30.9.05
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Il ne reste plus rien.
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| estragon // 15:29 |
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Le début de rien vient de commencer, le début d'une reproduction du monde ambiant, le même, hostile, froid, méprisant, coupant, glacé, la reproduction des mêmes moeurs : la haine.
Nous sommes orphelins à nouveau.
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| estragon // 13:10 |
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( Frigidaire )
Je me blottirai sous une route à l'abri du Soleil que j'aime tantdans ses moments calmes là, j'attendrai la fin des jours tièdes pour enfin espérer les nuits glaciales leurs blotissements tendres les pieds et doigts froids.
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| OlendelL // 09:52 |
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( Une Famille En Or )
A peu de frais nous nous étions engagés le sourire aux larmes les quenottes en syncope au centre de l'assistance en cercle J'ai cru que je n'allais plus vivre Respirer, exhaler, crisper, tendre, me liquéfier le début de tout et de riensemblait poindre le bout de son horizon trop proche J'ai eu alors peur très peur une terreur indicible perte de conscience puis paupières entrouvertes leurs corps à tous comme passés au broyeur à ordures Le début de tout et de rien venait de commencer.
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| OlendelL // 09:44 |
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27.9.05
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SChnKiitch.


00. Il y aura toujours ce point en dehors de la feuille, qui résiste, et ce kilométrage de syllabes, cette bafouillerie de corps n’est qu’une trajectoire tendue vers l’impossible, qui se trouve toujours en dehors de la feuille, en dehors de soi, à en pleurer.
01. Je pensais l’autre jour, que c’était pour bâtir un endroit où l’on pourrait enfin se sentir chez soi. Mais que l’on ne pourrait jamais habiter. L'art c'est une fenêtre impossible pour ceux qui n'ont nulle part où habiter. Ça commence à me gonfler les viscères.
02. D’habitude il y a du bruit. Et je ne sais pas, ça m’a échappé, complètement, je n’ai rien senti, rien. Je ne comprends pas. Quelque-chose s’est brisé, dans un grand effondrement, pourtant je n’ai absolument rien senti. Un craquement inaudible. Je pense que les plus grandes douleurs n’ont pas de bruit. C’est comme un sourd qui cogne à l’oreille d’un muet.
03. Je n’ai plus de repères. Je pense que c’est pour cette raison que je me laisse envahir du bus. J’ai les yeux rétroviseurs, des quatre par trois qui saignent déchirées placardées sur un pneu. Je me roule dessus le nez qui saigne je plonge dans l’oreiller d’une joue je mords la plume.
04. Pas de bêtises ! sois singe ! il dit. Et puis je tape.
05. J’accumule des crétins. Comme ci-dessus et ci-dessus. Mon plus grand malheur serait que ces crétins soient admirés par des crétins, qu’il y ait un physio à l’entrée de l’expo. Je peins des tribunaux de crétins. Je veux dire, tout ce pourquoi je respire encore, c’est une lutte. Alors pourquoi faudrait-il qu’on foute un putain de physio, un putain de « sois-bien-habillé » à l’entrée de mes tribunaux de crétins. C’est le comble. Ça fait redondance.
06. Quoique les crétins ci-dessus n’en soient pas. Ils n’en sont pas vraiment en fait. Je voulais mettre en dessous « Cet homme va bien. 1. », « cet homme va bien. 2. » et ainsi de suite pour chaque portrait, je voulais mettre aussi « autoportrait en non mineur », ce qui fait super crétin. Au fond, personne n’a de visage. Je voudrais juste dire que même ce jugement-là j’en suis incapable. Condamner un crétin serait me condamner. Alors on transfigure le crétin, on le rend humain. On lui met la douleur de l’enfance dans les yeux. Parce que c’est ça qui rend crétin.
07. J’ai encore failli disparaître aujourd’hui. Je me suis retenu. J’essaye de me dire qu’il faut essayer d’essayer de me - essayer - de me de me essayer de me prostituer. J’essaye de me dire que ça va passer. Le royaume du faux revient en force, ça me fout en l’air. Mais j’essaye de ne pas m’évader. J’essaye. J’essaye de ne pas revenir au fond. Toujours.
08. Tout ça c'est un problème de queue et d'inertie. Le crétin flotte comme une bulle de chewing-gum.
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| estragon // 21:13 |
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25.9.05
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Le Director

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| estragon // 23:37 |
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24.9.05
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...
Je pense que je voulais quelqu'un qui ne savait pas parler.
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| estragon // 19:05 |
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23.9.05
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Je me suis rompu le cou Diaphragme en laisse Un beau matin d’ivresse Le ciel qui blesse Les oiseaux étonnés Capitale sèche Qui lèche Mes plaies de vaurien Je me suis rompu le cou Tailladé le festin Enfoncé le clou Entre mes dents raisins De ce vin qui déteint Rompu le chemin Cassé de dégoût Sous des étoiles en carton Tiré ma langue folle Aux carcasses de matons Aux néons des vies pâles Aux refrains de vin sale Dont les aubes grimacent Des défits moribonds.
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| estragon // 23:40 |
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john-john bastard
Petite mie de tes doigts Plongés dans le café Que tu suces et ponces La collation d’éponges Qu’on essore sur un lit Le plat de tes soucis Pain perdu de tes ennuis Que tu suces comme un vice
Les enfants pédérastes À la mine rouge Qui boivent à la santé de ces matins Aux matricules sans destin Qui tonnent comme des glas Courent comme des rats S’étranglent entre tes mains
Que tu plonges au fond du bol De ma cervelle cornflake Les matins détrempés gris sous la pluie le ciel dans les draps qu’on fout à l’envers les petits matins pervers que tu retournes entre tes faims la petite mie de tes doigts qui sombrent au fond du bol de ma cervelle en queue de poison mes séquelles en queue de cerbère les doigts blancs qui sombrent au fond des matins s’électrocutent dans le lait de mes festins la mie de pain tu dis la mie de pain je ne la mange pas tu dis tu dis les draps gris des matins gris les flaques grises dans le lit gris l’odeur de brûlé de nos matins blêmes à sang pour sang on se cultive la haine du toujours perdu et jamais vu tu dis on se calme on matin calme papa don’t take no mess on matin calme les doigts pies qui piquent l’or de nos amours stagiaires les machines à plaie les jambes en fer du blanc du ciel qui circule entre nous du ridicule qui perfore les fous qui tremblent à genoux dans les matins blancs l’haleine essuyée d’un revers de Verlaine tu dis avec toutes tes conneries tu dis j’en pleure de bonheur et profanateur je fous à sac tes faveurs dans ces matins calmes où je contemple les docteurs : les pains fracassés la machine à café le bol de lait les voix brûlées les merdes édentées nos conneries d’enculés qu’est-ce qu’on a dans le cigare tu dis rongé jusqu’à l’os je rote toute la nuit j’hoquète tes frayeurs je ris pourri comme un fruit lessivé le noyau expulsé plus rien que toi à l’intérieur des lunes détruites de mes matins d’ennui les draps gris où l’on fait tache ce monde où l’on a toujours fait tache tache blonde immonde cette puanteur tes hoquets massacrer les édulcorés et les stratégies d’arnaqués on a toujours fait tache mon amour rouge sang dans l’éclat vert de leurs prairies d’aspartame intoxiquées au réel qui culbutent et s’éteignent j’ai décidé de ne faire plus que ça tu dis des centaines de cadavres dans nos matins caves de queutards, tu dis sans oxygène et tu me plonges le doigt dans l’oreille comme pour me retourner le cerveau et puis tu m’assommes le front de tes lèvres cassées tu crois me foutre des coups des fours sur mon froid le froid de mes matins gris électroniques les ailes qui ne plient pas l’œil désossé des oreillers pliés sous nos coudes affaissés notre ennui mon amour de ne pas pouvoir les tuer opération coup de faim tu dis un verre à la main : « Ce type avait un visage tout en coin fuyant ce type marchait en italique ce type c’était toi. » on avait les matins comme des hoquets on vomissait les nuits dans des recoins de mouchoirs qui avaient l’aube grise comme ces cons-là qu’on traitait d'intoxiqués au réel qu'on raillait de plus belle en se cramant les ailes.
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| estragon // 00:36 |
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21.9.05
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(soupir)
échec et mat.
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| I am not Jarvis Cocker but I wish I was him // 01:03 |
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19.9.05
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...
Je vaux un peu, un poids, infime, un cil, Élargir la couture glisser une morsure Je veux une peau, un toit, un signe, un film Élargir la morsure glisser comme une ruse A l’envers sous un mot, un pouls, intime, une fuite Plisser comme un mur et l’oreille d’un salaud Je vaux un poids, infime, un cil, lisse, Une goutte, un fil, de foutre, un fils, de pute, Je vaux un poing, abimes, nubiles Je vaux un je ne vaux rien Je veux un cil suturer la morsure De ta peau en gouttes sur mon poing sans pouls Je ne veux – je veux un fil un film une fille Une pute un point je ne vaux rien Je n’ai que des maux.
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| estragon // 20:53 |
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downstairs tonight ...

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| I am not Jarvis Cocker but I wish I was him // 02:20 |
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17.9.05
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16.9.05
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[Exégèse]
il est difficile de dire, à propos des Chroniques du Chrisme, si elles ont été inspirées par le réel ou si, a contrario, celui-ci émane purement et simplement d'elles. cette oeuvre est à la collusion de deux mondes, deux univers, elle est leur point d'imbrication, leur effet tunnel, leur marcottage. si nous appelons « réel » cet environnement dans lequel nous nous mouvons présentement, dans lequel je m'exprime, alors les Chroniques peuvent être vues comme l'origine d'une partie de celui-ci, à partir du moment où l'on sait les évènements qu'elles ont engendré.
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| I am not Jarvis Cocker but I wish I was him // 21:52 |
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15.9.05
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Communication cuisante.
L’expo : octobre, le Type Sympa a dit qu’il y aurait des gens riches, des gens riches intelligents qui disent « étonnez-nous », non pas qu’être riche rende con, et que l’intelligence de la richesse doive être « remarquable », la connerie n’a rien à voir avec la richesse, mais il faut être forcément plus intelligent que nous, que moi, pour être riche, nous qui sommes si cons de n’en avoir eu rien à foutre de la richesse, ce qui est une belle connerie, puisqu’on se retrouve à parler de gens riches en espérant qu’ils achètent nos toiles, ce qui est franchement con, parce que si on y avait un tant soi peu pensé à la richesse on finirait pas comme des pauvres cons à parler de gens « riches » alors qu’il suffit juste de dire « les gens », mais voilà la pauvreté ça donne des couleurs, les veines éclatent sur les joues, la vie meurt tandis que le vin rougeoie, et les joues rachitiques sont comme des enseignes dans la nuit de ces gens riches, riches et intelligents eux d’avoir choisi la bonne voie, nous cons d’en être arrivés à cette extrémité-là, de considérer des gens comme « riches », voilà à quelle pauvre extrémité nous en sommes, cette liberté qu’on a voulue mais qui nous rend pauvres et sectaires. Pauvres de tout. Sectaires du rien. Riches de quoi sauf du doute. Et ces riches, riches de quoi sauf du doute de ne pas être nous, soit-disant si libres. Et nous pauvres de quoi, puisqu’on nous dit si riches.
Je peins un suicidé en ce moment. Après j’attaque le Tribunal de Crétins. Je ricane jaunement. Je peins des suicidés, des tribunaux et des faces éclatées. Quelle belle carrière. La non-carrière.
Ce qu’on craint c’est pas les gens riches, c’est les gens cons. Ce sont des placards, ils vous rangent à l’intérieur d’eux, ils vous repassent puis ils vous plient. Puis vous restez plié à vie. Les gens cons sont tout ce qu’il y a de plus détestable. Je vous préviens que j’effacerai ce post, Six Personnes, je suis bourré. Donc intolérable.
Il m’appelle. Il me demande si je veux « des gauffres au chocolat ».
Je veux pas grand-chose. Un motif pour m’abattre. Quand je suis dans le bus et que je pense à tous ces immeubles gris que je deviens.
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| estragon // 00:11 |
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14.9.05
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( Rémission )
Le temps surpendu en avait fini d'attendre.
Le voilà qui revenait à la charge.
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| OlendelL // 13:22 |
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9.9.05
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Bac à sable et jeux de papillons.
"Mais enfin je t’aime ! — Arrête Pauvre Merde, quand tu dis ça on dirait que t’as des gaz. — Mais t’es ignoble ! Je t’aime vraiment ! (...) — Jamais je ne voudrais te faire de mal ! jamais ! je t’aime voyons ! — Tu m’aimes vachement fort, ouais c’est sûr, Pauvre Merde. Aimer c’est un mot sympa qu’a été inventé pour enculer les handicapés."
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| estragon // 18:59 |
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.......
Quelque chose l'a emporté.
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| estragon // 08:11 |
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7.9.05
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La nuit ne porte pas conseil.
J'essaye de démêler dans mon cerveau, ce qui l'emportera.
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| estragon // 10:57 |
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6.9.05
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Je ne sais pas bien pourquoi. Si c’est facile. Des fois les interrupteurs claquent dans le noir. On en essaye plusieurs, pas avec la même intensité. C’est assez amusant. Et triste en même temps.
De ne plus être là, même si le jour s’abîme.
Les larmes roulent, dans un cauchemar.
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| estragon // 22:19 |
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4.9.05
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Rictus de clair-de-lune
Cette fois-ci j’ai abandonné le bol avec le Mickey vert, j’ai évité d’y faire infuser mes boyaux, non cette fois-ci je les ai mises dans un petit sachet. Comme ceux des fêtes foraines avec un poisson rouge dedans. Parce que ça a réussi, vaguement, à couler par intermittence vers huit heures du matin. C’était pas facile, comme si j’avais l’œil rouillé. Et puis c’était plus « réflexif » (brutal, court, machinique) que réellement profond, rauque, aboyant. Peu de soulagement. Néanmoins, je les ai mises dans un petit sachet. Il est là, posé sur la table. Entre autre, aussi, dans la nuit, j’ai allongé mon grand bras sur la surface de quelques meubles, et puis j’ai fait une rafle, une terrible rafle, qui avait pour objectif de mettre à terre tous les objets postés sur le sommet de ces meubles. J’ai aussi renversé la grosse penderie ambulante – assez volumineuse et lourde – que, c’est vrai, je lorgnais depuis assez longtemps – même avant ça. Plongez un individu dans la confusion, le doute et l’incertain, soyez sûr qu’il massacrera tous les dispositifs alentours. Actuellement, à mes pieds, à droite : la penderie effondrée, avachie, et un monticule de vêtements, manteaux, chemises, qui ressemblent, de loin, à des cadavres. Je songe que c’est pour cette raison que je ne supportais plus la penderie depuis longtemps, ou du moins que sa chute m’attirait tant. C’était à peu près le seul meuble, qui étranglé au sol, pouvait me fournir des simulacres de cadavres. Donc je disais que j’avais réussi à pleurer, par secousses, c’était assez ridicule. Un peu sec. J’en avais plus l’habitude. De loin, on aurait dit la tête de ces chiens qui dodelinent sur la plage arrière des voitures. Pleurer pour un humain je veux dire, et non pour moi. Pleurer pour quelque-chose d’extérieur. Il y a une forme de citadelle inexpugnable bâtie à l’alentour de mes yeux. Pour moi alors, c’est une autre histoire, moi c’est le dérivatif du monde, donc forcément c’est un raz de marée, une tempête. En général je fais ça seule, pour ne pas noyer les gens. Les larmes c’est salé, donc je suppose qu’un poisson rouge mourrait dans le petit sachet. C’est bien ma veine. Mes larmes redoublent. Je mens. C’est un effet de texte. Je ne pleure pas. Qu’il crève le poisson. Que tout crève, que tout, absolument tout crève. Tout est déjà bien étiolé si on y réfléchit bien, la gangrène a déjà bien obscurci le paysage. C’est une ruine totale. Et je suppose que ce n’est pas en déversant mon petit sachet, salé, sur mes terres brûlées, que quelque-chose va repousser.
Là il est 16h16. Je suis plongée dans un capharnaüm glauque. Ça fait longtemps que je ne suis pas sortie dehors, je veux dire en plein jour ; pour ces activités, là, ces activités normalisées, comme boire une bière au Troca. Non pas que j’affectionne particulièrement le Troca. Mais c’est moins loin que les buttes Chaumont. J’ai parlé un peu avec Nicolas hier, dans la nuit, ce qui m’a empêchée de tomber dans cet absolu néant informe, brutal et sans couleurs, celui de la haine aveugle. Ma haine ne va jamais en direction des autres, toujours dans ma propre direction. Mais bref, cette chose malingre que vous tenez entre vos mains, cette boule de lumière crue, qui couine comme un oisillon rampant : la colère ancestrale de l’homme sans solutions, sans possibilité d’extériorisation ni de création, la colère de l’homme seul, avec lui-même. J’ai donc réussi, par le truchement de cette conversation, à repousser l’échéance. La haine, la véritable haine, blanche, ne permet absolument pas de créer. C’est mon avis. (Parce qu’on m’indiquait que j’aurais pu en faire quelque-chose, de cette colère). J’ai fait mon enquête sur le Net, vers quatre heures du matin, je voulais savoir ce qu’on proposait aux gens comme moi. Gens dont je n’approfondirai pas les détails, ce texte étant sensé être du second degré, sorte d’inactif foutage de gueule. J’aime bien me foutre de ma gueule. Pour ça que je ne peins pas, que je ne crée pas quand je suis en colère, selon moi l’art est l’expression d’une colère bien plus sournoise : le foutage de gueule, un recul froid, bien plus incisif et percutant qu’une colère à chaud. Si j’avais dû créer pendant cette terrible colère, il est probable que j’aurais repeint tous les murs de mon putain de studio d’effroyables nique ta mère. J’ai donc cherché sur le Net, les solutions qu’on proposait aux gens comme moi.
« Si vous pensez au suicide parce que votre vie, vos difficultés vous semblent insurmontables, suite à n'importe quel problème, petit ou gros, auxquels vous ne voyez plus d'issue possible, n'attendez pas, demandez de l'aide à une association, à votre médecin ; ce qui vous semble si terrible aujourd'hui, dans le contexte que vous vivez, et avec votre vision de la réalité, déformée par vos souffrances actuelles, ne justifie pas votre suicide. Tout finit par se tasser, donnez-vous une chance, faites-vous aider ! »
Voici ce qu’on disait aux gens dont je m’apercevais qu’ils n’étaient absolument pas comme moi. Il s’agissait pour ces instances obscures de retenir les petits moutons. « Hé ho les petits moutons, revenez ! » En soulignant accessoirement, que leur vision de la réalité était déformée. Moi je dirais plutôt, dans mon cas, qu’elle n’est absolument pas déformée, mais plutôt absolument lucide, ce qui explique cela. Bien entendu ça n’a rien à voir avec cette forme de suicide, la plus courante : suicides dûs à des malentendus, des toutes petites choses, ces morts dégueulasses de jeunes adultes, qui par exemple se tuent, d’avoir fait une grosse bêtise, ou d’un chagrin d’amour. Car « tout finit par se tasser », comme nous le disent les Obscures Instances de la Vie. Oui, tout finit par se tasser, c’est bien le problème, à un tel point que tout finit en petit tas. Le suicide « absurde » (Camus), « métaphysique », n’a pas grand-chose à voir avec ces suicides – abominables. Il est absolument égoïste, insolvable, irrécupérable et sournois. Du pur foutage de gueule. Je n’irai pas jusqu’à dire suicide « artistique » ou « ontologique » parce que là aussi ce serait du pur foutage de gueule.
Bref, devant ce texte qui m’informait que le petit mouton avait une vision déformée de la vie, j’ai préféré plonger mon nez dans autre chose. Souvenez-vous : l’arbre magique. Ce truc vert, avec un ascenseur. En ouvrant La Vie Mode d’Emploi de Pérec, hier, que trouvais-je dedans ? Le fascicule de l’Arbre Magique, probablement oublié là dans ces pages depuis une vingtaine d’années, qui exposait tous les dérivatifs de l’Arbre Magique. C'est-à-dire qu’à l’époque, il n’y avait absolument pas QUE l’Arbre Magique qui était en vente, mais une tonne d’accessoires liée à la famille de l’Arbre Magique (appelée dans ce fascicule : « les Amis de la Forêt »).
Je cite : dans le petit monde l’Arbre Magique, sont également en vente :
- La famille Klorofil en promenade :
1. (Choupi, Choupette, Sylvain, Violette et Youpi – Youpi c’est le chien – sont dans leur petite voiture à la découverte de la nature) > disponible à la vente : l’accessoire de la petite voiture, dont personne ne m’avait informé de l’existence à cette époque.
Ou, au choix :
2. (Choupi, Choupette, Sylvain, Violette et Youpi, vos amis de la forêt, remontent les rivières et les lacs sur leur petit bateau) > disponible à la vente : l’accessoire du petit bateau, dont personne ne m’avait informé de l’existence à cette époque.
Mais encore :
- Les Cousins Campeurs : (Les cousins de la Famille Klorofil, Sylvestre, Lisa et Flora, sont en camping avec leur balançoire-tronc, 3 chaises, une table et une tente-buisson.) > jamais on ne m’avait informé que la famille Klorifil avait des cousins.
- Les Amis Bretons : (Le capitaine Cloadec, Ti-mousse et Marina vont au bord de la mer avec leur bateau à voile, leur hamac, leur drapeau et leur cabine coquillage.) > en découvrant la présence des « amis bretons », je songeais que tout ceci n’était pas innocent (après tout, ils auraient pu mettre les amis normands, ou bien les amis marseillais) et qu’il était fort probable que l’Arbre Magique soit un coup des bretons.
En outre de toutes ces aventures formidables dont je n’avais jamais eu vent, existaient aussi :
- Le Phare Merveilleux : (Le complément idéal de l’Arbre Magique. Le capitaine Cloadec, Ti-Mousse, Marina, dans leur maison-phare équipée d’un fanal tournant et d’une véritable corne de brume.)
Puis :
- Le Jardin Magnifique : (Un nouvel univers de la famille Klorofil avec Sylvestre, Lisa et Flora. Une balançoire-tronc, un étang-piscine, un parasol-arbuste et la tente-buisson. Ce jardin avec sa route s’adapte à l’Arbre Magique dans n’importe quelle position).
C’est pas facile de rester là, de s’accrocher, de lutter avec ça. Ce qui arrache, du fond du néant, c’est cette certitude que quelque-part : une cabine coquillage, un Phare Merveilleux, un Jardin Magnifique, une balançoire-tronc et une tente buisson. C’est parfaitement ridicule. Mais dès l’enfance ça commence. Il paraît que j’ai hérité d’un petit reste. Comme un zest de sang malingre planté en bulle dans mon cerveau. Moins grave que la sœur, moins grave que la mère, mais tout de même légèrement préoccupant, une bête noire, chronique et régulière, qui rampe, et me happe. Jusqu’à quand j’aurai la force de me souvenir de ce qui n’existe pas, de ce que la société ampute, et que je pourrai faire exister, jusqu’à quand les jardins magnifiques, qui faiblement, avec hésitation viennent me ramener du fond de mon néant. Dans le bleu obscur de ma tête qui tape contre le mur, ou bien de ces crises de catatonie qui peuvent durer des heures, des heures immobiles le tic-tac dans la tête, et puis ces lueurs qui montent, doucement, qui reviennent à la surface. Mais ce temps, plongé dans le noir, si dangereux, jusqu’à quand pourra-t-il durer, patient, à attendre ces lueurs. Jusqu’à quand y’aura-t-il un peu d’espoir dans le noir.
Je sais Six-Personnes, c’est absolument dérisoire, ces histoires de sachet, de catatonie et d’espoir. Mais Six-Personnes tu n’es que Six après tout. Je revendique mon droit à un sale et puant second degré qui simule plus qu’il ne dit.
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| estragon // 17:41 |
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2.9.05
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Le dispositif.
Démêler les lignes de ce dispositif, c’était comme arpenter un terrain en friche : les lignes de sédimentation [origine sociale, nationalité, cursus] se mêlaient aux lignes de fracture (blessures narcissiques de l’enfance, déceptions d’âge adulte) aussi m’étais-je assis dessus, carrément, afin de mieux les sentir onduler, se mouvoir dans cet été tremblant qui n’en finissait pas (nous étions assis à une terrasse de café). Je scrutais donc, mes pieds ballants.
C’est chiant, me disais-je, c’est chiant, il faut en finir. Je le regardais bouger de la paupière comme un chien somnolent, il n’avait de cerveau que sa chope de bière. Chaque dispositif a son régime de lumière, façon dont elle se répand, façon de dessiner les ombres, choisissant de faire naître telle ou telle chose précisément, et voici que sa lumière était perpendiculaire, quelque-chose de brutal, qui ne dessinait qu’un faisceau tremblé et unidirectionnel tout autour de ses pieds. Pour le reste du monde qui l’entourait : c’était le noir. Pour être vu sans voir.
Comment passer de l’autre côté.
Devenir souterrain.
Le Soi n’est ni un savoir ni un pouvoir, alors me disais-je, il était au final un sur-Soi, un sursaut, il bondissait continuellement au même endroit et creusait la terre de ses pioches maladives.
Certains hommes cherchent à être une plus-value d’eux-mêmes. Il faut gratter longtemps. On arrive à accumuler quelques poussières, qu’on vend. Il avait l’existence esthétisée. Il têtait sournoisement sa subjectivité esseulée du fond de sa bière.
« Nous les !... » disait-il souvent, « nous les !... » et c’était ainsi, catastrophique, cette dimension qu’il réduisait à nous les. Un faisceau lumineux qui ne laissait d’espace qu’à très peu d’hommes et le reste du monde était plongé dans le noir. Un noir dont il croyait tirer pouvoir et savoir.
Il se nourrissait d’une pieuvre aveugle : le mépris du dérisoire.
Les ermites, les pécheurs, les exclus.
Finalement nourrissaient son dispositif illusoire.
Quelle plus grande frayeur que de nourrir quelqu’un dans le noir, qui vous objectivise et vous donne une fin, vous nomme et vous étanchéise. Et c’est assez curieux, comme ces parasites vous prennent immédiatement pour proie, sulfureusement, vous les médiocres volontairement médiocres, les autistes révolutionnaires, qui ne veulent pas plaire.
Car la révolution aujourd’hui, ce n'est ni chercher à plaire, ni à déplaire, mais se taire dans ce maelstrom cacophonique, cette dinguerie à vide de redondances radiophoniques. Se taire.
Il finit sa bière et ponctua sa mousse d’un sale : « Et on se revoit quand ? » putain j’avais le suicide au bord des lèvres. Je luis dis bouge-pas je reviens, je vais vomir. Regarde la sale garce qu’arrive.
Son dispositif pivota du cou, ça l’occupa une bonne demi-heure, parce que, quand je revenais des toilettes, il était toujours collé à ses fissures, son regard comme une mouche.
Je ne sais pas combien de temps ça dura. Mon espèce d’hypnose délirante, mes mots vides. Ne rien dire. Je creusais du vide au fond de ma tête en le décrivant. Je creusais avec une cuillère. C’était un processus dégueulasse. J’en ressortais plein de souffre.
Je me disais, combien de temps encore, j’allais devoir me le coltiner. J’étais un salopard, de la pire espèce. Je détestais, mais je continuais à me délecter de l’horreur, continuais à aller vers elle, la disséquer, l’observer. Un tas de choses qui ne changent rien. Peut-être juste à alimenter un témoignage. Mais rien en ce qui concerne ma propre vie. Ni la sienne.
Ce qui compte dans un dispositif c’est cette ligne de fêlure, au profit d’un dispositif de l’avenir, sa capacité à se transformer, se fissurer, fissurer les lignes les plus rigides ou solides. Et bien voilà.
Rien.
Absolument rien. J’étais quelqu’un de fascisant, de haineux, jamais personne ne pourrait me remplir d’un amour aussi âcre que cette haine que j’éprouvais pour les dispositifs. Jamais personne ne pourrait me faire croire en lui, ni en moi, jamais absolument rien ne serait assez divin pour que j'abdique. La haine se cultive, aussi fort que la faim. On en finit par manger des herbes et des racines, plutôt que de s'avouer faible et perdu. Jamais, on ne s'arrête, de respirer. Ça ne part pas. On attend toujours le meilleur moment pour se tuer, ce moment où il n'y a plus d'issue. Et bizarrement on ne se tue jamais, d'attendre toujours ce meilleur moment.
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| estragon // 23:31 |
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Cantique des perdants

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| estragon // 16:03 |
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