné. Pas de charges inutiles, m’avait-on pourtant éduquée. Le Pardon, hé, hein, le pardon qu'il disait là-haut... tiens ! y'a t-il un pire, de nier à interdire ?... je sais plus rien.
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| polly // 21:28 |
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26.12.04
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La complainte de Vlad
The revolution will not be right back after a message about a white tornado, white lightning, or white people. You will not have to worry about a dove in your bedroom, a tiger in your tank, or the giant in your toilet bowl. The revolution will not go better with Coke. The revolution will not fight the germs that may cause bad breath. The revolution will put you in the driver's seat.
The revolution will not be televised, will not be televised, will not be televised, will not be televised. The revolution will be no re-run brothers; The revolution will be live.
(Gill Scott Heron)
"Have you got Camels ?" says the hongroise sur le lit. Je t'emmerde bitch. Un petit coup de "Sookie Sookie" de Grant Green. Ça lui aèrera le fessier.
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| estragon // 22:49 |
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Séquence du jour - d'un inconnu innommable
Bien, soyons raide pour une fois. Je n’ai pas d’amis, de faune, de strip, de tease ni de clique. On ne m’a donné en prévision que des préjugés, et en guise d’amour du colmatage froid, on colmate des murs les fissures dans l’enfant roi qu’on déjette malmené sur des chemins froids. Oh oui certainement bien des fois, je me dis, cette urgence d’être besogné. Mais vous savez, combien la psychanalyse fait du mot un revers, interprétation. Tu as dit mer au lieu de mère. Saloperie d’enculade méta-spongieuse, la psychanalyse. J’ai l’œil qui part ; chaque fenêtre qui s’ouvre à 50 mètres au dessus de moi je la sens, je lève l’œil, abois, je fuis paranoïaque puis j’ouvre ma bouche comme un siphon, soudain à l’air libre – je soupire souvent – comme un bruit d’évier qu’on débouche : humpf ; oh vous savez je suis malade. J’ai certaines qualités, comme d’aimer, humpf, bien fort, de serrer entre trois bras, ces êtres monstrueux et merveilleux qui gravitent autour de moi. Je ne suis rien. Fonctionnellement je ne suis rien, car ce n’est pas moi qui parle. J’ai, on m’a donné, ma puissance de vivre, c'est-à-dire qu’on m’a donné des substitutions dont les yeux s’ébauchaient, à ma place, de chaque prostitution. C'est-à-dire, et c’est terrible à dire, que d’autres vivent pour moi. Moi, je n’existe pas. Ça ne se voit pas. Peut-être qu’on savait que j’étais trop faible. Peut-être qu’on savait que Rhododendron était trop faible. Et Mondolio. Tous les trois, on respirait ébaubis l’haleine gourde d’un monde qui nous suicidait, et sans nous-mêmes, cette chaleur, nos paumes, nos appels, nos convictions et nos phares, vaguement humains, certainement sans cette présence et ces bars qui enveloppaient, nous sentions la mort / Humpf, je le savais. Il y avait une logique dans cette histoire, un frein nostalgique, une urgence entre nos trois êtres et le fait qu’on se connaisse, soudainement. Je vous avais connus, moi dans mon Paris les mains vides je vous avais heurtés, mes amis, nous avions continué dans des soirées folles, les mains serrées, et comme l’on sent chaque veine tranchée sous les tables en contemplant les sombres idiots aux salives écorchantes. Peut-être que tout ceci est une supercherie ourdie, nous avons le cœur dilaté comme ce n’est pas permis. Oui la méchanceté et l’acuité, oui nous haïssons, les hommes, tu sais, nous nous haïssons. Nous nous supportons. Sans vous, je sectionnerais même le poignet des non-dits. Enfin tout de même. C'est regrettable qu'il ne reste pas de Tome de Savoie.
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| estragon // 22:48 |
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Dans la jungle terrible tringle...
On avait bien mangé. C’était bien mérité après avoir travaillé pour cette soirée de merde… dire qu’il y a des gens pour aller se faire chier en boîte le 25 Décembre et des employés comme nous suffisamment cons pour les servir. On avait bien rigolé avec cette fille qui appelait sans cesse L, minaudait braise pensant le faire rougir et se vendait n’accentuant que son mépris. - Ben vas-y, dis moi ce que tu me ferais ! L se colle contre moi, partageant son mobile. - Euh… ce que je te ferais si tu étais où ? - Si j’étais près de ta tête ! - Euh…. W et moi en chœur « je m’empalerais la gorge ! » - Alors ? Ben vas-y ! Tu fais la chaude tout le temps, fais-moi bander ! - Euh… ben rien… - Arrête ! Tu dis toujours rien, excite-moi ! Visiblement, elle lui dit qu’elle est la meilleure des suceuses. L mort de rire et délicat soudain hurle : - Ah ouais !? T’es la meilleure de suceuses ? hin hin… - Ah ? Bon, fais-je à L en rigolant, dis-lui qu’on te prend à deux et qu’on fait un concours de suçage. W, tu ferais l’arbitre ? Il répète s’étouffant. - Elle dit ok, c’est toi qui commences. - D’accord, mais sache que j’adore ça et que je peux sucer très longtemps. Faudra d’abord déterminer les règles pour être départagées, c’est comme tu veux. Elle minaude encore, manifestement ; L et W se vautrent dans les miettes de pain. Mademoiselle titille, habituée à l’adoration de ses prétendants, et ne s’arrache les vêtements que dans l’idée. L n’est pas petit joueur, contre son jeu et la démonte avant le premier round. Au bord de l’évanouissement il me tend espiègle le casse-croûte, bien que je ne sois guère pour dépasser la plaisanterie, mais avec L, on a rarement le choix, ce qu’il pèse plutôt bien : - Allô ? - Allô oui ? - Bon. Alors. Dis-moi. Avec L, tu veux quoi exactement ? Ils se roulent en mie asphyxiée. - Ben, attends, il fait le malin au téléphone avec moi et puis devant il fait le timide, hier je l’ai invité chez moi, je lui ai fait un strip-tease et il n’a pas bougé. Aïe, dur… - Ah je ne savais pas ! fis-je regardant L. Il m’arrache le téléphone et reprend la conversation. - Tu parles d’un strip-tease ! c’est pas ça un strip–tease, attends… W m’en apprend plus sur la situation de la petite chauffeuse thermostat 2 quand la tension de L veut du 100 chienne. Elle minaude, point. Confortée dans ses capacités prouvées, dans ses coutumes tout simplement. Sauf que là… L tente de la faire parler. Paraît que la donzelle a l’air très cul ; il faudrait juste que sa bouche l’ait jusqu’au verbe, jusqu’aux actes. - Allez dis ! s’agace L. - Dis ! dis-je. Il me la repasse, à bout. - Je ne sais pas ce que tu veux faire avec lui, si tu veux juste un plan cul, si sentimentale tu flanches plus que ça, mais vas-y, c’est tout ce qu’il attend, lâche-toi, vas-y à fond, vraiment, fais-toi plaisir, fais-lui plaisir, j’sais pas, dis-lui qu’tu veux t’asseoir sur sa grande gueule…
Les garçons postillonnent de rire. Il faut savoir que L aime bien ce genre de vulgarités, qu’il déploie toujours avec beaucoup d’humour. C’est hors de grossièreté, en plein propos.
- Te laisse pas intimider, continuai-je très sérieuse, vas jusqu’au bout de ce que tu proposes. Audace-toi, ce s’ra bien. Bon allez, je te laisse, j’espère que tu t’amuseras bien.
Je lui rend le pain.
- J’aime ça, faire la meuf encore plus qu’elle, dit-il, qu’elle s’enrage. Elle lui dit que j’ai l’air gentille, lui demande mon prénom… il dit que c’est débile, qu’elle ne m’a jamais vue. Je dis que non, que sa voix semble honnête, des trucs forcément nazes de filles, elle me sent bien, c’est très aimable, reprend le fil mou et blablate… - Ouais, elle suce bien, ouais, lance L, me pénétrant les yeux et empoignant ma main.… Interlude. Hum. Il est vrai, bien que l’on soit tous le bon ou le mauvais coup de quelqu’un, qu’une telle opinion, oralisée, qu’elle soit fondée ou non, fait le hin hin de tout individu, surtout femelle, concerné. Surtout femelle pour ce qu’on sait de leurs manies furies quant à l’impact de leur existence, ou plutôt de leur savoir faire. Que l’Homme soit témoin. Que jouisse aussi la tête de liste. N’importe quoi. Cela n’est pas tant par prétention, on le sait bien, c’est plus par crainte naturelle de ne pas être à la hauteur, quoique ces quelques centimètres ne devraient pas poser autant d’internements. C’est universel, la satisfaction. À prendre ou à prôner… on n’est jamais certain de l’avoir bien donnée.
Bref.… Elle raccroche en lui disant qu’elle n’a jamais vu un mec aussi gonflé. L mimodrame répète et W rit tellement fort qu’aucun son ne sort plus de ses poumons. Je pense à elle, à comme je me sentirais ridicule (ne tue pas certes) et loin. Toute cette mise en forme, ça me pince l’appétit. Ça n’a pas déjà commencé que c’est compliqué. Trois semaines qu’elle le harcèle au téléphone. Plus d’une heure au moins, en deux appels, elle avait tenu une conversation dessert sans salive, tandis que W et moi refaisions le monde les yeux pleins de joie. Ce matin elle avait dit qu’elle voulait dormir dans ses bras, ce qui explosa L de rire.
- Attends ! Elle est folle ! On n’a pas couché ensemble, on s’connaît pas, elle sexe pose, la joue maigre, croit que j’vais cuire, mais elle est folle ! Elle m’a pris pour qui avec ses tu vas voir c’que j’vais t’faire… cette meuf, pas foutue de dire quoique ce soit. Si je la baise, c’est une seule fois et plus jamais je n’en entends parler. Y’a plein de nanas comme ça, c’est pas possible, elles sont chiantes, elle sont fières, j’aime pas les chiennes permanentes, c’est intenable ! et pas forcément les meilleures, elles suspendent leur cul partout à toutes les baves… c’est presque… sale. Intenable. Les mecs deviennent complètement dingues, ah non ! Non !
L et W m’expliquent ce qu’on auditionne souvent, qu’il faut être chienne dans l’intimité et élégante dehors, qu’on puisse sortir avec toi sereinement, pour manger par exemple.
Synthétisons. Chienne, propre, conséquente, séquentielle, de grâce et de rimmel écrasé. Et la petite laisse racine au harem. Patrimoine culturel du claqueur de doigts – sans déconner, je n’ai jamais vu une femme claquer des doigts pour appeler un serviteur. Elle interpelle, peut être froide mégère, ou lève la main poliment en disant s’il vous plaît – ou du géniteur, pour assurer un maximum sa descendance malgré l’éternel doute de la paternité, de préférence avec une chienne bien dressée.
De la vache à la laiterie, il n’y a qu’un sceau à défendre, comme une baguette menée au fion se fout des poignées de mains ; telle pression n’a jamais brisé un tronc. Promotion pâtissière et dégustation gratuite de tartes flambées ; on se dédouane sur les pots cassés en crèmes renversées.
La compagnie des hommes, c’est sbire qu’un coup d’œil sous mode d’emploi, ça vous dégoûte, ça vous réjouit, ça vous chancelle entre les clans, ça vous choisit plus facilement, à tort justifié que vous ne vous êtes pas laissé natures déborder de réactions et de principes guerriers ; on vous prend simplifiée, tenace, ce qu’on sent pire et tranquille. Mais. Ça vous en fout plein la gueule continuellement, par procuration, vous instruit à grande échelle – sans doute généralisée – dont vous pourriez de genre déraper ; ça vous anime, on s’entend bien. Et inversement, la compagnie des femmes est-elle aussi captivante et recevable pour un mâle ? c’est la question.
On avait donc bien mangé, on s’était donc bien marrés, on avait donc surtout parlé de sport, et de la digestion du rire on s’était mis en appétit. Moi je ne suis pas bonne à ce jeu-là du dire. Je fixe à qui veut lire. La pauvre. Je repensais à elle, à elle seule chez elle après avoir presque imploré L sans lui donner un seul motif chien valable, à son potentiel combatif, à mon enduit à terminer avant que Sir Paternel débarque à 7h demain matin, à récupérer le rythme de jour du parfait ouvrier, à mon envie de contact, de cuir, de palpation, de modelage, de pressage, de précision, de martelage, de dressage, d’abandon, ouais de baiser, c’est plus simple, en terrain neutre, participant… au top, comme on dit.
- L, je vais chercher du cash, dit W une fois sortis du restaurant. - J’ai rien moi non plus. - Vous voulez que je vous en prête ? - Non, ça il en est hors de question, insiste L. En revanche je veux bien t’en filer ensuite pour que tu rentres chez toi. - ??? hein ? - Alléééééééééeuhh… viiiieens ! Bécasse en lisière de plongeon je souris. - Viieens… - … - Mais laisse-la, tu sais bien qu’elle a des objectifs, prioritaires, regarde, nous, c’est pareil, moi j’la comprends. Gentil W, merci. - Alléééééééééééquoiii viens ?! - J’aboierai doublement à ton entrejambe si tu veux la prochaine fois, tout ce que tu voudras, et moi aussi. - Y’a plein de monde chez moi toute cette semaine pour des enregistrements… allez viens ! - T’inquiète je vais trouver. Mais là, je sais que si je viens je ne vais pas décoller. - Maaaiis euh ! - Rentrez bien.
J’accorde une chose quant à l’incohérence de la dialectique chez nombre de plurielles. Heureusement qu’il disait viens. À est-ce que tu veux venir, je n’aurai pu répondre qu’un déhanchement hâtif, en dépit du préjudice spatio-temporel de la projection d’un tel bonheur. La vieille rengaine du travail d’abord revenait sans cesse dans mes orteils.
Le chauffeur de taxi me dit : « ah… vous ne rentrez pas avec eux alors, hein ?!»…
Voyez comme on vous range d’office… les Antigone à queues, faut leur faire un peu savoir qu’on ne dit pas Amen à tous leurs coups de reins, même si, sinon ils vous balancent aux chiottes pseudo Bérénice. La condition féminine ne le nions pas est quand même d’associer un peu le plaisir à un certain attachement, et quelques hommes de se croire vénérés pourraient sans proposer fâcher des libertés dont ils savent si bien disposer. Faut se faire violence dans le partage, bien que sur le ring toutes les joutes soient farcies. Souple. Flexible. Raisonnable. Fuck la discipline. Putain de connasse de discipline. Parfaitement ! Rébellion ! J’vais aller boucher des trous dans un foutu chantier à cinq degrés. Ça va m’calmer tiens.Mais avant. Je viens de voir une rediffusion des trophées Nijinski. Suite à la remise des statuettes, un extrait de la pièce de danse contemporaine qui se jouera pour la première fois ce soir a été présenté. Un gros orgasme. IN MEMORIAM, de SIDI LARBI CHERKAOUI. Les larmes ont coulé à flot, mon cœur s’est mis à défoncer sa cage et j’ai la nausée. Toujours comme ça quand je suis bouleversée. C’est terriblement gênant.
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| polly // 21:27 |
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25.12.04
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En Bretagne - rendu fou
Perrine était servante
Perrine était servante, Perrine était servante Chez Monsieur le Curé, digue donda dondaine Chez Monsieur le Curé, digue donda dondé.
Son amant vint la vouère Son amant vint la vouère Un soir après l'dîner, digue donda dondaine Un soir après l'dîner, digue donda dondé.
Perrine, ô ma Perrine Perrine, ô ma Perrine J'voudrais t'i ben t'biser...
Eh grand nigaud, qu't'es bête Eh grand nigaud, qu't'es bête, ça s'prend sans s'demander...
V'la M'sieur l'Curé qu'arrive V'la M'sieur l'Curé qu'arrive Où j'vas ti ben t'cacher ?...
Cache-té dedans la huche Cache-té dedans la huche i sera point t'trouver...
Il y resta six semaines Il y resta six semaines Elle l'avait oublié.
Au bout de six semaines Au bout de six semaines Les rats l'avaient rongé.
Z'avaient rongé son crâne Z'avaient rongé son crâne Et puis tous ses doigts d'pied...
On fit creuser son crâne On fit creuser son crâne Pour faire un bénitier...
On fit monter ses jambes On fit monter ses jambes Pour faire un chandelier...
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| estragon // 22:47 |
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mini peau d'chien
Mini peau d'chien
Quand le soleil brille Dans ses cheveux roux L’Génie de la Bastille Lui fait les yeux doux Et quand elle s’promène Du bout d’l’arsenal Tout l’quartier s’ramène Au coin du canal.
Ce sang que je sème à cinq temps qui m’en valsent les tympans, dans mes veines mille verres brisés – autant de coups que d’horizons sous perfusion – mon haleine souffle des tonnerres haletants à califourchon sur matins blêmes qui penchent leur nuque dans les toilettes pour pisser leur bile de ciel froid – combien de temps ceux que l’on traîne, cadavres sur nos dos à l’échine en lambeaux – ces coups de glas qui ratissent le soleil – silencieusement un jour je déposerai à leurs pieds mes vêtements ma chair mon adresse mes chaussures, de mon nom ils feront ce qu’ils voudront puis je partirai sans tête, ils cracheront, déformeront – de mon nom ils feront ce qu’ils voudront car je n’aurai plus d’adresse.
À la Bastille On aime bien Mini peau d’chien Elle est si bonne et si gentille On aime bien, qui ça ? Mini peau d’chien, ou ça ? À la Bastille
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| estragon // 22:47 |
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P'tit Vinaigre
— La timidité, tu connais ça, connard ?... — … — La timidité ?... L’intériorité ?... L’incongruité ?... Surtout congre ?... La réflexivité... plus flexe qu’invitée ?... L’infionspection, prospection… introspection ?... Histoire d’vérifier matin et soir qu’le p’tit machin y bouge toujours à l’intérieur ?... Hein, et qu’t’as l’air d’un con à croire qu’ça peut s’arrêter comme une montre, à chaque fois que le soleil se flèpe ?... — … — La timidité qui fait qu’tu changes de trottoir parce que ça t'saoule qu'cent mille visages te dardent des terrasses de Pafés ?... — … — Hé, Mondolio, j’te cause !... Hein, tu crois qu’c’est facile de n’rien dire de la journée, et qu’pour supporter ton silence faudrait un OVNI ?... Hein ?... Et t’y crois toi, qu’cet OVNI j’l’ai trouvé mais qu’y m’demande cinquante-huit fois par jour « à quoi j’pense » ?... Hein ?... Alors ta meule, face de canard, hein t’as compris ?... TA MEULE !... Et r’viens plus m’brouter les nichons !... chichons !... Ouais, parce que j’suis un penseur moi, un sacré censeur !... J’détaille toutes les feuilles d’arbre en une heure !... — … — Sinon, pour reprendre le fil de notre conversation : NON. Je ne dirais pas que Sartre est un mutant. Personnellement, je pense que l’essence précède l’existence. — Vous reprendrez bien un peu de café ? — Non merci sans façon vous êtes bien aimable. Au sujet de cette felonie sans visage qui nous pompe le dard par les temps qui courent – je parle de Bernard enRit Lévite - tout de même, ce qui constitue la dynamique d’un média impartial est bien son appartenance à la fuite hors du sens. — Vous êtes sûr que vous ne voulez pas de café ? — Non merci. Je crois que je fais une hypertrophie de la narine en ce moment, oui, je suis relativement narineux. Avant j’étais sourcilleux. Remarquez, je préfère ça… Narineux. J’me sens parfois un génie. J’me brosse le sourire colgate à la blanche et j’parle plus vite. Parfois je me dis : arrête flopard, t’en fais trop. Tout de même, faudrait pas qu’y voient midi à quatorze heures dans ton manège à quatorze heures. — Vous reprendrez bien un peu de blanche alors ? — Non, vous me terrorisez, tête de fion. L'enfer, c'est les fautes.
P’tit Vinaigre allait bien. Nous aussi. Par ailleurs nous atteignions les firmaments de la voie Lactel.
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| estragon // 22:46 |
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...
Personne ne s'en rendait compte, ça ne les regardait pas vraiment au front ; à n'importe quelle seconde elle pouvait s'arrêter net, chialer pour toutes les fois où elle s'était laissé faire crever. Vos désirs en premier, preux fumiers. Je la regardais ouater sa gorge de plume, ventre édredon, amortir les chocs de la peau contre le calcaire, se dissoudre desquamation à travers les draps tandis que je pénétrais le traversin. Personne ne frappait jamais avant d'entrer ; ça se couchait tout habillé chaussures crasses à ses côtés si ce n'est sur bien assuré sans permission et bulldozer gazait l'espace. La volonté s'endormait légitime ; s'achever, une crampe solution. Même au réveil, ça s'imposait. Ne pas répondre était de l'insolence. On finissait par croire que la mort était un premier pas vers un peu d'égoïsme, vers un peu plus de choix.
[la muette.]
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| polly // 21:26 |
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24.12.04
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Crayeux opinel à pouf...
ça noeud guirglande poil, se pend bas des masses, à l'idée des chants de poêle et des barbes courges en costume bleu. e, je te brouette plomb corsage.
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| polly // 21:02 |
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Trêvaillons
Je n’ai dit à personne que finalement je ne travaillais pas cette nuit, qu’on me laissait mon réveillon. Pardon m'man. Après six semaines intensives, je voudrais du silence. Ne pas parler pendant quelques heures. Je voulais aller à la râlerie. Y peindre pour la première fois. Mais là-bas il fait plus froid que dehors, à moins que, avec un peu de fuel à gosier… Dégager les voies respiratoires.
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| polly // 21:01 |
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………
À partir de quand cela était-il devenu trop tard, je ne sais pas. Cela ne l’avait-il pas toujours été finalement, comme des somnolences entre les actes et les caves des aiguilles, des trames d’à venir comme un seul même nœud défilant les horizons auxquels tout défi ne peut être que fiction ? Il n’avait jamais cherché, on allait naturellement vers lui. C’était pas compliqué – moi non plus je ne suis pas si compliquée – mais sûrement que c’était malhonnête, d’un côté l’un verse, de l’autre la soif. Peut-être que c’est ça alors, qu’il ne faut pas d’union, mais juste prendre, et cantonner… meubler. J’avais fini par lui dire, à bout, qu’il ne faisait que prendre, manger ce qu’il n’avait pas faim, qu’il aurait fallu entreprendre… antre prendre, aussi, des yeux ; parce qu’on faisait semblant au fond, on jouait au plus profond, au noyé, au plus souffrant. J’ouvrais ma gueule, il ne devait plus voir que ça, ma gueule. La gueule d’un monologue patient. La gueule d’un encouragement, de l’endurance, la gueule de la faiblesse, à ne surtout pas, non surtout pas, être le fléau de son impunité. Ma gueule était si douce, elle reste celle, presqu’un enfant, l’enfant qu'il jouait de comportements… j’avais de la force pour deux, les épaules droites, le corps miniature à l’ossature vivace, le désir tenace, l’énergie cocasse, mais impuissante. J’ai tout essayé, tout, je vous assure. Je savais bien que je ne comblerais jamais, et je ne voudrais surtout pas que l’on me range à telle place quelle horreur, mais passé un an d’amour, passés deux pans au bras de l’idée d’un petit bout de nous puis trois d’acharnement à surmonter tous les désistements, nous étions au flou de quatre devenus des frères.
L’autre jour j’ai tout dit. Que j’étais rayée. Que je m’en voulais d’avoir été si forte, si souple, d’avoir cru pouvoir tenir toute une vie ainsi. Et j’aimerais pouvoir encore. Mais. J’ai tout lâché. Qu’il ne pouvait pas continuer à tout détruire, que bien qu’il ait perdu très tôt l’amour, que bien qu’il en soit persuadé à cause du sang, il n’était pas tout seul, qu’il était aimé, très aimé, qu’il ne prenait pas soin et tenait à l’écart, ne rassurait que de matériel, jamais de présence. Je lui ai dit qu’il était bon, méritait d’être heureux, surtout qu’il avait le droit d’avoir peur, qu’il avait le droit de pleurer ce qu’il n’avait jamais voulu avouer, mais que maintenant il était temps, et qu’il avait encore le temps, je savais qu’il avait besoin de tendresse, je l’aimais, je l’aime à vie, peu importe comment, je suis là, mais avant tout il devait être là pour lui, plus que ça sinon pour de vrai. Me serrant fort il m’a dit qu’il pensait à moi tout le temps. Que tout le temps il pensait à moi. Que je l’obsédais. Je lui ai dit que c’était injuste, qu’il pense ainsi à moi et qu’il m’ignore, qu’il n’ose pas, ne touche plus, qu’il soit absent jusque dans le plus simple échange. Je propose, ne dispose, soigne et réveille. J’ai donné toute mon attention, beaucoup de sel de sourires persévérant ; l’amour n’a pas été sali, juste sa forme, l’essentiel reste intact. Je réagis toujours ainsi, m’a t-il dit. J’avais compris très vite que pour ne pas que ça s’échappe, il feignait la distance par générosités. J’ai dit tu ne peux pas me demander d’attendre ainsi, tu ne peux pas faire ainsi de moi ta femme, me nommer comme telle à la réalité, je n'attends rien, encore moins d'être le confort d'une disponibilité pratique tenue entre tes murs, si tu n'as pas envie ne m'empêche pas de vivre, on ne me met pas derrière une vitrine dans un couloir, je veux qu’on me prenne un peu comme un doudou, qu’on me laisse traîner n’importe où et qu’on me retrouve ensuite, un doudou pas pour ce qu’il est mais pour la vie qu’on mène avec, qu’il mène à côté, pour ce qu’on se fout de ses taches, des rides, des accrocs et puis du temps avec ou sans. Un peu comme ça ( je ne sais pas si c’est bien clair…) pas comme une peluche restée neuve sur l'étagère. Pour moi tu étais tous les jours un cadeau.
Il nous restait l’attachement – loin je l’aimerai encore – mais maintenant il fallait cesser les ombres parce que je ne voulais pas que l’on en vienne à se détester. Je ne sais pas faire semblant, je n’ai jamais su… j’aurais pu dire bien avant, toutes ces fois j’aurais dû dire mieux, bien que l’Homme sache nier confortablement, nous ne devrions pas nous amputer pour la simple justice de ses aveux. La patience, même débonnaire, a des limites qu’il est important de respecter afin de conserver l’entente si ce n’est le sentiment ou autre terme moins inconvenant, c’est tout ce qui nous lie. J’étais en colère contre moi, de l’avoir laissé se donner à voir comme asexué – ce n’était pas la première fois qu’il faisait cela, ce n’était pas la première fois qu’un homme me prenait pour une assistante maternelle – d’avoir attendu la fin de l’aigreur pour dire douce toute ma désolation. Car je suis désolée, encore. J’aurais aimé être plus parfaite que cela, j’ai pu un temps, temps auquel il ne croyait pas parce qu’il ne peut plus croire, à cause de ça, cette salope de mémoire, ces marques indélébiles, indexées labiles que l’on a par foi peine à dépasser… Tout ce temps je n’ai pas dit trop fort. Je l’ai dit, régulièrement, épisodiquement, sans insistance, avec pudeur, avec largesse, parce que j’ai cru que la différence d’âge demandait discrétion sans opinion, ce n'était pas ma vie mais la sienne ; il me tranquillisait, déloyal à lui-même, fidèle à son amour pour moi je n’en doute guère. Il a chassé, repoussé… ça m’énerve que l’on puisse être si permissif avec ses entraves. Oui c’est vrai, oui tu as raison, oui pardon, tu verras j’te promets… combien de fois, combien ! Je me disais un jour il me diras ta gueule putain, au moins, dis-moi ta gueule… la lâcheté, la timidité (la ruse, l’amalgame ?) a un seuil de tolérance, de créativité, tout a un seuil… la connivence également. J’en tire qu’il n’est pas toujours bon être conciliant. Pour qui dira que l’on s’en tape de tout ça, je dirai pas sûr ! Entendons-nous, l’anecdote s’étend ce me semble bien plus loin que cela. Bêtement comme tout bon bateau à la rame, c’est une prise de communication dont les fils oripeaux se trempent dans l’ère de la conservation. Quand d’un visage le nez se trompe molle comme bois aphone en marge d’une forêt et prétexte l’invasion paradoxale, vous ne savez plus qui de l’œil ou du pied se fourre le doigt dans le vrai. On goberait n’importe quoi pour avoir la paix. Ouais. On est tous des pupilles de la ration. Peu importe notre lucidité, les fondements nous glissent entre les voix.L’autre jour j’ai fait de ce que j’avais dit la réalité. On s’aime, ça on le savait, sauf que ça devenait complètement incohérent, fallait sortir du cadre. Il était clair que nous n’étions plus des amants, que je ne pouvais plus maintenant. M'enfin! Pourquoi t'es devenu timide!? Pourquoi tu baisses les yeux!! Arrête ça voyons! Dis-moi! Vas-y dis! C'est pas grave, même le pire! (paraît que c'est chiant, parce que c'est jamais si grave avec moi. Est-ce que ça l'est? puisque de toute façon c'est là) J'te pardonne tu sais. Tu gères ta culpabilité, ta honte, ta trouille si elle est. JE NE PEUX PAS TOUT FAIRE. Te l'ai déjà dit, arrête de t'habituer (de ta bite tuer avant que... t'inquiète, je vais pas te la bouffer) (pardon).
Hier il m’a dit qu’il se comportait, sans fondations, qu’il faisait toujours n’importe quoi, qu’il n’était pas un Homme au fond. Je ne sais pas ce qu’est vraiment un Homme, mais au fond, c’est là qu’il faut plonger pour admettre le vrai de sa constitution, ne pas transmettre les fosses rugosités de la surface. Le cliché, c’est quand-même une marque… la normalité, un anachronisme, moi je voulais juste qu’on vive un peu plus normalement. Bof . Normal aussi, ça n’est jamais qu’un accident.Je suis en plein complexe, en parfaite exécution du contexte.
Blablablablablablabla. N'empêche que c'est nul. Je suis nulle. J'ai dit oui à tout ça, je m'en veux un peu, j'me plains pas, je dis stop. Ton attention détermine ta réalité... ça me fend le coeur. Me fais pas rire, j'ai les lèvres gercées.
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| polly // 21:00 |
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On aimait bien les rendez-vous orgastronomiques pour s'achever.
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| polly // 20:52 |
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22.12.04
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Happy christmas two
Pour arroser ce cambriolage - point culminant de sa journée, acmée de son épouvantable quotidien - Estragon s'était enfilé trois verres de Cabernet cul mouillé. Les flics - ou pour coller à cette ambiance divertissante de notre patrimoine intellectuel : les keufs, comme nous l'eut promptement signalé notre djeun's de Virginie Despentes descendante* - les keufs arrivaient dans moins d'une heure. Toute la question était : des flics prennent-ils au sérieux un ivrogne pantelant, son oeil vomissant des larmes (sèches) d'avoir été dépossédé de tout son appareillage numérique, l'haleine déjà corrompue par des minutes d'alcool, insoutenables de rigidité épouvantesque au sein d'une terre étrangère (ce qui restait de ses 20 m2) - car le monsieur au téléphone lui avait dit de ne rien toucher. Cependant Estragon touchait son clavier. Et son verre de Cabernet. Nom d'une enculade de hamster myope.
* La SEFS (Société des Écririens Foireux de notre Siècle) s'excuse pour l'abandon momentané de son blog, mais comprenez tout de même que la promotion du bouquin de Despente Adolescendante est finie. Virguibie n'a pas qu'ça à foutre, voyons. Elle doit maintenant apprendre le patois rural. Pardonnez-nous ce sursaut de haine ambivalente. Il est tout trouvé, et très salvateur en cet instant. Bonnifiant, même. Pisses de pute. Pardonnez-nous. Enfants de salauds. Harponnez-nous.
Puis Estragon se demanda soudain s'il lui fallait se brosser les dents pour ouvrir aux policiers.
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| estragon // 22:44 |
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Happy Christmas
OK. Je rentre de mon sale boulot alimenteur de merde : je viens d'me faire cambrioler. Je viens d'appeler les flics. Ils me rappellent. Vu la configuration du lieu, ça ne peut être que quelqu'un de l'immeuble. Vladimir me signale par téléphone que cet immeuble contient des petits jeunes louches.
Je suis livide, j'ai la nausée, je ne touche à rien autour. Un bordel sans nom, mon univers sali.
À trois jours de Noël, pisses de pute.
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| estragon // 22:43 |
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...
(Interlude) - Reprendriez-vous un peu de ce délicieux foutage ? - Seulement si vous me l'assaisonnez. - Voyons, je ne saurais... - Pourtant voyez, le penchant de votre menton en trahit la défaite, l'idée compose déjà l'épithète. Ma chère sachez-le, vous bavez. - Alors approchez donc votre assiette, que je me tamponne à votre luette. On devrait, comme ça, tout le temps. Corrigeons l'actualité, la législation du con.
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| polly // 20:59 |
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L'ennui
Je vais peindre le plafond, je vais plaindre le ciel, accuser défilés de rouages et crever leurs bidons d'essentiel synthétique, j'y foutrai le feu jusqu'à la dernière croûte, allumerai un cierge et m'assiérai dessus. On verra bien si le soleil se lève sous la neige.
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| polly // 20:58 |
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Ça dépend.
On ne prévoyait jamais rien que des dépendances. C’était juste pour se prouver que l’on avait besoin, que l’on pouvait vouloir, que l’on avait raison, de loin. On nous devait bien ça. Parce que l’on s’échinait dur quand on désaccordait nos doigts, que l’on se croyait pur à joindre nos demains. On y croyait cure comme proie parce qu’on avait les foies, de changer de repères comme de les abandonner. On ne valait pas nos lois, on traquait l’indéfini, le sale, le désarroi, on fusillait des droits pour se faire une voix de choix dans l’euphorie de la persuasion. Contrôler nos chairs, c’était convaincre les enchères de la rédemption. Ça fixait le soleil dans les lucarnes et les assiettes sur l’autel ; on pouvait transgresser en toute tranquillité. Dieu c’était rigoureusement chacun pour soi.
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| polly // 20:58 |
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21.12.04
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le pieux alcoolique
Sur le dessus du piano, tout à droite, je posais un petit verre rond, jaune et brillant. Cinq centimètres à sa gauche, je posais un second petit verre jaune et friand. Cinq centimètres à la gauche du deuxième petit verre, je posais un troisième petit verre jaune et riant. Cinq centimètres à la gauche du troisième petit verre, je posais un quatrième petit verre jaune et priant. Je grognais : Feinte barrie, fière de Pieu, riez pour nous pauvres bêcheurs... Cinq centimètres à la gauche du quatrième petit verre, je posais un cinquième petit verre jaune et criant. Cinq centimètres à la gauche du cinquième petit verre, je posais un sixième petit verre jaune et grillant. Cinq centimètres à la gauche du sixième petit verre jaune et grillant, je posais un septième petit verre jaune et grisant. Cinq centimètres à la gauche du septième petit verre jaune et grisant, je posais un huitième petit verre jaune et crissant. Le corps du Triste* murmurais-je. Cinq centimètres à la fauche du huitième petit verre jaune et crissant, je posais un neuvième petit verre jaune et crispant. Cinq centimètres à la fauche du neuvième petit verre jaune et crispant, je posais un dixième petit verre jaune et vrillant. Au dixième verre, je m’arrêtais, net, infâme, et essuyais mes lèvres d’un violent revers. Joyeuse année ! braillai-je en direction du dixième. Puis un à un je les saisissais, et les bus tous : « Buvez-en tous car ceci est mon rang !... Le rang de la fange répandue en multitude, saillie sous ma peau, gondol’de veines bleues et goutte à goutte rouge du chant d’un oiseau sur mur de Seine blanche, pourritures frasques de drames persistants aux voix usagées et sans ouvertures »… Je les buvais tous les dix, au nom des infâmes, des pères et des feints esprits, au nom des brâmes des fiers et des esseims épris, louange à toi Baigneur, que ton nom soit rectifié, que ton règne saigne, que ta molle bonté soit fête sur l'amer comme au fiel. Donne-nous aujourd’hui notre faim de ce jour, pardonne-nous nos errances comme nous ne pardonnons jamais à ceux qui nous ont assoiffés et ne nous soumets pas à la lente action, mais délivre-nous du râle.
Puis je me murmurais courtoisement à l’oreille que j’étais bon à abattre.
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| estragon // 22:43 |
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petits préparatifs
L’ARTRISTE. — Il a donc été prévu une installation pour m’aimer lors du premier de l’an, je veux dire une performance qui m’aime, elle, vraiment – car je souhaite passer cette soirée du nouvel an avec quelqu’un qui m’aime vraiment – c’est là l’objectif de l’année 2005 – donc ce qui a été conclu c’est que la seule installation digne de me recevoir et la seule tout de même qui m’ait aimé indéfectiblement depuis l’aube de mes seize ans, c’était ces petits verres de Tequila en équilibre sur mon nez, ainsi que des petits citrons en apnée dans des bouteilles de rhum. Il a donc été prévu que ce premier de l’an se passerait exceptionnellement bien cette année, seul, le nez explosé en sang sur le carrelage, auréolé d’une flaque de vomi. Souvenez-vous : ne passez le premier de l’an qu’avec ceux qui vous aiment vraiment : les citrons, les tequila et les rhum blancs. C’est un choix personnel au vu des conditions actuelles. Car ces gens qui vous invitent alors qu’ils auraient voulu le passer, par exemple, avec quelqu'un d'autre, il faut leur éviter l’insupportable d’un second choix par dépit.
LE CORRECTEUR. — VOUS ÊTES SOUS AMPHET’ ?
L’ARTRISTE. — Actuellement non. Je suis sous accident cérébral.
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| estragon // 22:42 |
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De la blessure.
Il m’avait fallu lui tirer les vers du nez. Cette histoire de mail l’avait décidément secoué. Depuis, il ne parlait plus, hagard, le front collé. Il dit :
« Elle me demande sans cesse : à quoi tu penses ? Qu’est-ce tu veux que j’réponde ? Que l’espoir est en fuite ? Que chaque jour je m’en dévide un peu plus ? Que je suis perplexe ? Que les démons reviennent ? Que je ne crois plus en elle, ni en les hommes, ni en l’amour ? Que je croyais avoir une attache, mais que finalement elle est risible ? Que je ne vaux rien ? Pas une cacahuète ? Pour personne ? De mes liens familiaux ne reste qu’un fil à la dérive dans le labyrinthe d’une benne à ordure, je croyais avoir au moins une attache… elle n’existe plus. — Jean-Taule, tu vas loin ! Tout de même, il y a des preuves ! — Des preuves de carnaval ! Des garnitures ! J’ai le cœur brisé. Je n’ai même plus envie de rentrer chez moi - mais il fait trop froid. — Mais enfin Jean-Taule !? — Rien. — Tu vas me le dire ? Flaque silence. — Avais émis l’idée qu’on passe cette soirée ensemble… En face de moi il n’y eut que blanc silence caoutchouteux qui s’étira morne et blême pendant des semaines. Au fond, ça n’avait été tout du long qu’un silence gêné, empli de malaise, mes sens ne m’avaient pas trompé. Je ne suis rien. La femme, en vérité, avait ressassé le passé, elle s’était dit que par un hasard miraculeux, elle pourrait peut-être retrouver l’autre pour le premier de l’an. Elle avait même fini par lui proposer. Moi, en attendant, j’étais toujours dans l’attente d’une réponse. On s’en foutait pas mal. Ne l’oublions pas, je suis une cacahuète. — Jean-Taule… — SI !… JE N’SUIS QU’UNE CACAHUÈTE !… — Jean-Taule enf- — JE SUIS UNE CACAHUÈTE ! — Et alors ? — Alors, au vu de ma nouvelle dénomination LA CACAHUÈTE ! j’ai décidé de passer le premier de l’an avec l’ombre de moi-même. Plus rien n’a de goût. Moi, face à un fantôme, je ne suis rien ? C’est donc ça, la finalité de mon amour ? Quand on songe que les milliers de couleurs en mouvement que l’on offre chaque jour ne sont rien face aux passés morts !... Et je te signale que ça n’arrive pas qu’à moi : Pille, ça a duré comme ça quatre ans avec son veau !… À croire que nous soyions affublés d’une malédiction : le mépris du don de notre personne. Non, nous ne sommes pas des martyrs, mais une nouvelle forme très élaborée de CACAHUÈTE HALLUCINÉE ! LA CACAHUÈTE DÉCIMÉE ! qui pend au nez en bord de cocktail !... au cœur qui pend en lambeau au milieu de ses tripes !... J’ai froid. — Tiens, lui dis-je, bois.
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| estragon // 22:41 |
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20.12.04
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always on my fucking way
On my fucking way
Je connus Jean-Taule peu de temps après ma rupture avec Alicia Marty. Il était courbé sur un verre, au milieu d’une foule, au milieu d’une pièce – ses épaules fuyantes vers l’avant – môme fautif, il les ramenait de quelques petites secousses vers l’arrière. Je notais chez lui un penchant rectilignement dirigé vers le col de son verre de vin rouge, sa langue comme une déclive mal assurée cherchait à remonter la pente le long du gobelet. Il m’effraya tout d’abord car il ne se relevait pas, penché au sein de la foule prêt à s’encastrer dans les corps pour toujours, son nez humant ce petit espace qu’il se confectionnait – cependant sa jambe droite était dressée de façon inquiétante vers l’arrière, comme un équilibriste voyez-vous, ou un homme prêt à reculer pour prendre n’importe quelle tangente pourvu qu’on lui en donne une, et moi je me demandais bien quelle sorte de tangente, tellement sa jambe était dressée en ressort spectaculaire. Là, sa jambe, comme un cheveu dressé hors de son postérieur.
Je m’ennuyais beaucoup lors de cette soirée, et jusqu’alors poussais beaucoup de petits cris afin de satisfaire tout le monde, c'est-à-dire pas grand-chose. Évidemment je n’y croyais pas, et me faisais l’effet d’un nourrisson qui cherche sa mère, ce qui était d’ailleurs le cas de la plupart des convives : nourrissons braillants, fumants, dégobillants. Moi, j'avais envie d’air frais, et de téter. Je m’étais avancé goguenard et sympa vers ce grand échalat de Jean-Taule et lui avais dit comme ça : « Tu cherches quelque-chose mec ? Il semblait effrayé. Il me dit : — On ne dit pas "mec", ça fait malpoli pour minuit. Je regardais ma montre : il était deux heures. — Vous avez des problèmes d’espace-temps, monsieur. — "Monsieur", c’est mieux, dit-il. — Et que faites-vous monsieur ? — Des choses et d’autres choses, répondit-il hésitant, l’œil farouchement ému, bordé d’un secret insoutenable. Mais ma principale activité en ce moment, c’est la rupture. — Tiens donc. — Je romps, c’est tout, insista-t-il d’un œil rond. — Et bien figurez-vous moi-aussi. Tout d’un coup, on avait un intérêt commun. On frétilla du bassin. — Votre rupture, elle est déjà achevée ? — Oui et vous ? — Non, elle est en voie d’accouchement. — Par voie naturelle… — Par césarienne. Rendez à César ce qui est César… — Et à pieu ce qui est à pieu. — Voyez-vous, je ne veux pas sentir la douleur, alors je bois du César Sirotteau. — Du César Bière au trot… On continua comme ça des heures, illogiques imbéciles, clapant de nos grandes mains d’huîtres l’œil des voisins, claquant de nos langues jésuites le vin blanc mal ajusté entre nos cuisses. À la fin, on fit la chenille se serrant fort les reins, décrivant de dangereux cercles autour des cons sans trique qui glapissaient l’œil retourné – il était cinq heures. Puis il dit soudain : — Viens, on va s’allumer ailleurs. Je le suivis et on claqua la porte. Quand je rencontrai Jean-Taule, je ne savais pas encore que j'étais à la moitié du chemin. Je pensais que c’était déjà la fin. Il faut dire aussi qu’à cette époque, tout semblait terni et sans lendemain.
J’aurais pu poursuivre cette amitié mais je le laissais coi et stupéfait sur le paillasson de la soirée, mes jambes à mon cou, dévalant les escaliers me mangeant le rebord de la rampe du rez-de-chaussée. Je me cassais un petit bout de dent, n’en avais cure et me faufilais dans la rue comme un gardon. Je souffrais à cette époque de dérivations neuronales, de ruptures secoussales, et par ailleurs j’inventais beaucoup de mots auxquels je ne comprenais rien. En un certain sens, je souffrais du syndrome de la fuite, ce qui ne me faisait absolument pas rire, car au bout de quelques kilomètres à fuir dans les rues l’estomac propulsé en avant comme une ogive thermonucléaire, je m’arrêtais soudain, perdu, sans savoir mon chemin. Probablement avais-je vu trop d’hôpitaux, ce pourquoi je fuyais dans la ville, de façon incohérente. Je fuyais, mais ne savais pas quoi. Ce qu’il y avait derrière moi. Et ce soir-là, j’avais couru comme un dératé, encore une fois, mes jambes à mon bout, ma cervelle barbouillant sans logique les rues du balbutiement de ses pieds. Et soudain un bras jaillissant m’arrêta le col, je freinais comme un âne sur la chaussée mouillée, je dérapais : Jean-Taule.
Jean-Taule m’avait rattrapé. Et je me dis en cette seconde, que peut-être était-ce Jean-Taule que je poursuivais depuis des années, que je cherchais, ou bien était-ce lui qui me cherchait, ou bien. Toujours est-il que je redescendais prestement de ma cervelle flasque et éclatée, et qu’il me dit brutalement : — Mon gars, faut te faire soigner. Je lui répondis : — Je sais, mais j’ai pas l’temps, ni l’argent. — Pauvre homme, dit-il soudain. Je relevais – coléreux – mon col et m’engageais sur les cloutés. — Oh… Non, non ! Je ne parlais pas de toi… dit-il. Vois-tu, aujourd’hui, j’ai encore lu un sale type. Oui, je suis agent littéraire et je… Puis il pleura entre ses mains. J’étais abasourdi de trouver une telle chute à ma fuite, ça ne m’était jamais arrivé : un agent littéraire. Tout de même. — Et ça consiste en quoi ? lui demandais-je. — À prendre 10%. Forcément. Tout de suite, c’était moins lyrique. Il releva la tête : — Viens, on va aller s’allumer ailleurs. Chez Jim Maurrisson, un auteur un peu secoué, je m’occupe de son cas.
Tout de suite, Jean-Taule, je le trouvais moins joli. Il me faisait redescendre d’un coup sur terre. Mais je n’oubliais pas ces gesticulades enfiévrées qui nous avaient cimenté les paumes pendant des heures, faisais confiance à mon instinct, parce que le corps trahit tout, et l’immense corps penché de Jean-Taule en ombre bruissante contre les murs, feu-follet d’obscurité, me faisait songer qu’il serait mon étoile, façon de parler, mais ainsi le ressentais-je à l'époque. Bien entendu, tout de suite après, me disais-je en me frappant le citron : Fais pas de chichis mon gars, on dirait Virginia Woolf. Puis je me mouchais bruyamment afin de taire ce brusque accès buccolique qui avait foutu des tas d'hirondelles dans mes yeux. Je n’allais pas bien à ce moment. De toute façon, je n’avais jamais été bien. Un coup de chaud, un coup de froid, un coup de rouge ou un coup d’aile de mouches : je n’étais pas bien. J’étais trop sensible et toute ma famille était décédée de cette maladie. Certains avaient fini dans un décor de carton-pâte. Moi, je fuyais donc dans les rues, ce qui n’était guère mieux, parce qu’entre le carton pâte et le béton une légère densité fait que dans le béton, vous vous y cognez le nez jusqu’à en saigner. Au moins, ma famille n’avait le nez qu’en coton-tige boursouflé. Je n’étais donc pas bien, et ce salaud me dit : — Tout de même, essayez de faire comme si on était dans un livre. Je dis Quoi ? Ahuri comme une interjection. — Mais enfin, ça nous pend entre les jambes ! Ça pend là ! ÇA PEND ENTRE NOS JAMBES ! PUTAIN T'AS PAS DE COUILLES ! Il s’énervait, mais le blanc tapait fort.
Je crois que de toute ma vie, et même si par la suite il me baratina encore et encore de ses sommets de mondanités sur la littérature, ce fut ce soir-là qu’il allait le plus loin – nous finîmes même par enculer une prostituée vers sept heures du matin. Oh, y’avait du bon chez Jean-Taule, notamment cette position soixante-huitarde dont il efflanquait son baroufle, un grand sourire cramoisi à l’extérieur de ses joues, quand il m’expliquait qu’il n’y avait bien que les américains pour parler de tout un peuple à travers eux, et qu'il n'y avait bien que les français pour parler de leur nombril à travers tout un peuple. — Tout de même ! Le Moi prédomine en France ! Le Moi prédomine ! Ça dégouline ! Je le laissais s’exciter un coup, me demandant quelle rue était la prochaine et la suivante de la prochaine et si ma fuite allait se trouver amputée des paroles d’un autre – qui me ralentissaient - pendant cent-sept mille saisons. C’est alors que tout d’un coup, il se replia en bigorneau tremblant sur le trottoir. — Me fais pas c’coup-là, Jean-Taule, lui dis-je, car je sentais ma fuite revenir en triangle dépecé contre mes conjonctives. Et là, Jean-Taule, il sonna comme spectaculairement intéressant à mes oreilles. Peut-être l’avait-il déjà été avant, mais ce soir-là, c’était bien seulement ces mots, qui suivirent, qui claquèrent comme une évidence : — J’ai fouillé dans sa boîte-mail. — Jean-Taule, relève-toi. On ne se connaissait pas beaucoup, mais je prenais déjà l’habitude, et ce pour toute une vie, de le voir replié en bigorneau racorni contre un mur, c’est ce qui caractérisait Jean-Taule, le poids du monde roulé en glace fêlée sur sa frêle ossature, il tremblait. — J’ai lu un mail… — Jean-Taule, enfin… Je tentai de le relever. — Elle ne m’aime pas. Elle a dit à l’autre : je suis folle de tes yeux, depuis sans toi mon cœur est mort à jamais et… oh vois-tu, ça courait entre les lignes, une envie de raviver l’autre pour qu’il revienne, une séduction sous-jacente… Un espoir, c’est cela, un espoir qu’il revienne. Et moi : des clous. — DES CLOUS, répéta-t-il comme un sourd. — Alors que faut-il faire, dit-il. Et il n’y avait pas de point d’interrogation. C’est ce qui m’effrayait le plus chez Jean-Taule, qu’il n’y ait jamais eu de points d’interrogation, mais de brutales terminaisons – nerveuses – nettes, décapitant l’espoir. — Mais je ne sais pas mon bon monsieur, dis-je en l’relevant. Tout de même, Jean-Taule, reprends-toi, tu le sais qu’il n’y a rien à faire. On aime ou on n’aime pas, on ne force pas l’autre. — Oui, mais que vais-je faire ? Parce qu’en attendant, je suis pour elle une béquille, dans l’espoir que son autre revienne. Et si elle n’a ni sa béquille – moi - ni l’autre, elle se tire une balle de ping-pong. Alors je suis obligé de rester là, souffrant de ne pas être aimé, de peur qu’elle se tire une balle de ping-pong. C’est inconfortable tout de même ; ajouta-t-il essuyant une larme amochée roulant bille sur son nez. — Et bien reste-là. Et ne te pose pas de questions. — Non. Je constatai qu’il titubait dangereusement en se relevant. — J’en ai assez qu’on ne m’aime pas, trépigna-t-il du pied. — Jean-Taule, je suis là. Ne fais pas ton enfant. — Non. Toi, j’te connais pas ! dit-il levant le poing, femme enceinte hystérique au ciel. — Tu sais, va falloir t’y faire, à ce qu’on t’aime pas. Et va falloir t’y faire à regarder la vie quand même. On nous a donné en naissant un cuisant besoin d’amour et la cuisante incertitude d’être aimé. C’est notre lot : l'incompatibilité des uns et des autres. Avec en plus la cuisante certitude que de toute façon on mourra. C’est pour ça qu’on a inventé Dieu mon pote, au moins lui, il t’aime sans regarder tes cheveux gras.
Forcément j'avais rien inventé, alors de toutes ces inepties Jean-Taule, il dégueula contre le panneau qui indiquait la Porte des Lilas.
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| estragon // 22:40 |
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Always on my ways
« J’étais donc tombé sur un mail écrit de sa plume, qui m’avait fait comprendre toute la tache à accomplir, c’est à dire qu’il n’y avait pas de tache à accomplir, et qu’au mieux, c’était moi la tache. Chaque jour était pour elle un combat à la vie, envers celui qu’elle aimait – pas moi, rassurez-vous. Moi, je n’étais que substitut sans importance, une graine de poussière éjaculée de ses chaussettes.
Tout de même, ce que vraiment peu de choses vous rattachent à la vie, si peu vous font sentir vivants ou si peu vous aiment vraiment. Ou peut-être si fort ne méritons-nous RIEN.
Car au bout d’un temps – spongieux – on comprend que pour d’autres, les attentions et les mots ne sont que des contours sans contenus et sont aussi naturels que de se brosser les dents le matin, rien de plus qu’un rictus naturellement travaillé depuis la naissance, une façon de faire imprimée sous la peau et gondolant de mille rides autour d’un réflexe dentifriciel, une bonne manière sans préférences, une garantie, une mise en plis fraîche et un peu idiote qui virevolte de bonheur devant tous ces choix possibles et inimaginables, sans jamais prendre de décision effective, comme celle d’aimer par exemple. Ils s’attachent à vous comme à un chien. Rien de plus. Vous étiez là, sur leur chemin, simplement. Mais vous auriez aussi bien pu être une vache, un adoucissant Soupline ou une mortadelle, qu’ils n’auraient pas fait la différence. Tout ce qui comptait à leurs oreilles, c’est que vous soyez gentil. Votre âme à la poubelle. De toute façon, ils nous l'ont dit : ils ne savent pas aimer.
Nous non plus, remarque, à force de ne pas être aimés. On finit par sautiller sur une jambe.
Cependant, relativisons. Il nous reste une fracture. »
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| estragon // 22:39 |
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19.12.04
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Ben non.
Oh écoute, c’était drôle… ce type, docteur, radiologue, calé en tout ce qui touche la région pelvienne chez la femme (sa thèse jouait la fière entre mes mains), je le voyais à travers le tissu, c’était à gauche, oui à gauche, garde à vous bien le long de sa cuisse, et oh, vraiment, pour une fois, une de ces quelques trop rares fois où je me fais plaisir, comme ça, en enfilant ce truc-là, tu sais, qui tient les bas, et qu’incroyablement gênée sur ma chaise par une douloureuse couture ma fort jolie dentelle décide au cours de la nuit de se laisser glisser incognito sous cette longue jupe, malgré le temps, pour une fois et en dépit d’une grande discrétion, l'imprévu de la rencontre n’empêcha pas qu’au petit matin à l’heure de mon retour l’esquisse des prolongations fasse que l’agréable surprise du garçon se montre proportionnelle à la gêne de mes articulations tendues, lorsque soudain ses pouces se retrouvèrent coincés entre les sillons de mes aines nues. Oui, c’était un premier dernier verre. L’homme aujourd’hui était de garde, il n’a pas dormi. Il n’a pas baisé. Ce que je suis vache…Je n’avais pas prévu, je n’étais pas conditionnée, pas dedans, cependant très opérationnelle, apparemment parée… mais d’un pur hasard, absolument. Non qu'il faille prévoir, loin de là, mais là justement, non. Hum... peut-être que j'le sentais pas... (??? pfff). Et tu sais ce qu’il me dit ? « Oh, ça ne te coûte rien, ça me ferait plaisir, j’ai très envie de te bouffer la chatte. »… putain. Ça tombe toujours quand on n’a pas envie. Physiologiquement, le corps était prêt ; j’avoue. Sans pulsation. Je n’y étais pas. - Tu sais, je peux être très disponible, mais j’suis pas là. Tu voudrais pas baiser un légume ? Tu veux pas qu’on baise juste pour toi, non ? parce que ça me coûterait beaucoup de faire semblant. - Ce serait toujours bon à prendre… oui, ça serait bien quand-même. - Forcément. - Attends ! Tu as vu aussi ce que tu portes ? C'est pas souvent ça ! - Oh, c'était pas prévu pour ça. Et y'en a plein les magasins, c'est que ça se vend, c'est pas si rare. Les infirmières, elles en ont pas sous leur blouse ? (sauvetage cliché) - Non, et puis ça dure un temps, à une époque, c'était tout ce qui importait, et puis à la longue... - Ben oui. - Je dirais une dizaine. Sachant cela tu divises par deux... voilà.
Il me soulève me coince et me porte à son lit. Non. Y’a pas. Le désir, même quand on le pousse, ne se commande pas. J’ai dû dire non au moins quinze fois, espérant qu’il cesserait de lui-même, quelle idée. Oh écoute, il faisait le bonhomme sûr de lui, persuadé de mon envie, je riais, dedans, qu’est-ce que j’ai pu rire putain, j’avais pas envie… j’suis pas violente, il était drôle, j’allais pas lui mettre une tarte, chez lui encore moins ! La politesse… est-ce que tu crois que ça rentre dans la politesse ?
« C’est toujours comme ça quand je ressens un truc très fort, et sexuel, que j’ai envie que la relation dure en plus, tu es très belle (à première vue c’est bien celle-là qu’il veut baiser, pas une lueur dans mon regard ; bon, y’en avait pas d’accord, mais.) Moi je n’ai rien à perdre, toi non plus et puis j’ai une bonne situation… mais bon, rien que le fait que tu sois venue, qu’on ait discuté, rien que d’avoir vu tes bas, de savoir que tu ne portes pas de culotte… c’est extraordinaire (non, c'est une coïncidence). Quand tu seras partie, tu seras toujours là, tu es un fantasme… ça me va, je suis bien, je suis content. Je peux voir ton cul ? » Bof. - Je pars. Tu veux dormir une demi-heure avant d’aller bosser ? que je t’appelle tout à l’heure ? - T’as pas mon numéro. - Tu peux me le donner. - Non, ça ne sert à rien. J’veux pas. - Bon. (je m’en vais)… - Hey ! Laisse-moi ton numéro sur un papier. Les jarretelles, sur soi, on les oublie vite, fais gaffe ; à partir de là, non n’est plus pris en compte. C’est cérébral, de part et d’autre. Sauf que non c’est pas gagné. Définitivement, on ne peut rien contre un bug psycho-assomatique. C’est une fois dehors que ça démange, de manière tout à fait impersonnelle. Merde alors.
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| polly // 20:57 |
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17.12.04
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On my way
Les miasmes de la conjugalité me font décidément penser qu’il n’y a pas d’espoir, que tout est foutument relatif et prodigieusement noir. Alors laissez-moi passer mon premier de l’an dans la déprime la plus totale et douloureuse, avec des spaghettis au calamar en guise de perruque et mes molaires pour seul balais de chiottes. Et ne m’aimez plus.
Merci de votre appréhension.
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| estragon // 22:39 |
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Opacités
Un matin où l’aube éclata, sèche grotesque dans l’air froid – un vomi de craie blanche que des fous tenaces avaient griffé de blessures au couteau. La carcasse de l’horizon creusait les visages ivres – le ciel pissait son linceul gris sur nos dépouilles et nous courbions d'effroi, le tronc las. L’urgence de fuir Paris éteint gris sans âme, inerte opaque, coupait court aux respirations, fine lame tranchante du froid hostile qui courait entre les vitrines bariolées jusqu’aux toits entrelacés, détériorant les gorges sectionnées. Les lumières, les feux, les chiens et les enfants engourdis d’un battement sourd, le monde s’était retiré, soudainement prostré en fœtus dans nos bras en guenilles. Au loin, le bout de la rue, et le froid piquait mon front de ses doigts rouges. On arriva vers le parc, un bout de chemin pour aller jusqu’au métro, planqué derrière un périphérique. Alors il y avait ce parc, et ses petits promontoires de choux-fleurs violacés et de feuilles mortes. Puis, planté roide comme un piquet, les joues livides et le regard vide : ce clochard figé en des positions surprenantes, balancements inquiets au dessus d’un bosquet et fixant les feuilles comme un mort. C’était saisissant, cet homme décomposait chacun de ses mouvements en huit temps, aussi il se paralysait en des courbes de luttes et des tensions de buste effrayantes, des poses tout à fait inhabituelles pour un vivant. Voyez-vous, comme s’il s’était arrêté de vivre en plein mouvement, figé d’un effort trop grand. Il coagulait, je crois. Je me disais qu’il devait être le monde, son réceptacle impuissant.
Je ne le détaillais que de mon œil gauche. Je passais à vive allure à sa droite. Il était là, pétrifié. Il regardait le mur, il condensait. Il était devenu le froid tout entier, une aiguille dressée dans l’air vif qui se plantait dans ma rétine. Vladimir dit : « Tu mets 24 heures à te remettre d’une nuit passée dans l’hiver. Le froid, c’est comme une peste, ça pousse en bulbon sous tes aisselles, ça ne te lâche pas, même quand tu trouves enfin un radiateur. Le froid, c’est une ruine au fer blanc, dans tout ton corps, le froid c’est une lame. Quand tu passes nuit et jour, sans interruption, dans – 5 degrés, tu claques ». Il me dit ça, brutalement, alors qu’on atteignait le métro : « Tu claques ! » Je sursautai. « Il va clamser ce type, il va clamser ! » ajoutait-il. Je faisais des calculs mentaux, j’avais pas beaucoup de sous, et deux duvets certainement c’était cher. Évidemment, c’était peu cher, compte tenu du fait qu’il allait clamser. À ce stade, on ne s’encombre plus de préjugés. Mais moi-même, je crevais la dalle. Alors je réfléchissais.
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| estragon // 22:38 |
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thématique du brâme
ESTRAGON. — Je t’… Je t’ai… Jetais… jette… jette… je t’… jette… je t’hais… Jet… Je t’ai… Je t’ai… Je t’ je t’ je t’… jeu… je t’… Jeu… JETTE THÈME !...
VLADIMIR. — MOITE AUSSI.
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| estragon // 22:37 |
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16.12.04
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Polly a soif.
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| polly // 20:56 |
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Hein ? c'est à moi qu'tu causes ?*
Un des portiers m’attrape et m’entoure d’un seul bras les épaules ; l’étranglement je pense n’était pas voulu (quoique ?) : « Zyva zyva Anne p’tain, j’kiffe les p’tits gabarits comme toi ! viens al ! tsé koi, tsé koi, toi quand j’vais t’prendre p’tain, oh la la oh la la… tu fais la fermeture avec moi ? viens tu fais la fermeture avec moi. »
BIS, chaque fois… que ce soit bien douloureux pour les oreilles...Un laboratoire sociologique, cet endroit… D'un bout à l'autre.
* – Vous me maudirez peut être un jour, je ne redoute que votre indifférence. Je pèlerai vos peaux ultérieurement, elles méritent toute mon attention. Embrassez moi et laissez Noël aux enfants que vous n'êtes plus. Il vous reste à constater avec quel instrument je suis le plus plébiscité… – … – (blablablablabla) (étalage d'habitudes et autres conforts, notice des caractéristiques et prédispositions) – C’est pour que jeu contredise le mensonge d’un adjectif qui ne vous définit pas que vous annoncez votre position ? Veillez à ce que la luxure ne vous use pas. – Soyez sans crainte, vous savez bien que cela n’est qu’artifice. Ne me sous-évaluez pas. – Amusez-vous bien. Ici l’ambiance ne se surpasse pas, tous les soirs se ressemblent, bien que j’aie noté votre absence généralisée. Ne m’y impliquez pas. – Vous avez tort, je ne saurai descendre alors que le trésor se trouve où il n’y a pas de chercheurs d’or. J’envie votre bobine et ceux qui vous croquent, vous devez être une succulente tartine. Je m’occuperai de vos patines. Faire éclater votre talent est ma seule intention. Ne me remerciez pas pour cette attention car j’y ai aussi un intérêt. Je veux vivre de plaisirs, vos œuvres m’en procurent. Si je peux en plus en faire commerce… Vos lignes épurées m’inspirent, vous le savez, abstraction faite de vos autres qualités. Comment vous côtoyer sans être tenté. J’aime déguster, c’est mon pêcher. – (n'importe quoi.) BLABLABLABLABLA ! C’est un monde, tout de même ! Faire commerce... zyva connard.
******* Louis, ne réponds pas.
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| polly // 20:55 |
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15.12.04
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Catégorisque
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| estragon // 22:28 |
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14.12.04
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Homeboyz
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| estragon // 22:27 |
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Oui,
je sais bien, et vous aussi, mais là je craque.
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| polly // 20:54 |
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Pose pas de question.
- Dis-moi un mensonge. - Je t'aime. - Salaud.
La mécanique des femmes, Louis Calaferte.
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| polly // 20:53 |
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...
J’ai été empruntée ; je me serai rendue l’année prochaine. D’ici là, je ne suis plus vraiment. Une bonne âme a réparé mon ordinateur. C’était la faute du graveur. Je n’ai rien perdu, sauf la musique. Beaucoup de musique, c’est difficile. À hurler toutes les nuits pour se faire entendre, comprenez bien, à ce rythme je me fous d’être comprise, j’explose mes cordes vocales, près des enceintes climatisées, le jour dans la poussière et dans le froid… alors le coma de l’engin, la disparition de la musique, et le voisin perçant les murs au-dessus de la chambre… le silence n’est pas beau ces temps-ci, de la folie du surmenage enrhumé, du bruit… on se cogne les genoux, les côtes dans le vide, on évite de frôler les gens en traversant les foules, le langage devient incohérent ; on se réveille toutes les heures en lieu inconnu, d’un oreiller rougi, persuadé d’être en retard quelque part. Le temps n’existe plus, les bleus poussent sur la peau et le sourire se visse jusqu’à faire douter de l’indisponibilité. Ceux qui vous aiment, qui convoitent, font part de leur patience ou plutôt de celle de leur insistance. J’ai encore un vieux toc qui dit forcément je suis désolée derrière non. Un mois plein l’est autant pour soi debout que pour ceux qui vous contemplent rampant bocal dans leur panier. Ça n’a pas d’importance parce qu’après. Hum, c’est pas très loin après, comme d’habitude. Le tout est de ne pas s’écrouler maintenant. Oui, c’était juste pour la paix, et le pire. À force, on ne vous demande plus votre avis, juste votre vie. Cet hiver, je me loue pour entretenir ma santé. Ça rend évidemment stérile. Après, bientôt...
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| polly // 20:51 |
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13.12.04
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sans titre
« Ni toi, ni moi, ni Céline n’avons fait plus qu’émettre des avis révolutionnairement incompétents, fortuits et ineptes, car tout juste bons à fleurir dans le contexte d’une époque. Contente-toi d’avouer telle quelle une haine gratuite à mon encontre, plutôt que de suggérer une argumentation inaudible. Le vomi, c’est pas fait pour les chiens. Les voyelles oui.
— De mes conséquences je repère l’ennui et de mes haines je dresse des procès, ajouta-t-il.
— De mon passé je ne cesse de déflaire, dit-elle.
— Mon futur je le broie. Il fut un temps, tu avais la Consonne canine et la cheville grossièrement éclatante. Ne tolère pas de tes revanches l’arbitraire, désosse-toi des tissus façonnés de nos langues, ce qui reste sous les gangues ce sont les voix. On apprend à parler, puis on apprend à marcher puis on apprend à courir. Comme un enfant découvre un hochet, tu t’es langue retournée puis retournée entre tes mains, quand ce qu’il faudrait c’est l’avaler, puis la faire marcher, puis la faire courir sur / ligne hors de soi. Tu la vois cette ligne ?... Elle est ces montagnes russes qui creusent des écarts entre tes doigts, quand tu les disjoins en éventail pour t’accrocher aux rebords convulsifs de ce monde épileptique broyé d’ondes de radio aux accents synthétiques. Alors… accuser de simples mots de n’être pas des révolutions quand tout ce que tu as fait jusqu’à présent n’était que te construire un habit de mots délicats pour te protéger du froid... »
Puis silencieusement, il baissa les bras et replia son pardessus bleu. Je me demandais ce que je foutais là, parmi ces charlots malingres qui plagiaient comme des singes le N’importe Quoi.
Soudain, soudain, soudain, Kill Bill entra. Tout cela commençait à sentir une sale odeur de souris. Il était temps que je prenne la tangente.
Signé : Joutatil, l’homme qui ne comprenait que les nuages.
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| estragon // 22:36 |
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11.12.04
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Dialogue de goûles - 3
« Enfin tout de même monsieur, vous partez sans prévenir, vous ne me baisez plus, vous ne m’appelez pas, vous faites comme bon vous chante, vous draguez tout ce qui bouge quand enfin on sort, sans vous préoccuper de ma personne après trois jours que vous passiez dans le silence, suite à deux autres jours où vous disparûtes sans une explication – « chez vos parents », étiez-vous, laissez-moi rire – alors n’espérez tout de même pas que la confiance de mon cul reste assise sur une chaise. »
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| estragon // 22:35 |
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10.12.04
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ZAT
Bien entendu, les tragiques offrent l’immense visage d’une farce nostalgique. Ces hommes penchés de rire, dont l’intuition incisive de la mort les rend trop déraisonnablement mortels, et dont chaque rire n’éclate que pour mieux assécher leur naufrage. Et quand ils rient d’eux-mêmes, cette atroce souffrance d’en voir rire tant en choeur avec eux, tant qui ne se doutent jamais que l’impulsion de ce rire fut la cassure d’une condition, ce contexte qu’on nous impose, éternel prétexte à nos solécismes. Et l’Homme penché, de son rire sourd, si bon et si merveilleux, mais la gorge âcre d’une soif inconsolable, les contemple ceux-là, qui rient à gorge éventrée, ne lui témoignant aucune gratitude d’avoir ri si fort de lui-même parce qu’eux-mêmes ne savaient pas rire d’eux.
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| estragon // 22:34 |
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Le petit monde des flops - épisode 1
LES 28,47. — Jeune fille… (nous prîmes les devants). Nous savons que vous voulez être en haut de l’affiche. Nous l’avons compris. Cet irascible désir d’être lue, connue, merde, on comprend, ça arrive même aux plus clairvoyants… LES 28,47. — Jeune fille, vous m’écoutez ? Elle ne répond pas. LES 28,47. — Écoutez jeune fille… Déjà, on l’aime pas des masses l’endroit où vous travaillez… C’est quand même une boîte de tartignolles, avouez-le. La seule fois où on s’y est pointés, des cheveux longs hystériques méfiants ont pointé du doigt un post-it sur leur ordinateur en nous disant hautainement : "J’ai noté les titres de mes trois futures nouvelles, des fois que je les oublierai, zihihi… Regardez : ma petite liste de trois nouvelles"… Nous passerons, jeune fille, sur notre analyse de la situation, mais nous sommes jurés de ne plus foutre une seule once de notre basket dans un endroit où les auteurs faisaient des petites listes de courses sur des post-it. Les tripes n’ont rien à voir avec Félix Potin. Elle relève enfin le nez. LES 28,47. — Écoutez, voilà. Au nom de toute la communauté des idiomes, même les plus rances, cessez de vous ridiculiser. Enfin mademoiselle, quel âge avez-vous ? Acceptez l’éphémère ! Nous savons que vous avez écrit ce texte ! Vous n’allez pas le placarder sous notre nez du matin au soir ! Nous l’avons lu votre texte ! Nous savons que vous existez ! Alors s’il vous plaît ! Faites comme tout le monde ! Quand vous pondez, cessez de modifier l’heure, afin d’apparaître en haut de l’affiche matin, midi et soir pendant trois jours ! C’est insupportable à la fin ! Tout de même ! L’éternité, ça ne s’impose pas, ça se gagne.
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| estragon // 22:33 |
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les 28,47
Je cherchais à ne pas me croiser, car c'eut été trop dur, moi qui étais tant d'autres, de nous contempler. On était plusieurs. 28,47 exactement. Le 29ème était en suspens. On n'avait jamais très bien su qui il était, parce qu'il ne parlait pas. Il nous contemplait, il disait rien, je crois qu'il supportait pas nos gueules lui non plus. Il se marrait bien en nous regardant nous détruire, il savait bien que la vie c'était pas ça, il savait bien que la vie c'était se regarder dans la glace. Et moi j'aurais voulu qu'il dise, qu'il nous dise : c'est pas la peine de scruter ainsi les sous-sols, c'est pas la peine de vous laminer la gueule, c'est pas la peine de flâner trop près de la bordure des quais, ni de frôler les voitures. J'aurais voulu qu'il l'ouvre sa gueule, mais il disait rien, il laissait faire, je crois qu'il était mort. Il nous avait laissés dériver, nous laissant plein d'un grand vide, dont la mesure exacte était 0,53%. Il nous manquait 0,53% de nous-mêmes, et on ne savait pas très bien en quoi ils consistaient. C'est pour ça qu'on cherchait. Qu'on cherchait dans les yeux des autres, des fois que ce soit eux qui nous les aient volés. On cherchait partout, on furetait comme des loups, on avait les babines ensanglantées, on râlait, on bavait, on sursautait, on touchait, on frôlait, on voulait, on voulait, putain qu'est-ce qu'on voulait, putain qu'est-ce qu'on s'en voulait... et qu'est-ce qu'on s'en voulait de s'en vouloir...
Qu'est-ce qu'on n'en voulait pas de nous.
Et qu'est-ce qu'on ne volait pas.
On volait pas, parce que cette quête nous plombait l'envol, nous cimentait au sol. On était notre propre cercueil, enfermés dans notre propre peau, courant après un ridicule pourcentage de nous-mêmes, qui n'avait jamais voulu exprimer son opinion.
L'inachevé 29ème, on le secouait de toutes nos forces, on l'aplatissait contre le mur, on lui foutait des mandales, on lui bourrait la gueule, on le faisait vomir dans les chiottes à midi, tellement il en pouvait plus de rien bouffer et d'avoir trop d'alcool dans le sang... On lui avait tout fait au 29ème, mais rien à faire, il se taisait toujours, il se marrait toujours, il avait toujours un grand sourire blanc... Ce qu'on se disait, c'est qu'en fait, il était peut-être parti depuis longtemps et que chaque coup, que lui infligeait chaque larme de notre corps, n'aurait jamais pu le réveiller.
Ce pourcentage inconnu de nous-mêmes, on avait fini par se mettre à genoux devant lui, on lui avait crié :
— Mais dis-nous, dis-nous qui tu es ! Dis-nous si on va s'en sortir ! Dis-nous, dis-nous pourquoi les nuits sans fin dans les caniveaux, les cheveux sales et le corps qui claque, dis-nous pourquoi le bordel grandissant autour de cette ridicule enceinte de nous-mêmes ! Plus on se rétrécit, plus le bordel autour augmente ! Dis-nous pourquoi les humains nous baisent le soleil ! Dis-nous pourquoi on n'y peut rien, DIS-NOUS POURQUOI ON N'Y PEUT RIEN !
Bas était la question.
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| estragon // 22:32 |
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Corpuscules désorganisés
"Jeune homme, désorganisé et à tendance asocial, aux chicots désamorcés et à la gorge bruitiste, rechercher jeune fille vocalement désaccordée et inapte au travail sélassantaire, ne comprenant pas les langages jaunes, attirée par les endroits exigus et humide, supportant joguingue, mules et marathons télévision, approuvant caresses viriles, oreilles grasses et coudes flasques, peu demandeuse en relationnage de contact et lourde, surtout au niveau du sommeil ; appréciant la redéco à base de fluo et de journaux, les soirs sombres, le carrelage froid et en damier, respectueuse des conseils avisés et de l'observation du sol, ouverte à la découverte de la nature et des racines, randonnées-trekking en Cuizin-Saldbin Sous Boue, Paul-Loup Sulitzer et la vie de Paul-Loup Schweitzerenstein, le silence des petits espaces hermétiquement clos, les gentilles émotions, aux yeux grand fermés sur la vie et les bergers allemands. Devise 'Silence et dors" recommandés. Signes particuliers s'abstenir."
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| estragon // 22:31 |
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Dialogue de lutte
— Ceux qui sont sous ton nez, tu ne les vois pas ! Tu n’es pas dans le vrai ! Tu n’es pas dans le vrai… — C’est frais, lui répondis-je.
La situation dura ainsi 4 ans, puis, au bout de ces 4 ans, se détendit comme une corde raide dans un camion-poubelle.
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| estragon // 22:30 |
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9.12.04
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factice faciès
Le drame qui nous a toujours sous-tendus, n'a jamais été la honte d'être un homme mais plus exactement la honte d'être nus, non pas dans l'acception physique du terme mais dans son acception la plus abstraite : la honte d'un privé, rendu soudainement accessible, vendu, déterritorialisé et que tout le monde pointerait du doigt, riant à gorge déployée. La honte de ce que nous savons irrémédiablement laid : les envies espérances et rêveries, les petites angoisses et les grandes avidités, bien souvent richesse ou reconnaissance, écueils bien mal digérés par nos orgueils nouveaux-nés. Nous sommes susceptibles de nous-mêmes. Plus que tout et plutôt que de nous dire vraiment, nous préfèrerons toujours nous cacher sous des faux noms et des faux semblants, bien souvent de fiers mots, pétris du mépris de tout ce qui n'est pas nous, pour mieux oublier ce que l'on est au fond, ce qu'on n'a jamais pu être. Nous trempons dans le mensonge de notre propre considération, depuis la première seconde où notre oeil méfiant cligna dans le berceau, peu rassuré de ce qui l'entourait. La honte d'être nu qui parfois fait préférer à la vie, les surfaces bien pensantes et propres, lavées à grande eau de Connaissance. Convenir est le maître mot du monde, ou ne pas convenir avec grand fracas, ce qui est à peu près la même chose. Car revendiquer quoi que ce soit de sa personne est déjà faire partie d'un système. Le système est par définition la mise à prix du corps, soit, faire de tout ce qui vous constitue une valeur marchande, vos paroles n'étant que la plus-value de vous-mêmes. Ceux qui sont libres sont ceux qui se taisent, car ceux qui se taisent sont ceux qui se savent.
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| estragon // 21:00 |
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Hystéria
16h30: arrivée. Pièce vide. 16h36: découverte du Canadou. 1 verre de rhum cul sec afin de noyer la douleur. 16h47 : méditation sur la lâcheté. 16h53 : 2e verre de rhum cul sec afin de noyer la douleur. 17h01 : méditation sur l’expression in the blood for love. 17h02 : méditation sur la lâcheté. 17h05 : 3e verre de rhum cul sec afin d’éradiquer la douleur. 17h07 : douleur physique diminue. 17h10 : prise de décision. Prise seulement. Décision non effective encore. 17h11 : mais comment rendre les CD ??? 17h12 : 4e verre de rhum. Pensée subreptice envers l’épicier du coin. 17h13 : pourquoi l’épicier est-il au coin. 17h15 : je te remercie infiniment. 17h16 : 5e verre. À ta santé, connard. 17h20 : we’re fucked. 17h25 : rectification : you’re fucked. 17h30: je te souhaite de la lever. 17h36 : pendant que je noie la douleur dans des verres. 17h40 : always fucked. 17h45 : quand je lus en 4 heures l’intégrale de Beigbeder, je me fis la soudaine réflexion que cet homme écrivait pour un public d’ados. Passé la vingtaine, son humour ne fait plus rire du tout. Passé 30 ans, à peine sourire. 17h50 : NIMES (AP) - Le président Jacques Chirac est plus que jamais un vigoureux partisan de l'enseignement professionnel: la France a besoin "de gens qui savent faire quelque chose, pas seulement de théoriciens fumeux", a-t-il lancé lundi lors d'une réunion de travail sur la sécurité à l'école à la préfecture du Gard, à Nîmes. 17h51 : un pouvoir politique désastreux prolifère mieux sur un peuple éteint et ignard. 17h52 : les régimes fascistes s’attaquent aux intellectuels en premier. 17h53 : fait récent observé en France : sucrage de plus en plus fréquent du RMI dans les professions artistiques tandis qu’il est sans problème accordé aux ouvriers. C’était un rapide et simplet résumé de faits bien plus complexes. 17h55 : Bordas, Nathan, livres scolaires aux mains d’un seul homme. Ernest-Antoine Seillière, pape fendard de l’ultra-libéralisme. 17h56 : merci de ton soutien. 17h57: la vraie créativité dans un régime ultra-libéraliste n’a pas sa place. 18h59 : RENDEMENT. 19h00 : ALORS SI L’AMUSEMENT TE PRENAIT DE DEVENIR UN JOUR ARTISTE… 19h03 : …SACHE QUE C’EST SOUS CERTAINES CONDITIONS : « Où ? Au Palais de Tokyo… Quel type d’oeuvre? Graphisme, photographie, illustration, court-métrage, accompagnée d’un titre incluant les lettres h et p dans cet ordre. Expression libre, mais sont à éviter le politiquement incorrect, les registres trash/érotique/pornographique, et les connotations religieuses. » (vous trouverez ces explications dans le popup cliquez ici pour les informations techniques, la phrase en rouge, là, oui, la petite phrase sournoise.) 19h04 : Changeons de pays. 19h05 : Honte à toi, Palais des Toqués. 19h06 : surtout, veille à ce que chacune de tes créations soit conforme à (la tiédeur ambiante, si tu manques d'idées) SINON : PAS DE PROFIT. C’EST COMPRIS ? 19h07 : 6e verre cul sec. La douleur physique s’estompe, mais une cuisante certitude dans le terrain fangeux de mon esprit. 19h09 : méditation sur la lâcheté. 19h11 : résumons. Ça ne bougeait pas assez vite. Et malgré la douleur morale et physique de celle-ci, il ne songeait qu’à se taper une black. 19h12 : les culs blacks sont infiniment plus intéressants. 19h13 : alternative optionnelle : disparaître de la circulation. 19h15 : 7e et 8e verre cul sec. 19h17 : surtout, ne jamais, jamais compter que sur soi. 19h18 : Today I’m falling into a bird. 19h20 : que faire. 19h21 : 9e verre, cul trempé cette fois-ci. 19h22 : doit-on pardonner l’abandon et le manque de solidarité, l’indifférence à la douleur de l’autre, la fuite, et une basse préoccupation envers ses propres et uniques intérêts ? 19h25 : you’re fucked, I’m sad, cultivons notre jardin. 19h26 : je te remercie une nouvelle fois pour ton soutien. 10e verre cul trempé. 19h33 : soudain, je me dis que pourquoi pas, L. Après tout. Qu’est-ce qui me retient maintenant ? 19h35 : hein ? bon. L. 19h40 : le Journal de Bridget Jones est le livre le plus con qui ait jamais été écrit dans l’atmosphère terrestre. CON-FOR-MISME on vous dit. 19h41 : Ce perspicace petit texte, que je me permets de recopier ici. « J’ai le regret de vous annoncer que l’autofiction n’est plus "tendance". C’est Lire, le magazine de la littérature conformiste, qui nous l’apprend dans sa dernière livraison. Apparemment, personne chez eux ne s’est rendu compte que l’hyperréalisme façon 11 septembre et l’autofiction sont les cornes d’un même animal obtus, le réalisme quotidien individualiste (comme on a eu un réalisme socialiste). Ce réalisme a l’immense mérite d’être simple à fabriquer (encore plus simple que le réalisme socialiste). On remplace son regard par la chose regardée. "Oh! un flipper!" s’écrie l’écrivain réaliste, tout estomaqué de découvrir un flipper dans un bar, et il nous sert une description minutieuse de ce rare phénomène. "Oh! une agence de voyages!" et le voilà qui recopie scrupuleusement la longue liste de voyages proposés. "Oh! un gros attentat à la télévision!" et dans sa fulgurance il se dit que les victimes n’ont rien vu venir… C’est inépuisable et ludique. Le monde est rempli de merveilles littéraires qui ne demandent qu’à être cueillies. Petit veinard d’écrivain réaliste! Il n’est jamais en manque d’inspiration. "Oh! Je bande!" Matérialiste jusqu’à l’insignifiance, nombriliste et fier de l’être comme les plus débiles performances de l’art contemporain, le réalisme quotidien individualiste passe son temps à flatter le lecteur en calibrant son univers littéraire tantôt sur le night-club du coin, tantôt sur l’actualité (télévisuelle de préférence). J’y reviendrai à ce réalisme-là, je ne le laisserai pas tranquille. C’est une question d’instinct de survie. Il me déteste, je le déteste. S’il pouvait me tuer, il le ferait. Déjà, on [Frédéric Beigbeder dans Windows on the world, ndlr] met en exergue cette citation de Tom Wolfe, le garde-chiourme: "Un romancier qui n’écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l’époque où nous vivons." Papa Jdanov [troisième secrétaire du Parti communiste d’URSS, qui veilla au respect de la ligne définie par le Parti dans le domaine des lettres, ndlr] n’aurait pas mieux formulé. Quant à Papa Staline, l’espiègle, n’a-t-il pas lancé dès 1932 son "Ecrivez le réel", mot d’ordre repris plus tard dans les statuts de l’Union des écrivains soviétiques: "On exige une représentation de la réalité qui soit vraie et historiquement concrète." On a la littérature qu’on mérite. » © Iegor Gran, Tintin au pays du réalisme individualiste, Libération, 6 septembre 2003. 19h48 : passons au Cabernet. Froid dans le dos, pas faim. Douleur se réveille. 19h51 : Tristan No a changé de prénom. 19h53 : Bien. Vu le dégoût ressenti par cette suite d’événements sordides, en 24h, il est clair, maintenant, qu’il m’est impossible de surmonter la --------. 19h55 : que les choses soient claires : tout cela me fait mourir de rire. 11e verre, cul sec. Nous avons décidé de placer l’heure à la fin de la phrase : 19h57. 19h59 : folie étatique, moutons de panurge. 20h01 : piètres analyses, manque de concentration, camps de concenpénétration. Quant au Monde, un gigantesque paquebot qui s’écroule. Bien fait pour ta gueule. T’avais qu’à faire comme Métro. La meilleure propagande s’effectue dans la gratuité. 20h03 : rappelez-moi de. Et puis surtout de. C’est important. 20h05 : sinon ça va mieux, mais je. 20h06 : bref. 20h36 : Ah. Et sinon, demain, c'est mon anniversaire. Je le passerai, seul, sur les quais avec une bouteille de vodka. Bien fait pour ma gueule. N'espérez pas que je réapparaisse. C'est tout à fait hors de propos vu les conditions actuelles. Et je me permets d'ajouter à tout ce cirque une nouvelle insulte de mon cru - bien que je sois quelqu'un d'extrêmement poli, au vocabulaire fort développé : "je vous encule à sec avec des graviers". Fin de la citation de l'espèce humaine. Et que la personne qui est en train de m'appeler cesse immédiatement. Je ne décrocherai pas.
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| estragon // 21:00 |
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Intermède
L’Humanité, cette pute qui de ses cuisses, vous accouche directement dans une tombe.
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| estragon // 20:58 |
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L'anomal
Il y a des jours comme ça où j'oublie mon visage, sur ma table de chevet, entre mon dentier et mes médicaments, des jours où je ne pense pas, où je m'en fous de ces combats, des jours où errant je redeviens innocent. Ces jours-là, je n'ai sur les traits qu'un tain sympathique. On s'arrête devant moi, me salue familièrement, on s'ajuste humblement en me regardant sans convoi, sans volets. Ces jours-là je suis un reflet, je suis même, je n'existe pas. Ces jours-là je suis d'eux, je n'ai pas de réponse. Ces jours-là je suis leur certitude inoffensive. Moi je croise, je penche aimable la tête. Et quand j'ai assez réfléchi, je me pose sur un banc aux rebords d'un étang et j'attends, jusqu'à ce que les pigeons me reconnaissent Roi et me picorent les pieds et les mains comme on avale un miracle. Mais je ne sens rien, ne suis que molécules d'eau sous des rayons vagues, et chez moi mon visage garde patient le dessin apaisé du sommeil. Ces jours-là, le soleil ne me gêne pas.
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| polly // 20:50 |
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8.12.04
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Who cares 6.
Au fin fond de la petite ville tranquille de Boulogne-Billancourt, au milieu d’une jolie petite rue sale et grise, où parfois le matin les pépiements de volatiles mélodieux se mêlaient aux camions-poubelles qui vidangeaient : un petit immeuble, humide et gondolé, craquelé à ses entournures, abritant une ravissante et silencieuse communauté qui promenait ses chiens ses enfants et ses Twingo à heures fixes.
Un beau jour vers le milieu du mois d’août, un individu de sexe non identifié s’installa au rez-de-chaussée de la petite communauté.
La petite communauté se couchait à 9h du soir, car elle devait se lever tôt pour promener son chien.
Peu à peu, dans le silence religieux de la petite communauté, ponctué tout de même des jingles du 20h, monta le mélodieux chant du Wu Tan Clan.
La petite communauté tressailla.
Il eut été de rigueur que l’individu poli de sexe non-identifié s’acclimate aux habitudes mortifères de la petite communauté, dont le chien, par ailleurs, aboyait d’une façon si terrifiante et si perçante, que l’on était glacé d’effroi jusqu’au dernier jeudi du mois. « Ce n’était pas un chien », se disait-on, foudroyé de cataplexie, les paupières révulsées et l’œil blême devant l’écran d’ordinateur – on eut dit les vagissements d’un porcinet que l’on égorgeait en plein mois d’août sur une banquise truffée de balles. Ce chien était tout droit sorti de l’Échelle de Jacob. En comparaison des cris de cet… - ce n’était pas un chien - sans nom, le Wu Tan Clan avait toutes les qualités d’un big bang orchestra.
Quand la chose aboyait – ce qu’elle faisait abondamment tous les jours – l’épouvante pétrifiait même les portes blindées.
La petite communauté frappa plusieurs fois à la porte de l’individu de sexe non identifié, qui, même si le Wu Tan Clan ne hullulait que sous le volume record de 3 sur l’échelle de Sony, et que PAR AILLEURS IL N’ÉTAIT QUE 21 HEURES, l'individu de sexe non-identifié répondit donc, en un mouvement lâche et souple, comme vaguement préoccupé d’autres choses que les visages cramoisis, flasques et sans vie de ses voisins : « Oui oui, je baisse ». Ainsi trois fois il leur ferma la porte au nez, puis baissa jusqu’au volume 1, s’acclimatant aux soucis précoces de leur soirée névrosée, mais se demandant si pour vivre ensemble, il fallait aller jusqu’au volume zéro.
C’est quand un deuxième individu de sexe outrageusement identifié, un bonnet gris enfoncé sur le crâne, une parka beige sur l’occiput, un dard au bec leur répondit un jour, en ouvrant la porte : « OUAIS, QUOI ? » que la petite communauté se mit à pisser de peur sur les jantes de sa Twingo - cependant elle n’était pas seule, les aboiements de l’Échelle-de-Jacob la soutenaient et pissaient sur la même Twingo.
***
Après que madame Baudu, de son premier étage, ait vu l’individu de sexe outrageusement identifié escalader le haut portail donnant accès à la cour de l’immeuble (car ce matin-là, les fenêtres de l’individu-poli-de-sexe-non-identifié donnant sur la rue étaient fermées, il dormait à poing serrés et ne répondait plus aux cris de l’interphone) c’est après que la paupière mince et ourlée de madame Baudu, plissée sur sa bulle méfiante vit un huluberlu à barbe de trois jours escalader le haut portail puis sauter dans la cour) c’est après ceci que Vladimir dit :
« Ça y est. Maintenant, ils savent. »
Ils savaient tellement, qu’en nous voyant dans le couloir de l’immeuble, ils rampaient à terre dans leurs tenues de camouflage, se confondant avec les boîtes aux lettres et le carrelage en damier. Ils glapissaient, ça mourait dans leur gorge comme un petit sourcil pointu. Nous, on continuait à être polis, on disait bonjour, on avait un peu peur. Ces gens, tout de même, étaient bizarres.
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| estragon // 22:29 |
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Who cares 5.
"J’ai le suicide en noeud papillon. En attendant, je coule des jours heureux. Je les coule vraiment."
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| estragon // 22:28 |
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Who cares 4.
Il tortillait entre ses doigts, puis léchait puis déconstruisait. On bavardait, comme ça. — Plus petit, tu étais plus bavard, n’est-ce-pas ? Je l’ai lu, dans tes bulletins scolaires, que tu étais un « incorrigible bavard ». — Infiniment plus bavard. Puis il lance l’avion en papier qu’il vient de confectionner dans les airs. Celui-ci retombe en un petit chuintement crispé sur le carrelage. — C’est curieux. Je n’arrive pas à t’imaginer bavard. Il trifouille le papier blanc et marmonne : peut-être qu’en alourdissant le cul de l’avion, il volerait mieux, qu’en penses-tu crapule… Puis ajoute : — Et bien si, pourtant… Avant je parlais beaucoup… — Pourquoi tu t’es arrêté, un beau jour, soudainement ? Comment peut-on s’arrêter de parler ? Il lance à nouveau l’avion. Il retombe.
— Je ne sais pas. Peut-être parce que je n'ai jamais su faire voler mes avions en papier.
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| estragon // 22:27 |
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Who cares 3.
Assez de parler à l’imparfait, j’en avais plus qu’assez !... Assez !... Je décidai que je ne parlerai plus qu'au futur !...
Je me prendrai probablement un mur.
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| estragon // 22:26 |
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Who cares 2.
« Jeune fille médiocre et muette, recherche homme à assommer. Dentition écorchée et langue édentée, parlant japonais, prêt à habiter dans petite taule avec bigoudis, suant du nez et éventuellement poli au lit, polisson du son ; sachant gérer affluence de store en bambous au réveil. Langue alerte, peu bavard mais incisif, pointant du doigt les nuages quand un mat soleil claque en flaque dans yeux de petite fille, peu farouche des pieds, frais comme un congélo, avec la possibilité de parler par signes – surtout pas de français – (toutefois apporter son propre dentifrice), avec grande bosse au milieu du visage, grande bosse surtout, grand gosse, sans cosses. Affinités particulières avec l’infernal bienvenues et aucune velléité à enfanter souhaitée, capacité à engranger silence plumitif d’un être multiforme et sans avenir, sauf celui d’un joyeux pont, impérative. Contacter Hach à l’adresse l_expulse@yahoo.fr »
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| estragon // 22:26 |
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Who cares 1.
C’est le devenir soi qui m’a toujours échappé. Ainsi, au bout d’un long et pénible chemin rectiligne, une miraculeuse coupe serait tendue à nos lèvres : le « soi », petit animal étrange par cette formule réifié. Puis il y a les autres, ceux qui insistent sur cette notion du reste toi-même surtout, onzième commandement de ce siècle, tentaculaire trouvaille, spectaculaire trouille. Rester moi-même, certainement pas, pas plus que je ne le deviendrai. Nous n'appartenons pas à des instants, tout au plus ne sommes-nous qu'un temps. Et quand bien même. Laissez-moi bouffer mon Big-Mac.
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| estragon // 22:23 |
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7.12.04
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Annale 43 - citation du jour
 Auréolé de la citation du jour, je me décidais à acheter un fusil d’assaut. Nous allons bien. Même un peu trop à notre goût.
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| estragon // 22:25 |
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Crash
Peu à peu, les gens me regardèrent bizarrement. Jusqu’au jour où ce fut insoutenable.
Je demandais à un passant qui passait : « QUOI ? QUOI CONNARD ? — Mais rien. C’est juste que vous avez une tête de blog. — AH OUAIS ? ET C’EST QUOI UNE TÊTE DE BLOG ? — Une tête de blog ? — OUAIS ?! — C’est un type, on sent, quand il bouge, que chaque mouvement de sa vie est une information cruciale. Tu vois : comme si à chaque fois que tu baillais, t’envoyais une dépêche.
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| estragon // 22:16 |
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Superlativité
« En avant » disait-il, j’éternuais d’la poussière. « En avant » il me poussait du pied. On devait rejoindre P’tit Vinaigre, mais on se perdait, les rues et les avenues déroulaient d’inquiétants serpents noirs quadrillés de lumières rouges. J’essuyais mes yeux. « Nous devons. » ajouta-t-il, j’entendis à peine.
Ça commençait à remonter le long de nos peaux, sinueux et sournois. On avalait des rues l’air froid pour ne plus sentir le tombeau sur nos cieux de colonnes en tremblante. Bien tout ce qui nous restait : collé à nos semelles, on ne s’en défaisait pas. Gluant et dégoûtant, flots étirés entre le pavé et nos chaussures : l’espoir de chacun de nos pas cisaillait les mains mortes des trottoirs. Je savais Jean-Taule chez lui dans une lumière mourante. Ça remonta d’un coup dans mes souvenirs : Jean-Taule, seul. Il ne fallait pas le laisser seul. Jean-Taule disait : « La liberté est ce que Dieu, haineux, a donné aux hommes. » Vladimir lui répondait : « Toi, tu n’as jamais été en prison. Tu ne sais pas combien chier à 15h, boire un thé à 16h, sortir dans la rue à 18h, tu ne sais pas ce qu’est la liberté, la liberté même de contourner un terrain vague, de humer ce terrain vague, puis d’y enfouir les doigts. Tu ne sais pas ce qu’est la liberté, toi qui n’a connu que ton confort et ton incapacité à faire de ta liberté une vie. » Et puis il y avait Pille, Pille Dedeuze, une mèche blanche hirsute dressée en rapt dans l’air froid, captant tout ce qui se meuvait sur, sous, mais surtout sur lui, les joues rapeuses et creusées, puis son regard anguleux, comme dessinant des angles droits dans chaque chose qu’il traversait. Pille Dedeuze, bien le seul de son époque, à faire de ses doigts des bontés.
On se resservit, sans trop de bruit, on était la p’tite misère, celle qui braille pas trop parce qu’elle a mieux à faire, comme entasser des piles de miettes de pain puis des piles de canettes qu’ont faim. Pille, toutes les nuits faisait de ses lectures des échappées d’horizons. Oh non, il ne s’enfermait pas le Pille. Il redessinait les prisons, les cathédrales, les capitales. Il disait : « Jamais je n’écrirai sur eux que modestement, et jamais dans un seul de mes textes n’interviendra mon nom. Quand on aime l’encre, le sang d’un autre, on s’efface, disait-il. On s’efface, quand un tant soit peu, on a compris notre pauvre chair, et que si notre vocation était de comprendre puis d’offrir en faisant comprendre, alors notre nom devait s’effacer, nos querelles et nos combats, nos mots de cours de lycées et nos cœurs de n’pas se lisser, notre nom devient bien moins que ce qu’on défend, quand on aime une cause. Et notre nom disparaît comme par piété envers ceux que l’on reconnaît. Et c’est pour cela que j’en hais tant. Je cherche entre les lignes, je cherche quelque-chose de rare, l’intelligence de la bonté. Quelque-chose que l’on n’invente pas, on ne peut ruser, c’est quelque-chose qui apparaît là, ou pas, sans que l’homme le sache ». Pille, ses yeux cerclés de rouge aux pupilles arides, asséchées de tant d’espoirs déçus, achevées de vomir tant de couleurs mal digérées, les couleurs du siècle, qui ne voulait plus bouger ni voyager. Il avait l’œil vif pour découper les êtres. Et moi je combattais. On le savait tous, on le savait tous, reconnaître cette chose. Au fond, certains le savaient. On n’avait pas besoin de logistique ni de références, on voulait prendre à plein nez le vrai d’un être, le renifler puis le manger, on voulait à manger du vrai. Du vrai, non pas la projection d’un être, qui voulait de cette projection être dans nos yeux. Le vrai d’un autre qui faisait vibrer, et donnait aux langues le goût de l’absolu, le goût de faire ou de défaire, mais il y avait bien quelque chose comme faire dans l’affaire. Et c’était mieux que de contempler ou d’ingurgiter grassement comme des oies. On voulait des interjections, des onomatopées, des relents et des courants, des intercepts, des courbes, des corolles mais surtout on voulait de l’inachevé dans ce qui avait toujours été achevé par les piètres perceptions, à construire, aboutir et figer ce qui ne souffrait pas cette mort, la mort par la pensée, l’ego d’un autre, quand toutes ces oeuvres n’appartenaient qu’à un seul, n’appartenaient à personne. Laissez vivre. Et quel mépris ressentions-nous pour ceux qui interprétaient, quel mépris, quel mépris tel, qu’il aurait fallu lui inventer un superlatif.
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| estragon // 22:15 |
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5.12.04
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De la Soul
Nous étions passablement irrités et jusqu’à minuit, reniflions le plancher. Vers minuit, brusquement, il releva le nez, me dit : « Sortons. » Car la situation était intenable. Je dis : « Es-tu absolument sûr de ne pas vouloir avoir… » Ne commence pas, claqua-t-il sèchement aux alentours d’une motte de beurre moite. Puis il brandit la botte, grommela à nouveau : « la situation est intenable » – il est vrai que nous étions collés au plancher, voire incrustés, lamentablement. Il dit : « mets tes mottes, bottes, on se casse ».
Jusque là, un paragraphe d’un ennui sans nom. Quelque peu aseptisé, irritant. Depuis l’après-guerre, on n’a que faire de ce type de narration.
On mit du temps à décoller – depuis notre enfance, nous avions des problèmes psychomoteurs pour tout ce qui appartenait à la thématique de l’arrachement – arrachement hors d’un lieu, hors d’un être, hors d’une chaise à roulettes – tout ce qui nous faisait comprendre la dramatique contingence d’un espace-temps indomptable. Nous ne comprenions pas les mots qui sortaient de notre bouche, mais c’était probablement mieux ainsi, car tout à fait adapté à la dramatique faune que nous nous étions proposés d’explorer au cours de la nuit. Par ailleurs nous avions répété le mot « dramatique » deux fois. Par ailleurs, et ce, de façon intempestive, nous commencions à nous agacer sérieusement à la fin de ce paragraphe.
Cependant, nous avons déployé certains efforts pour celui-ci. Bien que cela ne se voit pas à l’œil nu. Habillez-le.
Nous courûmes vers le métro Porte de Saint-Cloud. Nous saisîmes à mains nues un wagon fumant qui passait, passablement détérioré par des bêtes sauvages. Nous employions le mot d’usage à cette époque. Cette époque, c’était hier. Nous allons bien. Il était minuit trente. Nous avions passablement défié le temps et la RATP en pointant nos pieds dans les couloirs souterrains à cette heure si tardive, si risquée, sachant que nous devions emprunter une correspondance à Franklin-dRoosevelt. Mais nous avions dû préparer hâtivement une bouteille de whisky-coca en plastique avant notre départ, ce qui retarda notre sortie dans l’air dur. Le temps de humer, goûter, disserter sur le dosage de cette bouteille en plastique et, en passant, de s’en mettre un petit coup dans le paletot. Nous empruntâmes la correspondance en direction de Château de Vinsaigne aux alentours de la minute de l’heure de la minute de minuit 45. Nous sentions que nous commençions à saccager le troisième paragraphe. Dans le métro fumant qui passait, nous plaquions nos corps contre les parois ventrues du wagon, légèrement indisposés par une masse bruyante de lycéens qui chantaient tous en chœur très fort des chansons que nous ne connaissions pas – ce qui était souvent le cas à cette époque. Cette époque, c’était hier. Nous étions, je le répète, légèrement effrayés, surtout quand ils tapèrent du pied tous en chœur, nos mains serrant convulsivement les rebords d’un strapontin, sur lequel nous ne pouvions pas nous asseoir. Vers Champs-Élysée Clémenceau, les Tous En Chœur chantèrent Oh Champs-Élysées. Nous étions dans un état proche de la tachychardie. Mais le cachions bien. Nous nous faisions la réflexion soudaine, que le verbe cacher était – d’une manière imperceptible et sournoise- très laid dans le temps du temps de l’imparfait. Il méritait qu’on lui invente un passé parfait. Nous sentions que les bizarreries recommençaient. Mais rien ne se voyait. Nous allons bien.
Nous sortîmes à la station Laquais-Royal-Fusée du Louvre.
Brève coupure : [Par un hasard contreux, nous bénéficiions d’un accès illimité à une boîte dénommée le Cas-Barré, place du Laquais Royal. Parfois nous nous y sentions mal barrés. Mais ça ne se voyait pas. Nous arrivions roulés en petits paquets de fripes collantes, mal rasés et l’haleine glauque, au sein de la queue trivialement débordante jusqu’aux limousines égarées sur le bas-fossé. Nous stationnions patiemment au milieu de personnes dont nous ne comprenions pas la circonvolution acoustique – bien qu’on y eut reconnu quelques syllabes françaises mais rien n’était moins sûr - surtout quand elles faisaient de grands mouvements de crânes. Elles bavaient également. Nous ne comprenions pas non plus cette étrange vacuité de la vie, qui parfois plaçait sous notre nez des chaussures étrangement pointues et raffinées, dont la seule valeur eut pu nous payer orgies de repas pendant deux mois. Effectivement, nous avions faim. Nous avions tout de même sacrifié à ED l’Épicier 80 centimes d’euros pour une bouteille de faux-coca. C'est-à-dire du Cola. C’est pareil mais le logo est moins esthétique. Quant à la bouteille de Whisky frelaté, nous nous étions arrangés avec P’tit Vinaigre. En bref, dans cette queue érectile, quelques regards suspicieux se posaient sur nous : haha, ils ne rentreront pas, se disaient les teintures Aka 47. DANS TON CUL*. Le pissionomiste nous aimait bien – nous ne comprenions pas bien pourquoi – il faisait partie de cette tonne de gens qui nous aimaient bien, nous offrant des CD à la Fnac, des pains au chocolat dans les boulangeries, et des livres dans les épiceries, sans que nous ne les connaissions ni d’Ève ni d’une dent. Nous ne mentionnons pas les briquets offerts par notre tabatière, ces cadeaux-ci nous semblant suspects depuis que le tabac a augmenté et que de ce fait les files de ces gens qui font la queue pour mourir ont diminué. Rappelons-le entre ces deux points : nous sommes paranoïaques. Que les choses soient flair. Bref. Nous n’avouons pas ici qu’un rapport bien particulier nous unit au pissionomiste, rapport que nous avons bien cherché, mais qui aurait pu mal se finir. Nous saluons donc le pissionomiste, nous disons ça va bien, Vladimir tend sa main – quelque peu irrité par l’attente, au milieu de gens dont nous scrutons chaque parole avec grand intérêt, afin de nous acclimater à leur fraicheur. Nous sommes doués d’une bonne volonté et d’une grande bravoure.
Nous entrons dans le Cas Barré. Une foule monstrueuse et métastatique s’y déploit. À nouveau nous sommes collés aux murs, un peu inquiets. Les regards de certains hommes me lèchent les jambes – nous avouons une faute particulièrement frappante chez nous : la mini-jupe. C’est infâme, dégradant. Nous le savons. Mais c’est plus fort que Hulk. Nous sentons que nous commençons à ruiner ce paragraphe à l’endroit précisément où intervient Hulk. Nous allons bien.
Avouons-le : la musique est veule. L’oreille de Vladimir se plisse en de multiples petits endroits, je scrute ses craquelures. Le DJ, semble-t-il, aurait égaré ses doigts – nous dit un passant qui passe près du bar. Nous relatons là, la parole d’une tierce personne, qui ne nous engage en rien. Malheureusement, et bien qu’on lui ait longtemps galopé après, nous n’avons pu intercepter cette personne une nouvelle fois, pour lui demander son nom. Afin d’affubler son témoignage d’un c dans un rond. Ce que nous ne comprenons pas bien, c’est qu’en galopant, nous nous retrouvions toujours au même endroit, près du bar. Pourtant nous galopions fort. Ça faisait beaucoup de bruit. À un instant, Vladimir et moi nous percutâmes, nos mains voulant semble-t-il se raccrocher au même verre, du fait d’une flaque sur laquelle nous avions glissé. Nous nous accrochions au bar, nos jambes pendaient dans le vide.
J’étais chargé de la maintenance coopérative.
Brève coupure : [la maintenance coopérative doit être exercée par un individu de sexe moyen, apte aux crapahutages dans les toilettes. Cette activité en l’occurrence lui permettant de remplir deux verres vides d’une bouteille de whisky-cola frelaté en équilibre sur une lunette de chiottes. Nous signalons par ailleurs, que nous ressentons toujours une immense surprise, intacte et renouvelée, lorsque nous baissons le couvercle des chiottes dans les boîtes de cuis. Nous allons bien.]
Soudain.
Nous réalisons avec une infâme stupéfaction que le DJ est devenu incroyablement, spectaculairement doué. Nous avançons dans la foule, Vladimir enfonce son index dans quelques fesses – Vladimir aime contempler l’œil rond et étonné des « bourgeoises mal baisées » dit-il – qu’il appelle parfois aussi : « les cafards à biftons ». Ce n’est qu’une parenthèse, très certainement contestable. Mais nous ne sommes pas là pour contester, mais pour arriver au bout du huitième paragraphe, dans lequel semblerait-il, un suspense sans nom nous noie.
Soudain.
Nous réalisons qu’à l’endroit de la cabine du DJ, des flashes crépitent, des mains se lèvent, des caméras camèrent, des appareils photos phototent, des pétasses putassent. Nous apprenons que De la Soul est aux platines – de la Soul, groupe de rap new-yorkais, sévissant depuis quinze ans, animé de 4 (4 ?) personnes au demeurant fort sympathiques.

Nous ne sommes pas bien sûr du nombre 4, car les DJ se déplacent en troupe. Les moins connus n’ont en général qu’une troupe de deux personnes. Le deuxième porte la sacoche de vynils et s’assoit derrière le premier toute la soirée. De la Soul, donc, met le feu au plancher, nous évitons les flammes de justesse en nous cachant sous un pied. À notre droite, un fille à teinture demande à un type à tonsure : « c’est comme ça qu’ils font les rappeurs ? » Puis elle jette son bras en avant, deux doigts seulement levés, puis elle rythme la musique de son bras avec seulement un pouce et deux doigts levés. Le type à tonsure dit : « oui, c’est comme ça ». Puis la fille se met à agiter son bras comme les rappeurs. En cet instant, nous sommes gênés pour notre patrie. Mais nous le cachons bien. Quelques américains nous bouchent la vue en disant yeah, yeah, tandis que toute une catégorie bien précise de la population française, compte en banque arrimé au groupe l’Oréal, se trémousse en jetant ses bras et deux doigts levés en l’air sur les paroles d’un groupe de rap racontant la misère sordide et tournoyante des banlieues de New-York. Paroles que par ailleurs, ils ne comprennent pas, puisque nous le savons, les français ne comprennent pas l’anglais.
Nous nous catapultons contre un mur.
Vers 5h, Vladimir se dirige vers le groupe de la Soul, accroupi sur des banquettes. Il baragouine dans un anglais approximatif : « Je vous écoute depuis quinze ans… » L’un des tenanciers de la Soul prend Vladimir dans ses bras, de cette embrassade ronde et nette comme seuls savent si bien le faire les américains. Cette accolade qui vous fait croire pendant quelques minutes, que le monde est généreux et gai, prêt à vous aimer, quelles que soient les apparences, et ce, même si elles sont nauséabondes.
Pour tout ce qui est de l’analyse approfondie du caractère américain, veuillez vous reporter à Amérique, de Jean Baudrillard. Merci de votre tension.
À 5h, nous croisons un homme, que semble-t-il, l’un des textes d'une chose infâme que nous ne nommerons pas, a traumatisé, il y a fort longtemps. Il s’en souvient encore ! nous dit le bougre. Nos joues s’embrument et nous devenons soudainement très circonflexes. Nous replaçons ci-dessous, le texte ci-dessous infâme :
Le texte ci-dessous.
Vers 6h30, je disparais brutalement du Cas-Barré, la conviction urgente qu’il me faut sortir de ce lieu me ronge les tripes. Tandis que Vladimir me soupçonne d’être partie avec un homme, Polly me téléphone. Je ne réponds pas. Je suis en phase aérodynamique incontrôlée. Des phases à caractère imprévisible qui saisissent la jointure de mon cervelet. C’est mal. Nous allons bien.
Vers 8h, après des appels insistants via mon interphone que je n’entends pas, Vladimir escalade une haute barrière puis entre par la fenêtre dans mon logis. Je suis réveillé par un machin furieux et cramoisi.
Vers 14h, on me traite de petite salope. Nous le vérifions de 14h à 15h. Très choqués, nous sommes maintenant collés aux rideaux.
Vers 20h, nous allons bien, mais nous avons faim. Devant le spectacle grotesque qui s’offre à nous lorsque nous ouvrons le réfrigérateur, nous nous foutons des petites gifles bien enlevées, puis quelques coups de pieds franchement exagérés, et un pain posé là, malencontreusement, sur une plaque électrogène, jaillit en direction de mon oeil droit. Vers 21h, une jambe arrachée, un oeil crevé et l'arcade sourcillière défoncée, une petite voix nous dit que très certainement, nous irons de mieux en mieux. Nous poussons des petits cris de plaisir. Bien que cela ne se voit pas. Puis soudainement, nous disons : ta gueule, salope ! Bien que nous ne sachions pas pourquoi.
*Nous nous excusons pour certains excès de vulgarité. Nous appartenons à notre époque.
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| estragon // 22:12 |
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Séquence 2
Soudain, je dis à Jean-Taule : « Le suicide n'est que la vie d'un homme sans dieu, que l’avis d’un homme sans pieu. Comme un dément, il jette au loin le livre qu'il tient à la main, la Côte Sauvage. — Regarde, regarde un peu ceux qu'on adule : des hommes qui n'ont fait que se fantasmer !… Regarde-moi ce Huguenin !... qui ont cru qu'ils pouvaient faire de leurs êtres des personnages ! Se sublimer ! Quelle plus grande horreur que de se servir des mots pour se grandir !... Faire des livres des vies de substitution afin de pallier aux erreurs et aux frustrations !... Alors que les personnages ne sont autre chose que les enfants d'un moi fui et défiguré ! Une sirène passe au loin... Puis le silence tombe dévêtu à nos pieds. Nos têtes en paumes, les coudes sur genoux, nous contemplons le haillon de poussières perplexes. — Je vais les bousiller, dit-il.
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| estragon // 22:11 |
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Avis
Message désespéré depuis l'employeur. La visiste d'Estragon cette nuit s'est soudainement transformée en disparition vers 6h30. Quelqu'un, aidez-nous... nous avons cherché partout. Merci.
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| polly // 20:45 |
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3.12.04
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Magic circus on the road
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| estragon // 22:26 |
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Work that pole
L’homme, disait-il, « combattait les moutons ». Les moutons, du même coup, ravis, suivaient. Car ce qui rassemblait les moutons plus fort que tout, était l’idée de combattre le Mouton, ce combat leur donnant la délectable certitude qu’eux-mêmes n’étaient pas des moutons. Cet homme, par ailleurs, qui combattait la gloutonnerie de la moutonnerie, était ravi d’avoir autant de moutons derrière lui. Lui-même se suivait, d’ailleurs. Tournait en rond, se mordait la queue. Il était son propre mouton, paissant dans l’herbe grasse de son nombril. Du même coup, tous les moutons tournaient, en un même mouvement autour de lui, puis lui mordaient la queue, puis paissaient dans l’herbe grasse de leurs nombrils. C’était fascinant. Chaque jour, nous étions un peu plus fascinés. Vraiment. Un spectacle inouï. Et intolérable.
Le spectacle d’une connerie à poils longs.
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| estragon // 22:10 |
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B.
N’enlevons rien à cette hypocrisie louable de certains, s’insurgeant contre un misérable « fuck you biatch » distillé deci-delà par des « bêtes » dans une quelconque chanson, non, n’enlevons rien à cette hypocrisie de certains, qui quelques heures plus tôt, avec un vocabulaire moins franc mais tout aussi haineux déchiquetaient de leur babil verveux quelques obscurs vagins envers lesquels ils souhaitaient manifester leur haine. Avouons-le, c’est tout de même mieux de dire « toutes des salopes » quand on est blanc – phrase devenue aussi banalisée que la Marseillaise. Laissez-moi cracher sur vos ombres, suckers. Les hurlements les plus grotesques sont ceux d’un homme haineux tapant sur la libre expression d’un homme haineux, le diable se mord la queue. Et puisqu'on est dans le vif du sujet, replaçons-la : « Tout le monde déteste la haine. C’est bien pour cela que tout le monde est devenu haineux, » Ionesco.
Biatch.
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| estragon // 22:09 |
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Les enfants terribles
Soudain on ne fut plus aimé, brutalement. Les bras et les embrassades disparurent, il n'y eut plus qu'un silence froid et inquiétant. Du jour au lendemain, sans que rien ne l'ait prédit. Nous nous tordions les mains de désespoir. Nous avions commis un crime imaginaire, dont personne ne nous faisait part.
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| estragon // 22:08 |
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Transgénique
• Brève incursion dans le cerveau de Gaston Canulard, un autre heurt comme un autre – chapitre 1.
« Je m’essayais. À. Un nouveau style. Oui. Voyez ainsi. Par. Vous-même. Formidable. J’étais. Un génie. Je venais. De découvrir. Le style. Du point. Voyez vous-. Même. J’avais même eu l’audace. De couper le vous-même. Par un point. Avouez : un génie tenace me parcourait les fibres. Du corps. J’allais lancer une nouvelle mode : le point. Des points partout. Je réfléchissais au. Discours que je leur servirai. Voyons voir... « Le point à l’évidence très européen – la structure et le souffle court caractérisant bon nombre de textes contemporeux – j’ai décidé de le sublimer, d’en faire un corpuscule à l’état brut, qu’on en sente la chair. JE VEUX RENDRE LE POINT. VIVANT. Au même titre que les mots qu’il structure. Rendons-lui sa chair, au point. Couper ainsi le discours, c’est comme se couper la chair, un coup d’état, un coup d’état, une action de grâce ! Je me lamelle dans mon texte ! » Oui. Tout compte-. Fait. (Quelle audace, mon pieu). Ce discours me. Semblait. Convaincant. J’allais. Écrire. Tout un livre. Plein de points. »
• Brève incursion dans le cerveau de Gaston Canulard, un autre heurt comme un autre – chapitre 2.
« Voyez-vous, à cet endroit précis, avec beaucoup d’humour et de justesse, j’ai essayé d’insister sur la narration d’un possible et non d’un existant, l’existant n’étant qu’une amphigourique ramification de (…) Dans mon texte 32, je ne sais si vous avez relevé ce que j’exprimais avec beaucoup de subtilité et de doigté, mais (…) C’est dans mon dernier texte cependant, que j’ironisais avec une malice subjuguante, que tout le monde aura notée, une réalité onaniste en parfaite flagellation avec (…) À cet endroit précis, très intelligemment, j’écrivis (…) Tout le monde aura compris la subtilité de mon intervention, je pense (…) Auriez-vous une cigarette ? (…) Quand j’exprimais avec tant de courage et d’aplomb que cet idiot déplumé au bulbe rachidien déchiqueté (…) Je dois dire que mon dernier pamphlet me semble, avouons-le, ne soyons pas modeste pour une fois, adroitement mené dans la mesure où (…) Dites-moi, pourriez-vous éteindre ma cigarette, dans le cendrier ? Merci. C’est une besogne à laquelle je répugne. Je dois ménager l’immaculée conception de mes doigts frappeurs. »
• Brève incursion dans le cerveau de Gaston Canulard, un autre heurt comme un autre – chapitre 3.
« Je suis seul survivant !… Seul homme contre tous !… Moi !… Contre le monde !… Le monde : le Mal !… Moi : son sauveur !… Moi : un sacrifice salvateur !… Vous : des marsouins !… Je détiens la vérité !… Moi le Salut, vous des démons !… Moi seul sait !… Vous : des aveugles !… Je lutte !… Je lutterai jusqu’au bout de cette apocalypse ! » luttait-il de tout son fessier sur les gonds de son fauteuil bouleversé.
• Brève incursion dans le cerveau de Simone Tocard, une donneuse de soupe populaire comme une autre – chapitre 1.
« Je sais pas… J’me suis jamais posé de questions. J’ai agi, c’est tout. Dans le mépris de mes limites, jamais celui des hommes. »
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| estragon // 22:07 |
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Parataxie
Arrive un jour où ça crame, le visage devient bas-relief, puis une dentition qui s’ajoute au blanc craqué des affiches. On se dit rien, on insère la clé, on démarre, on appuie fort le pied, et on roule jusqu’à Veaux-en-Velin, village de province perdue mais agréable, car arpenté de vaches routières et de bourgeoises viticoles. Le barman ne vous aime pas, les habitués ne vous aiment pas, les chiens vous toisent et les habitants vous aboient – vos semelles ne sentent pas l’odeur de leurs ruelles. Et vous, vous les aimez, ridiculement, d’être venus de là, d’ailleurs, d’au moins là d’où vous n’êtes pas né, vous les aimez fort de sentir un peu l’espoir de n’être pas ce que l’on vous a, avec trop de force et d'enthousiasme, promis ; alors que vous n’aviez rien demandé sauf la vie, une très simple vie. En fait, vous aimez fort les arbres et les buissons, les fourrés et les Louisons, ceux-là que vous ne trouviez pas à Paris.
On s’oxymore, on se dit que, rigoler du coin de l’oeil un instant, par exemple le fugitif souvenir d’une plaisanterie entre amis, rigoler en bas de sa joue, si discrètement qu’on ne le sentira pas – car ce serait une offense de se rire au nez - on se dit que « je n’y ferai que du feu ». Puis on s’allume un dard, un tard, papelard - un tarpé. On commande un demi-rouge, plus une Despé, pour l’apéritif. On fplmif le dard d’une mâchoire caverneuse, on machouille et on suce, on ronronne le poing tressé, les doigts en escalier sur la table vitrée du Café, plissés comme sur des vitrines de Noël. On veut des jouets. On a toujours voulu des jouets, ou peut-être, juste, simplement une personne qui en offre. La serveuse ouvre l’œil : « Comment, mais tout ça ? » Et on rajoute mentalement : « Mais oui ma bonne tarte. Larve. Farce. » C’est juste au moment où le soleil, durement, vient vous confondre les yeux du verre jaune pisse qui s’agite en narines, où l’on se fond, comme un chacal, à la terrasse d’un abruti pastis et que rien de particulier ne vous agite, que... Absolument rien de particulier, jamais rien, sauf l’indéfectible absence. Arrive un jour, on s’en fout d’crever. Les problèmes sont autres, comme d’avoir à manger. Finalement, on n’a jamais autant envie de vivre que quand sa substantifique moëlle devient un pâle et étiré fantôme rigolard, simiesque, une fanfaronnade, une vie au nez rouge qui vous hèle de loin en disant houhou, connard. C’est quand elle se moque, qu’on n’a jamais autant envie de la plier, à quatre pattes, ridiculisée.
Je les ai rencontrés sur une aire d’autoroute, je n’avais plus une goutte d'essence et m’étais dit que parmi les bouffeurs à sandwiches dans l’herbe racornie, je trouverai des Johnny. D’un pouce pitoyablement levé j’auto-stoppais sur la pelouse, parmi les clans de scouts et les familles en herbe, leurs gosses en Gameboy et leurs couples comme coquilles d’huître, craignant la peur, le salaire de l’inconnu. Puis je les vis, ces deux-là, l’un mangeant péniblement à travers la paroi de son casque de moto, l’autre souillant de miettes son blouson de cuir. Le casque engouffrait sa pitance, on ne comprenait pas bien où ça allait, c’était de la science-fiction. Je lui dis comme ça : « Hey, Darkvador, tu t’es pris pour. Il m’arrêtait dans l’instant. Son casque frémit puis se tourna lentement : — J’me prends pas pour, articula-t-il péniblement à travers la substance spongieuse de son sandwich – c’était des sandwiches d’autoroute, ceux qui imbibent la pluie des congélateurs.
Je m'engouffrais dans la cabine spatiale de leur camionnette, placardée de vierges en deux dimensions - la culotte étroite et quelques sous-titres évocateurs. On fit la route longtemps ensemble, jusqu’à un conglomérat de motels. Jusque là, je n'avais rien dit, malgré les phrases de l’autre zouave au blouson barré. Y’avait marqué « brouillon », dessus, sur son journal. Ça m’avait interpellé, évidemment. On sortit du fourgon criblé, on mit les sacs et les valises dans la petite chambre pour trois du motel, puis on se dirigea, évidemment, vers le bar. On but des pressions. Puis encore des pressions. Et puis là, le blouson en cuir me chercha.
Quand il écrivait, voyez-vous, car je l’avais épié du coin de l’œil, tout se sent dans les écritures, la schizophrénie comme l’imposture, ou bien encore le narcissisme, bien que ce soit sujet à valeur contestable dans l’écrit, épris ? – de toute sorte qu’il soit, un thème pas bien vertigineux, arrêtons – alors j’avais vu : il écrivait comme on marche sans plier les genoux, les jambes comme des batons voyez-vous, rien ne doit dépasser, chaque mot est apparat pensé et repensé et de cette rigidité du phrasé, donc de la pensée, car l’un entraîne l’autre – quand vous pensez chaque mot, vous pensez chaque parcelle de votre être, le tout aboutissant à un territoire figé – j’avais donc épié, et quand il me dit : qu’est-ce que tu fais, toi, dans la vie ? je dis, comme ça, sans vouloir chercher la merde, je dis : J’vais au hasard, parce que tout c’que j’avais d’prévu ne m’a d’toute façon servi à rien. Le type, il a enchaîné. C’était un nerveux : — Ouais, mais j’sais pas si aller au hasard, ça vous conditionne bien.
Conditionner, il avait dit. Quand j’avais quitté Paris, arrêté à un feu rouge au volant de ma R5, je m’étais momentanément perdu dans une affiche abritant « 99,9 % des Pères Noëls qui vont à Usine Center ». À ce moment-là, dans Paris, tous ils couraient à Usine Center, sur tous les murs de la capitale. Alors moi, quand on me dit conditionner. Je sais pas, peut-être que j’étais énervé. Toujours est-il que je lui repositionnais le nez. Ça jaillit, comme ça. Un coup dans l’froid. Mon poing s’fissura. J’contemplais son nez, ruisselant en sang, je n’me l’expliquais pas, après tout, ce n’était que le verbe conditionner, il existait depuis le 19e arrondissement, siècle commune, depuis toujours ma foi. J’m’expliquais rien ce soir-là. Le lendemain, on se réveilla, dans la chambre du motel, l’autre et son sang coagulé autour du nez, mes bras dessus son fessier, son frère alangui dans la fille. Savais pas qui était cette fille, ni qui ils étaient, ni en l’occurrence qui j’étais. J’étais parti de Paris le 30 novembre, soudainement, parce que rien ne me paraissait aussi urgent que ce que je ne connaissais pas. Au final, et sûrement, c’était probablement moi que je rencontrerai à nouveau, mais défiguré, comme ce matin-là. C’était après tout ce qu’on cherchait, se heurter aux poings noirs pour ne pas se reconnaître dans la glace, se heurter aux points glaces pour ne pas se reconnaître dans cette foire. À Dinguo, je lui avais dit, avant de partir : Je me demande, si notre façon d’exister l’un à l’autre n’est pas plus accrue par notre façon d’exister indépendamment face aux autres. Ce que je voulais dire par là, c’est que finalement, notre amour ne tenait à rien, sauf aux images que l’on dressait de nos visages, les confronter à, pour penser comme. Dinguo s’en foutait. La drogue la rendait paranoïaque. Elle n’entendait rien de mes paroles - de mes jérémiades, car c’était bien cela dont toute ma vie je m’étais fait l’effet : un chiot glapissant des cadavres – elle ne croyait qu’à ses obnubilées vérités insensées, comme quoi « je la trompais », moi qui chaque jour remerciais Pieu de l’avoir croisée. C’était comme à la loterie nationale : j’avais eu une chance sur 6 millions, de la croiser dans cette rue, une sur 6 millions de raclures. Avant j'étais une déconfiture. J’étais donc parti, d’un coup de sang : on enclenche la première et on prend l’autoroute, puis, au bout de dix-huit heures, j'avais pleuré de fatigue et d’angoisse sous les ossatures des poids lourds qui tremblotaient dans le froid, l’échine en traverse dans le vide juste au-dessus de ma carcasse qui transpirait, ma carcasse de R5. J’avais 30 ans, une R5, plus d’essence, une fille à Paris – qui se méfiait – quatre bras, une bouche positionnée à l’endroit de mon entrejambe dans un hôtel miteux. Et personne pour me donner un nom. Il me restait un mégot d’dard. J'avais peut-être pleuré d'autre-chose.
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